Alors que l'on pourrait penser que l'essor des technologies connectées engendrerait une augmentation du travail nomade, on constate que ce n'est pas forcément le cas.

Interview avec Jérémie Rosanvallon, chercheur en sociologie du travail au centre de recherche pour l'emploi, dans le cadre du Campus européen d'été 2011 de la Cité des Savoirs, qui se tient à Poitiers.

L'Atelier : Smartphone, tablettes, et plus classiquement ordinateur portable : ça y est on est dans l'ère du salarié mobile ?

Jérémie Rosanvallon: En réalité, tout dépend du point de vue. Si l'entreprise s'équipe en infrastructures réseau, si elle développe un intranet, cette évolution tendra à fixer les employés sur le lieu de travail, plutôt que de les pousser à devenir plus mobiles. A l'inverse, si les employés s'équipent eux-mêmes en technologies connectées (tablettes, smartphones...), alors effectivement, on constate un accroissement du temps où ils sont en déplacement, tout comme du nombre de lieux où ils se déplacent. Cette augmentation ne concerne donc que certains outils spécifiques.  Néanmoins, il est important de souligner que contrairement à ce que l'on s'attendait, le télétravail est resté extrêmement minoritaire.

C’est-à-dire que ces technologies augmentent la mobilité des entreprises, mais ne suppriment pas le lien avec le bureau?

Tout à fait. Le nombre de travailleurs totalement nomades, que je nommerai les "hors les murs", et qui constituent 19 % du total des actifs en France, ne s'est d'ailleurs pas accru. De plus, il est intéressant de noter que dans la majorité des cas, il s'agit d'employés d'entreprises qui ne possèdent même pas Internet (ouvriers du bâtiment, livreurs...). Au final, il apparaît que le lien avec le lieu de travail reste prépondérant pour les employés. Même avec la possibilité de travailler à distance,  ces derniers préfèrent ancrer leurs actes dans un lieu de travail connu.

Pour revenir aux employés réellement concernés par les développements de ces technologies, quel en a été l'impact sur eux?

D'un point de vue statistique, on a assisté à une augmentation du nombre d'employés dits "lieux alternants", qui travaillent dans des endroits multiples, tout en gardant un lien fort avec un bureau fixe. Mais du point de vue de l'employé, l'impact des technologies nomades varie selon son profil. Alors que les cadres les voient la plupart du temps comme un outil de liberté majeure, les simples employés tendent à les considérer comme un outil de contrôle, qui bride leurs libertés même en dehors du lieu de travail. D'où la question: les technologies de l'information et de la communication favorisent-elles un nomadisme autonome ou un nomadisme contrôlé ?