Santé, Energie, Smart cities... l’Internet des Objets se déploie à grande vitesse. Trop fragmenté actuellement, ce marché doit s’affranchir d’un modèle d’industrie en silo et garantir un niveau de confiance élevé à l’égard du flux de données généré.

Entretien à l’occasion de la London Technology Week avec Philippe Cousin, expert recherche et innovation dans les technologies de l’information auprès de la commission européenne. Il travaille au sein d’IERC, un cluster européen sur l’Internet des Objets. Il est aussi à la tête de l’entreprise de conseil Easy global Market.

L’Atelier: Quels sont les enjeux que doit relever le marché de l’Internet des objets (IOT)?

Philippe Cousin: Il y a plusieurs défis classiques, celui lié à la standardisation et à l’interopérabilité. La difficulté d’interopérabilité n’est pas d’ordre technique car on sait récolter les données mais on ne sait pas comment la traiter. L’enjeu est plutôt d’ordre sémantique. Il nous faut avoir une description correspondant à ladite donnée. Un autre défi à relever consiste à relever le niveau de confiance à l’égard de l’utilisation des Big data. Il s’agit d’assurer la sécurité de ces données et leur caractère privé.

Et s’agissant de la gestion des coûts?

Enfin, il s’agit de réduire les coûts. Et pour y parvenir, il faut défragmenter le marché et privilégier l’émergence  d’un marché de masse. Donc on vise aujourd’hui les objets qui soient le plus universels possibles. Forcément, cela soulève des défis d’intelligence. L’objet doit s’adapter donc il doit connaître son contexte, être plus intelligent, plus "smart". Et donc tout cela a un coût.  Et les industriels peuvent être tentés de prendre à un moindre coût. Donc on a un équilibre coût/retour sur investissement (ROI) qui n’est pas évident en ce qui concerne le marché de l’Internet des objets.

Quels sont les moyens actuellement préconisés?

On pousse à la création d’un label mondial. On n’a pas assez d’informations sur l’étendue de ce que l’on peut faire avec l’IOT au-delà du simple effet "waouh".  Certes, nous avons quelques « success stories » mais aucun phénomène de masse n’émerge réellement. L’une des grandes réflexions de la commission européenne pour les prochaines années est d’ailleurs de passer à une vitesse très supérieure. On parle de plusieurs millions d’objets. En attendant, nous ne sommes pas encore à grande échelle.

Quel écosystème construire?

Pour l’instant l’écosystème est en gestation. Les startups doivent continuer à faire émerger des objets. En revanche, leurs solutions ne sont pas assez mûres au niveau des interfaces, ni assez ouvertes contrairement à ce qu’elles disent. Dans le cadre de son programme 2016-2017, la commission européenne propose à cet effet des centres de compétences, d’expertise et de soutien à destination des PME.

Le business model repose sur le nombre d’utilisateurs car plus ces derniers sont nombreux, plus les revenus le sont aussi comme pour Facebook par exemple. Donc il faut construire une base de consommateurs la plus grande possible.

Où se situe la création de valeur?

Tout converge vers la gestion intelligente de l’information et c’est à ce niveau que la valeur va pouvoir se créer. Mais toute une réflexion doit être menée au niveau de la relation entre l’IOT et le cloud. Vu les volumes de données, il faut que les deux fonctionnent.  Autrement dit, l’IOT est un peu la fibre nerveuse et le cloud en serait le cerveau. Donc Il faut se poser la question de savoir comment on va se partager l’intelligence. Il y a énorme potentiel. Et c’est les startups qui vont créer cette valeur.

Ces réflexions sont-elles engagées à un niveau national, européen ou international?

Il se trouve que je travaille au sein de l’IERC, un pôle de compétitivité européen sur la recherche autour de l’Internet des objets. et nous travaillons à l’échelle européenne sur ces enjeux. Il y a une volonté de synchroniser les approches nationales et européennes. Mais plus globalement, la prochaine étape consiste à faire en sorte que la  recherche et l’innovation, via des plateformes ouvertes,  stimulent les usages. Sans arrêter la recherche, nous allons néanmoins davantage diriger nos réflexions sur les écosystèmes que sur la recherche massive. Donc si on a des données et des plateformes ouvertes, on peut avoir des PME. On regarde aussi de près ce que font les grands industriels comme Apple qui rentre dans l’Internet des Objets via un objet intelligent unique qu’est le téléphone. Dans le futur, l’objet intelligent sera-t-il seulement le téléphone ? Les conversations que nous pouvons avoir au niveau européen nous conduisent à penser au-delà.

Vous pensez à quoi?

Les objets pourraient être connectés entre eux sans avoir besoin de passer par un téléphone. Quoiqu’il en soit, pour l’instant personne n’a la recette magique quant à la façon de faire décoller le marché de l’IOT.

Dans quel secteur d’activité l’IOT a-t-il un potentiel de développement pérenne?

On sent que quelque chose décolle sur le terrain des objets liés à la santé, le "quantified self" avec des acteur français comme Withings par exemple. Mai aussi dans le domaine de l’énergie, le transport, l’habitat dans le cadre des "smart cities".  Ces dernières ont l’avantage de permettre un écosystème contrôlable.

 

 

 

 
Rédigé par Virginie de Kerautem
Journaliste