Coupler deux méthodes d'analyse comportementale nous rapproche du moment où les ordinateurs sauront reconnaître les émotions de leurs utilisateurs, selon les travaux de chercheurs de l'université de Gazipur au Bangladesh.

Les machines pourraient-elles comprendre nos émotions ?

Le processus cognitif qu'implique l'émotion reste une prérogative de l'Homme dont ne bénéficie pas la machine. Mais le postulat a été fait que si les machines pouvaient ressentir les émotions, notre rapport à elles pourrait être plus efficace et agréable. Ceci impliquerait que la machine puisse détecter et analyser les émotions de l'utilisateur, afin de réagir en fonction l'humeur de ce dernier. C'est dans cette optique que des chercheurs bangladais* ont développé une approche basée à la fois sur la manière qu'ont les utilisateurs de taper sur le clavier (dynamique de frappe), mais aussi sur les mots qu'ils tapent (analyse du style d'écriture). En effet, la frappe sur un clavier se révèle très personnelle, si bien que des chercheurs avaient développé en 2000 un système d'authentification faible sur ce support, pour identifier si le clavier était bien utilisé par son propriétaire..

Combiner deux méthodes d'analyse

Pour l'analyse de l'état émotionnel, les chercheurs ont considéré sept types d'émotions différentes : colère, dégoût, culpabilité, peur, joie, tristesse et honte. Le comportement des vingt-cinq bénévoles ayant participé au test a été analysé pendant qu'ils tapaient sur leur clavier : un logiciel relevait chaque touche utilisée mais aussi le temps appuyé sur chacune et l'intervalle de temps laissé entre les frappes. La première phase du test consiste en la frappe d'un texte imposé. Dans la seconde phase, l'utilisateur tape librement un texte et coche l'humeur qui correspond le mieux à la sienne dès qu'apparait un pop-up (toutes les 30 minutes), tandis que le programme analyse sa frappe en arrière plan. Par ailleurs, pour classer les données de texte récoltées, les chercheurs ont eu recours à l'indice de Jaccard qui permet de comparer la similarité entre deux éléments (sur des informations stockées sur le schéma d'un modèle vectoriel)... Leur approche en combinant ces deux techniques a permis de reconnaître les émotions dans 80% des cas, là où les précédents travaux prétendant identifier les émotions des utilisateurs se limitaient à une seule méthode.

Des scores inédits dans la détection et reconnaissance des émotions

Les chercheurs ont considéré comme un succès les résultats qui identifiaient la même émotion avec les deux différentes méthodes. A part pour les sentiments de honte et de peur, la méthode combinée a permis d'obtenir de meilleurs résultats par rapport aux différentes techniques testées séparément. En portant leur regard sur le clavier, les chercheurs ont choisi une interface très répandue plutôt que d'utiliser toutes sortes de capteurs aptes à déterminer les émotions des utilisateurs mais souvent chers et parfois intrusifs (capteurs thermiques, caméras, capteurs physiologiques sur la peau). Il reste à déterminer quelles pourraient être les utilisations de telles capacités "cognitives" dans les ordinateurs et si elles pourraient se généraliser en étant par exemple greffées aux systèmes d’exploitation. Dans une perspective un peu plus lointaine, on imagine bien qu’il faudra trouver de nouveaux moyens pour faire reconnaître les émotions aux robots en vue d'améliorer leur interaction avec les humains.

* du SSL, System and Software Lab, au sein du Department of Computer Science and Engineering (CSE) de l'Islamic University of Technology à Gazipur.

Rédigé par Lucie Frontière
Journaliste