Un nouveau site librement accessible analyse les données issues des téléphones mobiles pour souligner les différences de comportement entre les habitants de différentes villes.

ManyCities cartographie le quotidien des citoyens pour la smart city

Le recueil massif de données issues des téléphones cellulaires permet de mettre en relief et d’analyser de nombreux aspects de l’activité humaine difficiles à saisir autrement. De l’illustration des trajets domiciles/bureaux journaliers à l’arrestation de criminels, en passant par la prévention des famines, l’étude de la distribution de la richesse sur le continent africain, et jusqu’à l’analyse des relations de couple, les exemples sont légion. Chaque fois, il s’agit de données pointues manipulées de manière délicate par des experts. Mais ces données peuvent également être traitées pour être accessibles et intelligibles au plus grand nombre, au même titre que les données météorologiques. Le projet ManyCities, développé par Sebastian Grauwin, Pierrick Thébault et une équipe de chercheurs provenant à la fois du MIT et de l’entreprise Ericsson, et qui vient tout juste d’être publié, va dans ce sens. Il rassemble et traite en effet les mégadonnées cellulaires issues de quatre grandes villes, pour les présenter sous une forme graphique simple et intuitive, et donc accessible à tous. La cible ? Les services publics, évidemment, afin de leur donner des éléments pour adapter les infrastructures existantes ou en créer de nouvelles pour leurs citoyens.

L’usage du téléphone varie fortement selon le lieu et l’heure

Pour mettre en place cet outil, l’équipe de chercheurs a recueilli ses données dans les villes de Los Angeles, New York, Londres et Hong Kong, sur une période de dix mois. Ils se sont notamment focalisés sur différents types de données : le nombre d’appels passés, le nombre de messages envoyés, le volume de données téléchargées et la fréquence à laquelle les téléphones consomment ces données. Interviewée par le magazine Technologie review, l’équipe affirme qu’aucune information sensible concernant les utilisateurs n’a été recueillie. Les données sont ensuite présentées selon trois axes différents. En premier lieu, l’étude met en avant la manière dont l’usage du téléphone varie en fonction de l’heure, dégageant des tendances journalières et hebdomadaires, mais aussi à plus long terme. On apprend ainsi que les habitants n’utilisent pas leur téléphone de la même manière durant les vacances ou lors d’évènements majeurs, comme le tournoi de Wimbledon dans le cas de Londres, et que la consommation de données augmente de manière constante sur la période étudiée. Dans un deuxième temps, l’étude souligne les différences d’usage entre les villes et, au sein de chaque ville, entre les différents quartiers. Le pic de messages envoyés dans la journée est ainsi atteint dans la matinée à Hong Kong, le midi à Londres et le soir à New York. En outre, alors que l’usage de données mobile s’accroît en fin de journée à New-York et Hong Kong, Londres connaît le phénomène inverse. Dans les colonnes de la Technologie Review, Daniel Kondor, membre du SENSEable City Lab du MIT, explique que la consommation de données coûtant plus cher dans la capitale britannique, les habitants se connectent massivement à leur réseau wifi privé en rentrant chez eux. Enfin, l’outil permet d’observer la consommation de données en volume dans les différentes zones géographiques.

Un moyen d’établir des données statistiques dans les pays en développement

Accessibles à tous, ces données peuvent être utilisées par les pouvoirs publics, pour offrir des infrastructures adaptées aux besoins de la population, la hausse constante de la consommation de données pouvant par exemple inspirer la mise en place de davantage de réseaux wifi publics. Mais aussi par les organisateurs d’évènements privés (conférences, rencontre sportive, concerts), qui pourraient potentiellement s’en inspirer pour choisir une zone géographique où les individus sont davantage connectés, et ont donc plus de chance de relayer l’évènement en ligne. Début 2014, une équipe d’ingénieurs informatiques parisiens avait déjà employé les données issues des téléphones mobiles pour mesurer les flux de population quotidiens au sein d’une ville, concluant notamment que dans presque toutes les villes du monde on constate une convergence des habitants vers le centre durant la journée, et un délaissement de celui-ci au profit de la périphérie le soir. D’autres chercheurs insistent sur le formidable potentiel des données mobiles pour recueillir des statistiques (recensement de la population, notamment, mais aussi évaluation du taux de chômage ou propagation des épidémies) dans les pays en développement, où les autorités manquent souvent d’informations sur leur propre population.

Rédigé par Guillaume Renouard