Lauréat du prix MIT under 35 2015, Mathieu Nebra intègre l’interaction communautaire au sein plateforme de formation en ligne avec pour objectif ultime de faire disparaître la scission entre école et entreprise.

Un innovateur ? Son enfance, Mathieu la passe baigné dans une atmosphère familiale qui lui a certainement été bénéfique, entre une mère institutrice et un père entrepreneur. Une symbiose qui l’a « probablement influencée » admet le jeune ingénieur.

C’est en vérité un problème auquel il fut confronté lors de l’adolescence qui l’a poussé à créer son propre site web : « À l’époque [en 1999, ndrl], j’avais 13 ou 14 ans, et je cherchais à créer un site web. Internet était très limité, et les ouvrages en librairie ne s’adressaient qu’à des professionnels. » Des obstacles que Mathieu surmonte, et en réel autodidacte, parvient à se former avec l’un de ces ouvrages inadaptés : « J’étais tellement frustré d’avoir appris de cette manière que j’ai décidé de créer un site pour dire aux autres comment créer un site ». Une plateforme en ligne qui n’est utile à son commencement qu’à ses proches, puis devient une victime heureuse du bouche à oreille.  

Après un bac S et trois premières années en école d’ingénieur à l’EFREI, Mathieu décide de créer son entreprise, deux ans avant l’obtention finale de son diplôme : « le site a commencé à grossir et je ne pouvais plus l’alimenter seul, j’ai donc fait participer des bénévoles à la fois pour écrire les cours mais aussi pour corriger les devoirs ». S’en suit alors le lancement de la plateforme actuelle en 2007, OpenClassrooms, co-créée avec l’un de ses amis développeurs, Pierre Dubuc.

L’idée disruptive ? La plateforme permet à tout le monde de s’inscrire gratuitement pour suivre des cours redigés par tous types de profils (apprenants comme professionnels) à tout moment de l’année et permet de faire valider son niveau progressivement : « Dans le cas de notre plateforme, il y a un mécanisme de correction entre pairs » En effet, c’est l’aspect communautaire qui définit OpenClassrooms par rapport à ses concurrents. « Lorsqu’un élève dépose un devoir, ce sont trois autres apprenants qui corrigent le devoir, parmi lesquels au moins un possède un niveau supérieur à celui qui a déposé le devoir » Il convient aussi à la personne corrigée de fournir un effort similaire : « la personne ne peut obtenir sa note que lorsqu’elle a elle-même corrigé trois devoirs différents ».

Une manière de fonctionner donnant-donnant qui pouvait potentiellement être vouée à l’échec comme l’admet Mathieu : « nous ne pensions pas qu’une telle manière de faire allait fonctionner. Au finale, dès lors que l’on fait confiance aux personnes inscrites, la plupart exploitent parfaitement cette confiance ».

Quelques exemples de cours proposés sur le plateforme OpenClassrooms et accessibles à tous

Quel impact ? Mathieu l’affirme : contrairement à ce qui est affiché dans la plupart médias, les MOOCS sont loin de « révolutionner » le système éducatif : « On voudrait croire en une révolution alors qu’il n’y a que des petites évolutions. » Mais difficile de nier l’impact certain de ceux-ci, tant sur le système éducatif que sur le système entrepreneurial : « Nous sommes convaincus que les frontières vont s’effacer, et que l’apprentissage via des plateformes se fera à l’école mais aussi en formation professionnelle ». En effet, pourquoi le processus d’apprentissage s’arrêterait-il abruptement dès l’obtention de son diplôme ? Pourtant, « il y a un besoin constant de se former, surtout pour ceux qui ont validé leur diplôme plusieurs années auparavant et qui souhaitent rester alertes quant aux innovations ». « Le monde numérique évolue très vite et des nouveautés doivent être absorbées constamment. Il faut donc plus d’école dans l’entreprise, et à l’inverse, plus d’entreprise dans l’école ». L’objectif de Mathieu Nebra serait de faire disparaître la scission qui s’est établie entre le monde de l’entreprise et le monde de formation scolaire. Au sein même de la start-up, la formation est clé : « dans le domaine de l’acquisition en ligne, je suis le premier surpris de la vitesse à laquelle les connaissances s’accélèrent. Les premières personnes impactées par cette rapidité sont les développeurs, d’où le besoin constant d'apprentissage ».

Les MOOCS ont définitivement la possibilité de transformer la manière dont on apprend. Comme l’explique Mathieu, « chaque année 120 000 personnes réussissent notre cours sur la création de site en HTML » un score que peu d’universités ou d’écoles peuvent se targuer d’afficher. Mais alors, peut-on raisonnablement comparer un cours acquis sous l’égide d’un professeur et un cours via une plateforme en ligne ? Oui, selon Mathieu, qui estime qu’il s’agit plutôt une question de personne qu’une question de structure : « On observe une certaine déconnexion des professeurs dans les universités en ce qui concerne les nouvelles technologies ». Des MOOCS qui pourraient permettre de reconnecter les professeurs à leurs élèves, et faciliter l’enseignement : « Certains professeurs recommandent les MOOCS et effectuent des séances de TD pour les détailler avec les étudiants, ce sont des réactions plutôt intelligentes ».

À l’avenir ? Mathieu reste conscient du fait que sa plateforme ne pourra pas couvrir tous les sujets « plutôt que de vouloir absolument avoir des cours dans tous les domaines, nous souhaitons nous spécialiser dans des catégories » afin de privilégier la qualité. Dans la même continuité, l’entrepreneur souhaite maintenir et faire s’accroître l’interaction communautaire : « l’idée étant de rapprocher encore plus les apprenants entre eux, humainement comme physiquement, notamment en travaillant en blended learning. » En effet, le jeune entrepreneur est loin de penser que le tout digital doive remplacer la formation physique : « Il y a de la place pour la formation physique et en ligne, et c’est la combinaison des deux qui fera mouche. »

Dans un futur proche, le développement de la plateforme se fera dans une logique d’ultra-personnalisation de l’information : « plutôt que de fixer un calendrier et des limites de temps génériques, nous souhaitons proposer un modèle adaptable à la personne qui suit le cours. » L’objectif principal de l’équipe n’est pas tant de décupler son nombre d’utilisateurs (qui s’élève aujourd’hui à 1 million d’inscrits) mais plutôt « de trouver un business model qui soit viable et équilibré pour tous les partis.» L’équipe d’OpenClassrooms est aussi en train de procéder à une internationalisation de site comme l’explique Mathieu : « À ce jour, la plateforme est traduite en anglais, allemand, chinois, mais nous en sommes encore aux prémices du processus.»

Nombre de démarches d’améliorations effectuées dans l’optique de garder l’intérêt de l’apprenant en premier lieu, car « OpenClassrooms conserve tout de même une forte composante B2C avant d’être orientée B2B » Tout en gardant en mémoire le fait que la start-up est elle-même en constante innovation : « Nous sommes en expérimentation perpétuelle pour trouver le modèle le plus efficace, cela engendre un taux d’échec assez élevé des projets que nous proposons, mais ces échecs nous forment, et cette marge d’erreur que l’on choisit de se permettre constitue l’état d’esprit que nous essayons d’influencer dans l’entreprise ». 

Rédigé par Anthéa Delpuech