4,5%

d'auto-mobiles

éLECTRIQUES

en californie  

La Californie est déjà pionnière en ce qui concerne les automobiles électriques. 4,5% des voitures de l'État le sont, contre 1,1% en moyenne nationale. Le Golden State pourrait devenir une référence pour d'autres types de véhicules électriques, à l'image de San Francisco où pullulent désormais vélos, scooters et trottinettes électriques. C'est notamment avec ces deux-roues que l'économie à la demande poursuit son développement. Après les chauffeurs à la demande et autres Lyft et Uber mais également les voitures à la demande avec ZipCar, Maven, GetAround et autres Turo, le modèle s'étend aux véhicules individuels. Ces moyens de transport alternatifs appelés « micro-mobilité » prennent de l'ampleur, invitant les habitants à abandonner leur automobile pour de courts trajets. La ville va-t-elle pour autant repenser ses infrastructures ? L'exemple de San Francisco est instructif.

Tout a commencé avec la start-up locale Scoot. Dès 2012, ses scooters électriques rouges et noirs ont été déployés en version pilote à San Francisco avant de s'y installer de manière plus définitive. Aujourd'hui, plus de 700 véhicules quadrillent le territoire. Après avoir évangélisé le marché, ce sont les vélos à la demande qui ont pris le relais. Sur le même modèle que le Vélib' parisien, Ford a signé un contrat avec la ville l'an dernier. Le printemps 2017 a vu éclore les stations Ford GoBike par centaines : près de 4 500 vélos seront mis en circulation à San Francisco d'ici fin 2018. Les deux entreprises ont alors subi la concurrence d'un autre type de véhicule : les vélos à assistance électrique.

scoot

Lancée début février dans la baie, l'application JUMP permet de réserver un vélo en libre-service sans station. Les célèbres rues pentues de la ville deviennent alors aussi faciles à grimper pour un novice que pour un coureur du tour de France. En plus de son application, la start-up a conclu, dès ses débuts, un partenariat avec Uber autorisant les utilisateurs à utiliser l'application de courses à la demande pour louer un vélo. Depuis Uber a acquis JUMP pour près de 200 millions de dollars. Qu'adviendra-t-il après les 18 mois de pilote négociés avec la ville ? La SFMTA, l'Agence municipale de transport de San Francisco, doit profiter de cette période pour collecter des données et déterminer si un tel programme a vocation à fonctionner sur le long terme. JUMP fait en tout cas des émules puisque Ford GoBike a à son tour lancé ses e-bikes le 24 avril et Scoot a annoncé en décembre dernier s'apprêter à faire de même. Ces solutions ont d'autant plus d'impact que les transports en commun ne remportent pas l'adhésion des citoyens. Ils sont peu fiables et pas franchement propres (du fait notamment de la concentration de sans-abris dans la ville), bien que réputés bien meilleurs que dans la plupart des villes américaines. Ces modes de transports alternatifs compensent donc l'insuffisance des transports publics.

Trottinettes électriques : les dernières-nées de la révolution micro-mobilité

C'est la raison pour laquelle, sur le principe, toute nouvelle solution de mobilité est bonne à prendre. À partir de la fin du mois de mars, des trottinettes électriques sans stations de trois start-up différentes ont ainsi successivement pris leurs quartiers dans San Francisco. Bird, Lime et Spin occupent les trottoirs de la ville pour le plus grand bonheur ou malheur des habitants. Les San Franciscains semblent en effet partagés. « On a reçu des plaintes à propos des trottinettes qui bloquaient les accès sur la voie publique et qui étaient conduites sur le trottoir », explique Paul Rose, porte-parole en chef et responsable des relations médias de la SFMTA. « Mais on a aussi reçu des commentaires positifs sur le fait que ces trottinettes sont un moyen attrayant de se déplacer sans voiture. » Le média Vice a enquêté sur les réactions négatives : des trottinettes vandalisées ou souillées d'excréments à celles accrochées aux branches d'un arbre – les opposants ont été créatifs et leurs méfaits sont largement documentés sur Twitter. Ce qu'ils reprochent à ces trottinettes électriques en libre-service ? Principalement le fait d'obstruer le passage, et d'être potentiellement dangereuses à la fois pour des utilisateurs non avertis ou qui ne respectent pas les consignes, et pour les piétons et véhicules avec lesquels elles pourraient entrer en collision. La place des trottinettes est sur les routes ou les voies cyclables, et leurs utilisateurs sont censés porter un casque, ce qui est loin d'être toujours le cas à San Francisco.

JumpBike

Shutterstock

La ville a réagi pour mettre un terme à ces dérapages. Sa stratégie ? Responsabiliser les start-up, qui à leur tour devront trouver un moyen de responsabiliser leurs utilisateurs. Mi-avril, les avocats de la ville ont envoyé une cease-and-desist letter (littéralement une ordonnance de cesser et de s'abstenir), autrement dit, une lettre de mise en demeure à Lime, Spin et Bird. En pratique, cela signifie que la ville s'accorde le droit de confisquer toutes les trottinettes qui obstruent le passage et menacent la sécurité des citoyens. Les jeunes pousses ont jusqu'au 30 avril pour expliquer quelles mesures seront prises pour se conformer aux exigences de la ville.

Une nouvelle réglementation en cours

Smart city

Le véhicule électrique représente-t-il réellement l'avenir de...

  • 08 Mar
    2018
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Conscientes de l'enjeu, les start-up ont déjà tenté par plusieurs moyens de mieux répondre aux injonctions de la municipalité de San Francisco. La stratégie de Bird, qui a déjà connu des problèmes similaires à Santa Monica, consiste (comme pour d'autres) à livrer des casques à tous ceux qui le demandent via l'application ou encore à sensibiliser les utilisateurs et autres entreprises à la nécessité de protéger les trottoirs via l'initiative « Save our Sidewalks ». Les autres dirigeants de start-up de trottinettes électriques à la demande se sont ainsi vu invités à respecter trois engagements : 1/ N'ajouter de nouveaux deux-roues qu'à condition d'avoir la preuve d'une croissance de la demande, 2/ Allouer une partie des revenus à la ville (un dollar par trottinette et par jour), notamment pour lui permettre de construire davantage de voies cyclables (ou les élargir), et enfin 3/ Récupérer les véhicules toutes les nuits pour s'occuper de la maintenance, des réparations nécessaires et les re-déposer là où ils seront le plus susceptible de servir. Les dirigeants de Lime ont, quant à eux, annoncé demander à leurs utilisateurs une photo à la fin de chaque course pour s'assurer que la trottinette est bien garée et ne bloque pas la circulation des piétons.

Si les start-up ne s'y conforment pas, « elles pourraient voir leur permis révoqué, leurs véhicules confisqués et/ou être contraintes de payer une amende »

La SFMTA envisage d'imposer un permis aux entreprises de trottinettes électriques à la demande qui souhaiteraient déployer leurs activités dans la ville. Selon le porte-parole de l'agence de transports, « trois éléments en particulier pourraient faire partie des exigences : 1. L'interdiction de bloquer ou de rouler sur les trottoirs ; 2. L'obligation pour les start-up de partager leurs données avec la ville pour que cette dernière puisse s'assurer que les règles sont respectées et exiger que les opérateurs revoient leurs conditions générales d'utilisation afin de protéger les utilisateurs ; 3. Des exigences de capital, une invitation à étendre leur périmètre géographique et des tarifs abordables pour les utilisateurs. »

Si les start-up ne s'y conforment pas, « elles pourraient voir leur permis révoqué, leurs véhicules confisqués et/ou être contraintes de payer une amende », précise-t-il, en ajoutant que les détails sont en cours de définition.

Voie cyclable sur  l'artère principale de San francisco

Shutterstock

Un objectif commun : faciliter les trajets au profit de l’environnement

Regard d'expert

Paul Rose

Porte-parole et responsable

des relations médias

San Francisco Municipal

Transportation Agency

L'idée serait que les transports publics et ces nouveaux moyens de transport électrique se complètent. Nous sommes toujours à la recherche de solutions pour le premier et dernier kilomètre et celle-ci pourrait constituer une option attrayante pour beaucoup 

L'objectif reste de faciliter la mobilité des San Franciscains tout en réduisant le nombre de voitures sur les routes ainsi que leurs conséquences néfastes : embouteillage et pollution. Bien que les deux-roues soient des solutions individuelles, ils présentent l'avantage d'une empreinte carbone limitée. Ces modes de transport électriques n'émettent pas de gaz à effet de serre, sauf marginalement, via les véhicules utilisés pour déplacer les trottinettes dans les rues par exemple. Un aspect positif que la ville leur reconnaît volontiers. « Plus nous pouvons offrir de possibilités de se déplacer sans voiture et mieux ce sera pour San Francisco », explique Paul Rose. « L'idée serait que les transports publics et ces nouveaux moyens de transport électrique se complètent. Nous sommes toujours à la recherche de solutions pour le premier et dernier kilomètre et celle-ci pourrait constituer une option attrayante pour beaucoup », renchérit le porte-parole. À croire que l'avenir du transport passe par la multimodalité autant que par l'électrique. Quant à savoir si la ville est prête à investir pour ajuster ses infrastructures à cette révolution de la mobilité, « ce n'est pas prévu pour l'instant, les jeunes pousses devront s'adapter aux routes existantes et non l'inverse ». Reste une question fondamentale : qui sont les utilisateurs de ces nouveaux modes de transports ? Des automobilistes chevronnés qui délaissent désormais leur voiture ? De fervents utilisateurs des applications de chauffeurs à la demande ? C'est ce que veut croire Bird qui fait ainsi l'hypothèse que la moitié de ses trottinettes servent à remplacer un trajet en voiture de moins d'un mile (1,6 kilomètre). Selon les calculs de la jeune pousse, ses deux-roues auraient contribué à prévenir 445 334 pounds (202 000 kilogrammes) d'émissions carbone. Un impact non négligeable pour la ville californienne dont l'un des représentants a récemment présenté une proposition de loi pour que toutes les nouvelles voitures vendues à partir de 2040 soient zéro émission. Rien n'indique cependant que les adeptes de ces trottinettes électriques ne soient en réalité aussi des usagers des transports en commun, ce qui augmenterait le nombre de véhicules sur les routes. « Il est encore trop tôt pour le dire », assure Paul Rose. Affaire à suivre donc.

Rédigé par Sophia Qadiri
Responsable éditoriale et journaliste