Les moyens de transport alternatifs, également appelés « micro-mobilités », qui regroupent des véhicules aussi différents que la trottinette, le vélo ou le gyropode, répondent parfaitement aux vœux d'éco-responsabilité de la ville de demain. Faisant appel à l'énergie humaine ou à de petites motorisations électriques pour assurer leur locomotion, ils sont par nature non polluants. Mais leur architecture low tech, qui peut difficilement accueillir une électronique embarquée complexe, les rend par essence moins aptes à circuler dans des agglomérations où le numérique sera devenu le gestionnaire du trafic.

500 000

Français

utilisent le vélo pour se rendre au travail

En 2015, en France, c'est près de 500 000 personnes, soit 1,9% des actifs, qui utilisent le vélo pour se rendre sur leur lieu de travail. A Paris, 4,2% des travailleurs rejoignent leur lieu de travail à bicyclette, soit deux fois plus que la moyenne nationale, mais contre 6% en moyenne dans les villes de 200 000 habitants ou plus.

Alors, quelle sera la place des moyens de transport alternatifs à l'heure où tous les véhicules circulant en même temps devront collecter et émettre des données en permanence pour pouvoir s'orienter, avancer, tourner ou freiner ? Que ce soit au niveau des constructeurs, des start-up ou des usagers, des initiatives existent pour que les micro-mobilités restent demain un moyen de transport largement utilisé dans la Smart City.

Les micro-mobilités  redessinent la ville

mobility

Shutterstock

Alternatifs mais connectés

stephane
Regard d'expert

Stéphane Leguet

Digital Strategic Analyst 

à L'Atelier BNP Paribas

 La Smart City sera la ville du quart d'heure. Il y aura donc un besoin de micro-mobilités très important. Ce ne sera pas l'inverse

Depuis quelques années, le vélo amorce progressivement sa digitalisation. 

Lauréat du prix « Smart Cities » au CES de Las Vegas il y a un peu plus deux mois, le guidon intelligent Wink Bar, conçu par la start-up nantaise Velco, fait basculer le cyclisme dans le numérique. Doté d'un GPS sans écran mais fonctionnant à l'aide d'indicateurs lumineux qui permettent de visualiser facilement, en restant concentré sur la route, le bon itinéraire à suivre, Wink Bar a été conçu pour être un co-pilote 2.0, en mesure d'assister le cycliste pendant tout son trajet. Une application dédiée permet de géolocaliser le vélo lorsque son propriétaire ne sait plus où il est, mais aussi de comptabiliser les kilomètres parcourus et les calories éliminées en pédalant, et donne également accès à une panoplie de services complémentaires.

Sur un registre similaire, le guidon connecté SmrtGRiPS, conçu par la start-up du même nom, utilise lui aussi un GPS et une application sur smartphone pour guider le cycliste dans la ville, mais cette fois-ci grâce à des poignées qui vibrent pour indiquer l'itinéraire à suivre. Si il faut tourner à droite à une intersection, la poignée droite vibre. Si il faut aller tout droit, les deux vibrent.

Les trottinettes connectées

trottinette

Même son de cloche dans le secteur des trottinettes électriques. Déjà l'année dernière, la firme chinoise Xiaomi avait commercialisé un modèle intelligent, baptisé M365, possédant toute une série d'applications connectées. Tout récemment, l'entreprise française Archos, spécialisée dans les smartphones et les tablettes, a quant à elle dévoilé Citee Connect, une trottinette connectée, dotée d'une antenne 3G, qui fonctionne sous Android. Un écran tactile de cinq pouces disposé directement sur le guidon, intégrant l'application Google Maps, permet d'optimiser les temps de trajets en choisissant l'itinéraire le plus court, de géolocaliser en permanence la trottinette, de connaître la vitesse de déplacement de l'engin ainsi que le nombre de kilomètres parcourus. Et même le gyropode devient connecté. Pensé pour être la solution écologique pour aller d'un point à l'autre de la ville, le modèle Ninebot E+ du constructeur français Segway est pour la première fois équipé d'une connexion Bluetooth, qui donne accès à un certain nombre de fonctionnalités, et notamment celle de contrôler l'engin à distance.

Ces innovations témoignent de l'ingéniosité déployée par les start-up et les constructeurs pour adapter la pratique des micro-mobilités au numérique, et la rendre compatible avec une utilisation, certes encore restreinte, des données. Un premier pas. Mais qui dit moyens de transport connectés dit aussi nécessairement infrastructures adaptées pour que les micro-mobilités puissent trouver pleinement leur place dans la Smart City. Pour Stéphane Leguet, Digital Strategic Analyst à l'Atelier BNP Paribas, « la Smart City sera la ville du quart d'heure. Que ce soit les écoles, les commerces, les lieux de travail, de coworking, de loisirs ou d'habitation, l'hyper proximité et l'hyper accessibilité de tous les éléments urbains sera un marqueur fort de la ville de demain. Il y aura donc un besoin de micro-mobilités très important. Ce ne sera pas l'inverse. » D'ailleurs, selon les chiffres d'une étude réalisée par IAU, en 2010, à Paris, 240 000 déplacements quotidiens à vélo ont été enregistrés dans la capitale – dont 80 000 déplacements réalisés via le Vélib'. En dix ans (versus 2000), l'usage du vélo pour les déplacements internes au sein de la capitale a triplé pour atteindre 3%. 

la ville connectée encourage les micro-mobilités

connected city

Shutterstock

Circulation et stationnement intelligents

« Nous réalisons progressivement que si nous avons une majorité de gens qui se déplacent à vélo, nous avons une ville plus vivante, plus sûre, plus durable et plus saine. »

Jan Gehl, architecte et urbaniste

Les progrès réalisés dans le domaine des intersections connectées, qui permettront demain de réguler le trafic des voitures autonomes en ville, prennent déjà en compte cyclistes et piétons dans leur modélisation du trafic en temps réel, afin d'éviter les accidents. De même, la digitalisation des micro-mobilités permet à terme d'envisager l'implémentation de dispositifs de type          « vehicle to vehicle », qui permettront à un vélo ou à un gyropode d'être parfaitement identifié par les dispositifs intelligents de régulation de la circulation. Ces dispositifs fonctionnent via les smartphones des conducteurs, il est donc possible à un utilisateur de gyropode ou de trottinette de les activer lorsqu'il roule.

de nouvelles infrastructures intelligentes pour les cyclistes

velo

Mais le stationnement est lui aussi source d'innovations. À Londres, la start-up Ecocycle imagine le parking du futur à destination des vélos, et met au point des solutions à la fois éco-responsables et économes en espace. Ses ingénieurs ont inventé un système de stockage intelligent en forme de tours. Les vélos sont accrochés à des rails qui montent et qui descendent, ce qui permet d'en stocker 200 dans chaque structure. Le propriétaire d'un vélo est reconnu grâce à une puce IC et peut ainsi facilement le récupérer ou le ranger à sa place. Et ce n'est pas la seule carte que la municipalité a dans son jeu pour faire de la place aux micro-mobilités. L'architecte Norman Foster planche sur un projet inédit, en partenariat avec la mairie de Londres, pour construire, sur 220 kilomètres, dix pistes cyclables suspendues au dessus des anciennes voies ferrées qui ceinturent la ville. Equipées de leurs propres feux de signalisation, ces pistes ont pour but de favoriser la décongestion du trafic au sein de la ville, tout en offrant aux cyclistes un espace qui leur est propre.  

Les progrès à faire pour que les micro-mobilités soient parfaitement intégrées dans la ville de demain sont encore nombreux. Mais le vélo intelligent, comme le gyropode connecté, ne sont pas un simple effet de mode ou le désir, pour les start-up et les constructeurs, de coller à leur époque. Ces innovations sont en réalité parfaitement en adéquation avec le modèle urbain propre aux Smart Cities, caractérisé par l'hyper-accessibilité et fondé sur le digital et le circulaire. Ces moyens de transport alternatifs sont donc appelés à avoir le vent en poupe, encore plus demain qu'aujourd'hui.

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies