Le jeune entrepreneur allemand, désigné Innovateur de l’année 2016 par la MIT Technology Review, rêve grand pour sa start-up, qui édite des logiciels de gestion des processus à destination des entreprises. Portrait d’un innovateur ouvert et ambitieux.

[MIT TR35] Gero Decker ambitionne de faire de son entreprise une grande d'Allemagne

Sur scène, il a l’aisance des chefs d’entreprise habitués à « pitcher » devant des parterres d’investisseurs. La bonne dose d’humour, de storytelling et de détails techniques pour expliquer une idée pas forcément évidente à comprendre pour le commun des mortels. Gero Decker, 34 ans, est à Berlin pour raconter l’aventure de Signavio, l’entreprise qu’il a co-fondée en 2009 et qui lui vaut aujourd’hui d’être l’Innovateur de moins de 35 ans de la MIT Technology Review pour l’Allemagne. En coulisses, il entre dans les détails : en 2006, il est étudiant en doctorat et crée, avec des amis, un outil web destiné à améliorer les process des entreprises.

L’outil, gratuit, est pris d’assaut : « Nous voulions être les premiers à faire ça. Nous avons mis en ligne notre outil, la presse en a parlé et nous avons eu 20 000 nouveaux utilisateurs en 20 minutes, ce qui a fait planter notre serveur », raconte-t-il avec fierté. « Les gens aimaient ce que nous avions construit. » Ce premier succès permet à Gero et à ses trois co-fondateurs, eux aussi informaticiens, de dénicher de premiers clients puis, en 2009, de créer officiellement leur entreprise. Aujourd’hui, Signavio édite donc des logiciels pour aider des entreprises de toutes tailles à améliorer et optimiser leurs processus de décision et de management. « Notre mission, c’est de rendre la gestion des processus accessible à tous. Dans le passé, seules les très grosses entreprises avaient accès à ces outils : nous faisons en sorte qu’ils puissent être aussi utilisés par des entreprises bien plus petites. » La jeune entreprise est forte de plus d’une centaine de salariés et a levé 31 millions d’euros l’an dernier. C’est peu dire que la route du succès lui est grande ouverte.

L’entrepreneuriat dans le sang

Pour Gero Decker, se retrouver parmi les innovateurs à suivre de sa génération n’a rien d’un hasard, même s’il a commencé par emprunter des chemins de traverse. « La plupart des membres de ma famille sont des entrepreneurs, et moi je ne voulais pas en être un ! Ma famille était très déçue quand je suis devenu consultant, ils avaient le sentiment que j’avais vendu mon âme. Pour eux, le seul moyen d’être heureux c’est de créer sa propre entreprise. Cela ne m’a pris que deux mois pour me rendre compte qu’ils avaient raison ! » Il hérite tout de même de son passage dans le monde du conseil une envie d’aider les entreprises à mieux fonctionner : « C’est fascinant de voir à quel point certaines choses sont mal gérées, il y a tellement à faire. Et les ambitions de l’entrepreneur pour son projet sont à la hauteur des opportunités. « Sur le moyen terme, l’objectif est d’être l’une des 10 entreprises de logiciels les plus importantes d’Allemagne ; et sur le long terme, du monde entier ! »

Si l’entreprise continue d’améliorer son offre, le véritable enjeu est en effet dans la croissance de son marché. Signavio a commencé son expansion à l’étranger il y a déjà quatre ans, avec l’ouverture de bureaux à San Francisco, puis à Singapour. Gero, lui, fait l’aller-retour entre les États-Unis et Berlin très régulièrement, apparemment content de sa vie d’entrepreneur globe-trotter. Et sa famille ? « Ils sont tous dans l’ingénierie mécanique, ils sont persuadés que nous faisons des jeux vidéo ! Mais récemment, je les ai emmenés dans nos nouveaux bureaux, qui occupent tout un pâté de maisons à Berlin. Là, je crois qu’ils ont compris que c’était réel. » Au moment de recevoir le prix d’Innovateur de l’année, Gero Decker n’oublie d’ailleurs pas tous ceux qui peuplent ces bureaux en Europe, aux États-Unis et en Asie : « C’est un très grand privilège pour moi de travailler avec des gens formidables et de contribuer à rendre le monde meilleur grâce à la technologie. » Affaire à suivre, donc, que cet itinéraire d’un enfant gâté.

Par Philothée Gaymard