« De l'ambition à l'action » : pour sa seconde édition, le sommet mondial de la mobilité durable souhaitait mettre en avant des solutions concrètes et ouvrir la voie à un futur plus écologique.

Des acteurs publics et privés impliqués

montréal, québec

Première idée mise en avant : celle que la promesse d'une mobilité durable ne se fera pas sans un engagement fort des pouvoirs publics. Les représentants municipaux et gouvernementaux présents à l'évènement ont réaffirmé l'importance du rôle que leurs organisations devront jouer dans la mobilité de demain. Valérie Plante, maire de Montréal, a ainsi rappelé l'investissement réalisé par son administration en terme de transformation du secteur des transports : l'achat de 300 bus hybrides. « Notre flotte est entièrement hybride et prête à être électrifiée. À Montréal, et au Canada en général, nous savons que l'électrification est la voie à suivre. » Elle a également renouvelé la promesse de construire plus de pistes cyclables et de voies piétonnes, expliquant que dans ville, « la croissance de la voiture est supérieure à la croissance de la population. Les citoyens ont besoin de plus d'options de mobilité. » Et réaffirmé sa volonté de faire aboutir le projet de nouvelle ligne de métro : « la ligne rose est un projet très audacieux, et la mobilité est aussi un combat social ». 

Smart city

Les données se mettent au service de la mobilité intelligente

  • 05 Fev
    2018
  • 10 min

Côté États-Unis, Kansas City était représentée par Bob Bennett, responsable de l'innovation urbaine à Kansas City, qui travaille à définir la stratégie de la ville, notamment concernant « les perspectives d'énergie propre et l'amélioration de l'utilisation des données afin d'améliorer le processus de décision et de coordination de nos différents départements ». Il explique : « Nous sommes actuellement la ville la plus intelligente au monde. Nous avons imité ce que d'autres municipalités ont réalisé avec brio : Barcelone pour le wifi public, San Diego et Adelaide pour l'éclairage intelligent, et New York pour les kiosques d'information digitaux. En plus de cela, Kansas City compile de la donnée, et le partage de celle-ci rend nos systèmes encore plus efficaces. » En ce qui concerne les défis à venir, la municipalité souhaite « offrir un partenariat public-privé pour que les start-up s'installent à Kansas City et construisent une ville intelligente à grande échelle. Nous parlons ici d'un partenariat long de dix à trente ans, et durant lequel les start-up auront accès aux infrastructures de la ville, du réseau de distribution d'eau à celui de surveillance de la qualité de l'air, et toutes les données qui les accompagnent. » À l'échelle nationale, Bob Bennett se dit « excité de voir qu'il existe aujourd'hui un focus sur les Smart Cities », et que « les villes et les États sont capables d'échanger leurs bonnes pratiques ». Ces échanges définiront les Smart Cities de demain : « Entre les trois niveaux de gouvernement, nous disposons déjà d'une grande quantité de données, et nous devons maintenant exploiter cette expertise en les partageant ». Des idées clés que partage Marc Garneau, ancien astronaute et ministre canadien des Transports : « Le gouvernement a créé un centre de données sur les transports, qui lui donne accès à des informations précises. De meilleures données sont la clé pour prendre de meilleures décisions. » Sur les partenariats publics-privés, il ajoute qu'« il est important de se tourner vers le secteur privé pour certains projets », et notamment pour faire face au défi de construction des infrastructures nécessaires aux villes modernes de demain.

L'appel à projets d'un autre ministère canadien, celui de l'Économie, de la Science a de l'Innovation, a mené à la création d'un Centre d'excellence des technologies ouvertes pour la mobilité. Inspiré par la Fabrique des Mobilités en France, et lancé en partenariat avec Savoir-faire Linux, Coop Carbone, La Fabrique Agile et OuiShare Québec, il vise à la fois à fédérer les acteurs de l'innovation, à valoriser les solutions technologiques existantes et à encourager la création d'autres. Movin'On a également été l'occasion de dévoiler le « Plan d'action pour l'industrie du transport terrestre et de la mobilité durable 2018-2023 », doté d'une enveloppe de 118 millions de dollars. Dominique Anglade, vice-première ministre du Québec, a déclaré : « La volonté de notre gouvernement de moderniser le Québec en alliant l'innovation au développement durable se concrétise dans cet important plan d'action, qui favorisera la croissance des entreprises actives au sein de l'industrie québécoise des équipements de transport terrestre. Jumelées aux initiatives proposées dans la Politique de mobilité durable 2030, les mesures qui y sont mises en place contribueront d'ailleurs à faire reconnaître davantage le Québec comme un acteur incontournable de la mobilité de demain, une mobilité sécuritaire, durable et connectée. » Et pour faire du Québec en leader en la matière, une Cité de la mobilité durable sera mise en place, et quatre millions de dollars seront consacrés, au cours des cinq prochaines années, au soutien des  projets qui émaneront des divers chantiers de Propulsion Québec, la Grappe industrielle des véhicules électriques et intelligents.

Ville de Montréal

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À la tête du Comité international des technologies propres qu'il a créé avec André Borschberg, Bertrand Piccard travaille à la promotion de solutions énergétiques durables : « nous avons lancé le défi de sélectionner un millier de solutions pour protéger l'environnement – et nous y apposons un label de rentabilité ». Il est convaincu que les gouvernements et entreprises n'adopteront des solutions plus écologiques que si elles y voient un profit. « Nous sommes tous [à Movin'On, ndlr] convaincus par la durabilité et la technologie, mais certaines personnes ne s'en soucient pas et veulent conserver leurs habitudes. Nous devons donc présenter l'angle de la profitabilité, comme par exemple la création d'emplois. Nous devons être logiques, et pas seulement écologiques quand nous présentons nos solutions aux politiques. » Si son ONG souhaite insuffler les changements nécessaires, Bertrand Piccard rappelle qu'une adoption à grande échelle doit être encouragée : « Nous avons besoin des gouvernements et des législateurs pour montrer l'exemple. Si nous expliquons à la population pourquoi nous devons le faire, ils comprendront. » Et l'urgence de la situation n'est pas négligeable, dans un contexte actuel où « sept millions de personnes meurent chaque année à cause de la pollution de l'air ».

« L'innovation et la mobilité durable, c'est la même chose »

Jean-Dominique Sénard, président de Michelin, a insisté : « Ces collaborations sont les clés du futur. Je ne peux pas penser à un seul pays dans le monde où la collaboration entre le secteur public et le secteur privé ne sera pas la clé de l'avenir. C'est absolument essentiel, et ces partenariats publics-privés ont besoin de réglementation. L'innovation et la mobilité durable, c'est la même chose. » 

Lorsque l'on a arrêté de financer le gaz de schiste aux États-Unis et au Canada, on a perdu des clients mais on a accéléré le financement de la transition énergétique 

Antoine Sire

Antoine Sire, responsable de l'engagement d'entreprise au sein du groupe BNP Paribas, a expliqué que la banque essayait depuis plusieurs années « d'éliminer les financements qui (lui) semblent aller à l'encontre de la transition énergétique ». Et de souligner : « Les projets d'entreprise sont généralement des projets business ; les nôtres sont liés aux 17 objectifs de développement durable des Nations Unies. Lorsque l'on a arrêté de financer le gaz de schiste aux États-Unis et au Canada, on a perdu des clients mais on a accéléré le financement de la transition énergétique. » 

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des trajets

réalisés aujourd'hui en voiture font moins de quatre kilomètres

Des décisions encouragées par les ONG environnementales que sont WWF et Greenpeace. Marie-Christine Korniloff, directrice déléguée au monde économique chez WWF France, a expliqué : « Nous nous intéressons à la mobilité, et nous pensons qu'il faut travailler avec les entreprises pour faire changer le monde. Nous ne sommes pas toujours alignés avec ce qu'elles font, et nous le leur disons. Nous sommes très attentifs au fait d'avoir des initiatives partagées : mettre ensemble des acteurs financiers, des communautés et des entreprises, pour trouver des solutions à l'échelle. Si les acteurs automobiles, qui sont nombreux, vont trouver des solutions, chacun d'entre nous doit et peut agir. WWF va d'ailleurs lancer une application pour que chacun ait de bonnes idées et passe à l'action. L'augmentation du réchauffement climatique doit être limitée à deux degrés, et il faut répartir ce volume de carbone entre les différents acteurs économiques. Nous considérons que d'en 2050, nous devrions réussir à réduire d'un quart la mobilité globale  par rapport à 2010 en réduisant la "mobilité contrainte", ou subie. Aujourd'hui, un trajet sur quatre fait moins de quatre kilomètres. »

Regard d'expert

Joanna Kerr

Directrice exécutive

Greenpeace Canada

Nous sommes l'une des rares organisations environnementales qui ait la capacité de changer les comportements des grandes entreprises, en travaillant avec ou contre elles, afin d'en faire des leaders environnementaux et climatiques.

Joanna Kerr, directrice exécutive de Greenpeace Canada, approuve son homologue française : « C'est tout un écosystème qui essaie de montrer la voie : des petits entrepreneurs, des gouverneurs, de maires, des grandes corporations, ... Nous sommes l'une des rares organisations environnementales qui ait la capacité de changer les comportements des grandes entreprises, en travaillant avec ou contre elles, afin d'en faire des leaders environnementaux et climatiques. Notre rôle [à Greenpeace, ndlr] est vraiment d'essayer de changer les esprits. Il y a 15 ans déjà, Greenpeace annonçait un objectif d'énergie 100% renouvelable d'ici 2050, et à l'époque, les gens pensaient que c'était fou. Mais si vous continuez à le dire, si vous continuez à parler de l'impossible comme d'un futur possible, si vous continuez à présenter des solutions, le système de croyances peut changer. Notre objectif principal est aujourd'hui d'accélérer le déclin inévitable du pétrole. À bien des égards, nos gouvernements essaient de respecter les accords de Paris, mais ils sont tellement influencés par le secteur pétrolier qu'encore la semaine dernière, ils ont engagé 4,5 milliards de dollars pour continuer à financer le pipeline Trans Mountain. BNP Paribas a été l'une des premières à retirer son argent [de cette industrie]. Les institutions financières connaissent les risques d'investissement dans les combustibles fossiles. » Elle poursuit : « La mobilité durable de demain sera électrique, connectée, autonome et partagée. Cela va demander beaucoup de collaboration. La règlementation gouvernementale sera l'un des plus défis les plus importants à surmonter, afin de permettre aux voitures autonomes de partager la route, de construire les bonnes infrastructures, ... Ces innovations auront des bénéfices sanitaires et sécuritaires certains : moins de pollution de l'air, et moins d'accidents (aux États-Unis, 400 000 individus meurent chaque année sur les routes). [Au Canada], nous sommes encore beaucoup trop lents en ce qui concerne les énergies renouvelables : nous développons lentement l'éolien et le solaire, mais de façon assez négligeable par rapport à l'Europe, au Costa Rica ou à la Californie. Vancouver et Montréal sont de vrais leaders, et il faut espérer qu'ils engagent une concurrence saine. Vancouver s'est par exemple engagée à être la ville la plus verte du monde d'ici 2020. À Toronto en revanche, notre système de transports date du siècle dernier, et nous avons eu des maires très régressifs. Rob Ford a beaucoup défendu la culture du SUV et a supprimé les pistes cyclables. Aujourd'hui, quand on parle de mobilité durable, on ne parle toujours pas de ralentir le consumérisme. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de produire de plus en plus de voitures électriques : le capitalisme non réglementé n'est pas la réponse à nos problèmes. »

L'électrification de tous les secteurs

DEmain, des flotteS DE VéHICULES électriques

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Laurent Burelle, président et directeur général du groupe industriel français Plastic Omnium, a retracé l'histoire de sa société : « L'histoire est la suivante : de 1945 (avec un million de voitures produites par an) à aujourd’hui (presque cent millions), cela a été une progression naturelle de technologie, de sécurité, de qualité, et de réduction des émissions. De 1945 à 1990, cela a été un continuum d'amélioration technologique durant lequel il fallait gagner des parts de marché et ouvrir des usines. Après 1990, il a fallu construire des usines pour continuer à accroître le marché et fermer celles qui n'étaient plus à la page technologiquement. En 2005, ce n'est plus un continuum de technologie, c'est un "technology jump" ». L'équipementier automobile a expliqué, non sans humour : « Je suis là pour vous parler d'un monde passé. Je suis le leader mondial de la fabrication des réservoirs à essence et des pare-chocs qui disparaîtront demain avec la voiture autonome. Nous avons, en tant que collectivité, en tant que nation, décidé que la conduite autonome serait la solution au trafic et à la pollution. Et je pense à titre personnel que dans les dix prochaines années, les véhicules hybrides représenteront 40 ou 50% de la production mondiale. »

HYDROGène

L'expertise de Victorien Erussard, capitaine du navire hydrogène Energy Observer, a été particulièrement mise en avant en ce qui concerne le futur du transport maritime. « L'hydrogène est l’élément le plus abondant dans l'univers, c'est un véritable couteau suisse énergétique. » Un discours approuvé par Jean-Dominique Sénard : « L'électricité est la clé. Mais nous ferons face à un problème qui n'est pas résolu : comment allez-vous brancher toutes vos voitures électriques le soir et toutes les charger ? L'hydrogène est probablement l'avenir. »  

Dans les airs, les vols de passagers à courte distance alimentés par énergie électrique seront, selon Bertrand Piccard, disponibles dans un peu plus de huit ans. Spécialiste de l'aviation, le fondateur de Solar Impulse est le premier à avoir réalisé un tour du monde à bord d'un avion fonctionnant uniquement à l'énergie solaire. La mobilité aérienne, électrique ou non, se développera inévitablement : Jon Rimanelli, fondateur et CEO d'AirspaceX, rappelle que « l'an dernier, aux États-Unis, l'équivalent de 300 milliards de dollars ont été dépensés en carburant gaspillé et en productivité au travail perdue à cause des embouteillages », et souhaite donc imaginer « un scénario où nous nous déplaçons au-dessus du trafic ». Il explique : « Le trafic routier prend le contrôle de nos vies. En ville, un conducteur américain passe en moyenne 42 heures par an assis dans la circulation. 1,5 milliard de personnes font des trajets quotidiens. Si nous retirons ce trafic de la route, cela améliorera forcément la qualité de vie des individus, non seulement au sol mais aussi dans les airs. » Autre solution dite « au-dessus du sol » : l'hyperloop. Pour Anita Sengupta, vice-présidente d'Hyperloop One, les solutions de demain doivent « réinventer le transport pour éliminer les barrières spatiales et temporelles ». Et ces solutions n'en sont qu'à leur balbutiement : « Notre entreprise est née dans un garage il y a quatre ans. Aujourd'hui, elle compte 255 individus sur son campus d'innovation, et est la seule à avoir, en pratique, construit un hyperloop. » Elle conclue : « l'hyperloop est le transport écologique du futur ».

Rédigé par Marie-Eléonore Noiré
Journalist