Lors de son entretien, Mr. Bertrand Gouraud, directeur des technologies pour la Banque Fédérale des Banques Populaires (BFBP) a exposé la manière dont l'informatique a progressivement su tirer...

Lors de son entretien, Mr. Bertrand Gouraud, directeur des technologies pour la Banque Fédérale des Banques Populaires (BFBP) a exposé la manière dont l'informatique a progressivement su tirer parti de la logique fédéraliste de son groupe, puis il a analysé deux axes essentiels pour l'optimisation des investissements informatiques : la mutualisation des ressources, et la saisie d'opportunités tant du côté de l'innovation pour la gestion de la relation client, que du côté de l'adaptation aux nouvelles règles de conformité financière ou dans l'oecuménisme pragmatique vis-à-vis des nouveaux langages informatiques.

A) Groupement des Banques Populaires : comment tirer profit d’une logique fédéraliste ?

D’après Mr. Bertrand Gouraud, si une banque fédéraliste s’ouvre à une mutualisation de ses ressources informatiques, elle peut sensiblement optimiser des investissements informatiques. Explications.

BFBP fédère 19 banques régionales, plus 2 banques spéciales, qui sont toutes solidairement propriétaires de l’ensemble du réseau Banque Populaire.

Le chef du réseau BFBP a des missions qui découlent de la logique fédérale des Banques Populaires, il doit ainsi : proposer une stratégie globale pour le réseau, le représenter vis-à-vis de l’extérieur, et animer en interne les grands axes définis en commun.

Pour l’informatique, Mr. Bertrand Gouraud a le même rôle : il doit proposer une stratégie globale, fédérer les énergies autour des grandes lignes décidées en commun, inciter les pôles à les suivre, et communiquer vis-à-vis de l’extérieur.

B) Optimisation des investissements :Axe UN, mutualiser les ressources et créer des structures informatiques fédérales
 

En 2000, le groupe des Banques Populaires avait 9 plates-formes GRC (contre 25 pour d’autres établissements mutualistes). Le choix a été de créer une société anonyme Informatique Banque Populaire qui a permis d’éditer et d’infogérer une plate-forme logicielle GRC commune à l’ensemble du réseau.

Des gains de productivité et de coûts d’exploitation ont été très rapidement réalisés. Cette première mutualisation des ressources s’est accompagnée de deux actions importantes :

Côté matériel, la création d’Altair, détenu à 95 % par NatexisBP, entité jadis dédiée à l’hébergement informatique. Cette société gère désormais l’achat et la vente de l’ensemble du parc informatique du groupe, de même que l’infogérance des machines.

Côté suivi de production informatique, deux entités ont été créées entre 2000 et 2003 : i-BP pour la banque de détail (détenu à 35 % par BFGP et 65 % par les banques régionales) et NatexisBP pour « la banque de gros » (équipe de 1000 personnes, contre 800 personnes pour i-BP).

-> La clef de voûte de l’efficacité de ces mutualisations repose sur une bonne gouvernance informatique. Celle-ci est particulièrement importante dans des réseaux bancaires aux structures fédéralistes tels que les Banques Populaires.

Ces dernières ont ainsi mis au point un comité de coordination sur les grands enjeux techniques et fonctionnels du groupe, qui permet de prendre des décisions de façon collégiales en incluant :

les responsables des réseaux des Banques Populaires pour la partie maîtrise d’ouvrage

les directeurs des entités informatiques fédérales pour la partie maîtrise d’œuvre : i-BP, NatexisBP, NatexisAltair, et la direction des technologies.

C) Optimisation des investissements : Axe DEUX, saisir les opportunités 

1) Innovations : s’adapter aux nouvelles exigences du marché pour générer plus de revenus…

Côté particuliers…
 
Nouveaux rôles ? Transaction via Internet, avant-vente en agences
 
Les services de banque en ligne pour les particuliers devraient d’ici 5 à 10 ans « passer du stade de canaux complémentaires à celui de canaux majeurs » explique Bertrand Gouraud, qui met en avant la montée en puissance inéluctable de ces modes d’opérations bancaires. « Le transactionnel s’effectuera de plus en plus via Internet, les agences ayant de plus en plus un rôle d’avant-vente basé sur la présentation et l’explication de services financiers complexes qui requièrent une réelle pédagogie pour convaincre le client », poursuit-il. 

-> Ces nouveaux rôles pour la banque en ligne et les agences montreront leur efficacité si les mécanismes de la relation client sont bien pensés en amont. Les investissements informatiques consentis pour renforcer les systèmes de banque en ligne seront alors optimisés.

Côté entreprises…
 
Nouvelles demandes des trésoriers d’entreprise :
Un axe majeur de gain de productivité pour les banques

L’espace unique de paiement en euros (Single Euro Payment Area – SEPA) permettra aux entreprises d’effectuer des paiements par virement, prélèvement ou carte, dans l'Europe des 25 à partir de 2008. Ces futurs moyens de paiement paneuropéens sont appelés carte SEPA, virement SEPA, débit direct SEPA…

« C’est une occasion unique pour offrir aux trésoriers d’entreprise, des modes de virements internes (cf. « cash pulling ») qu’ils pourront gérer eux-mêmes, de manière simplifiée grâce à la mise en place de standards homogènes pour les paiements. Cette prise en main de la gestion des virements par les trésoriers d’entreprise représente un gain de souplesse pour eux et un formidable gain de productivité pour les banques. Elles en tireront profit si elles savent proposer des offres attractives dans ce domaine » explique Bertrand Gouraud.

BNP Paribas et le groupe des Banque Populaire ont signé notamment à cet effet en décembre 2005 un accord définitif pour créer une plate-forme commune de développement de logiciel monétique pour la banque de détail. Les deux groupes vont instituer début janvier un joint-venture (Partecis) qui mutualisera l’ensemble de leurs systèmes informatiques de production monétique : serveurs d’autorisation, gestion des cartes, traitements des opérations, lutte contre la fraude. D’autres banques européennes pourraient rejoindre la structure.

2) Nouvelles règles de conformité, une nouvelle occasion pour mutualiser l’informatique

Les entités i-BP et NatexisBP ont permis de sortir la gestion technique des outils informatiques des structures dédiées aux métiers des Banques Populaires. Cette première étape a contribué à optimiser les investissements globaux en matière de suivi de production informatique.

Toutefois, l’arrivée des nouvelles règles de conformité financière au début des années 2000 (Bâle II, ratio Mac Donough, IFRS) a mis en évidence la nécessité d’approfondir cette mutualisation des projets informatiques, ces règles de conformité s’appliquant autant aux « clients internes » de iBP (banque de détail), qu’à ceux de NatexisBP (banque de gros).

-> Ce constat a donné lieu à un projet collectif lancé afin de répondre à ces nouvelles règles de conformité : Les équipes de la Banque Fédérale ont ainsi eu la responsabilité de la maîtrise d’ouvrage du projet, de la maîtrise d'œuvre ainsi que celle de l’intégration et de la production.  

3) Etre œcuménique dans les langages : cas des nouvelles règles de conformité

Le troisième levier pour optimiser les investissements informatiques réside, selon Bertrand Gouraud, dans un œcuménisme pragmatique vis-à-vis des langages informatiques.

Télécoms : vive le multi-protocole !

L’ensemble des grandes banques françaises possède un patrimoine applicatif qui s’est constitué depuis une grande dizaine d’années. Il est donc illusoire et dangereux de penser en faire brutalement table rase.

Par exemple, dans le domaine des télécoms, le basculement 100 % voix sur IP, n’est pas forcément souhaitable. La vraie grande évolution est dans la mise en place d’un réseau multi-protocole (IP, Frame Relay,…) qui permet de multiplexer voix/données/images de manière transparente pour les utilisateurs et de façon optimale pour les coûts de communications ! 

Nouvelles règles comptables : une occasion pour changer de langage

Mais il est aussi dommage de ne pas saisir les opportunités pour moderniser son infrastructure technique et réduire ainsi certains coûts d’exploitation.

Lors des développements qui ont été effectués afin de rendre conforme le groupe Banque Populaire au nouveau ratio Mac Donough (cf. Bâle II), le choix de serveurs fonctionnant sous Unix a permis au groupe de s’affranchir de coûts récurrents relatifs à l’usage de systèmes d’exploitation propriétaires faisant fonctionner des serveurs plus anciens.