Les individus feraient plus confiance aux ordinateurs qu’à leurs collègues ou partenaires commerciaux lorsqu’il s’agit de prendre des décisions financières.

Les ordinateurs, plus dignes de confiance que les humains ?

Pas facile de faire confiance quand des transactions financières sont en jeu. Encore plus lorsque celles-ci sont exécutées par des humains, indiquent les résultats d’une expérimentation menée par une équipe de scientifiques dirigée par le Professeur Bernd Weber de l’Université de Bonn sur l’ "aversion pour la trahison". L’expérimentation a été conduite en étudiant les réactions de 60 joueurs en Allemagne et aux Etats-Unis lors d’un jeu de partage d’argent.

Les machines, dignes de confiance ?

On a ainsi proposé à deux groupes de joueurs de choisir entre deux options à l’issue d’un jeu sur ordinateur en binôme : recevoir 1 euro chacun ou bien se partager 6 euros. Mais pour cette dernière option, le partage est réalisé soit par un ordinateur, soit par un joueur et rien ne garantit qu’il sera équitable. Néanmoins, que le partage soit équitable ou pas, il est indiqué au préalable que l’ordinateur et le joueur donnent la même somme; c’est-à-dire que si le joueur décide de garder 5,5 euros pour n’en laisser que 0,5 euro, l’ordinateur en fera de même. Tous dotés de cette information, les joueurs participant à l’expérience ont été 63% à préférer l’option du partage réalisé par l’ordinateur. Mais lorsqu’il est question que ce soit le joueur qui réalise le partage, les binômes ne sont plus que 49% à faire confiance à cette option et préfèrent avoir l’assurance de gagner 1 euro.  "Ces résultats montrent que la majorité des personnes préfèrent laisser la décision à un appareil lorsqu’il s’agit de décisions risquées qui pourraient les trahir, évitant ainsi de ressentir ce sentiment négatif d’avoir fait confiance à un humain à tort" observe le Professeur Weber.

Des effets observables sur le cerveau

Lors de la prise de décision finale, l’activité du cerveau des testeurs a été mesurée à l’aide d’un scanner IRM. Lorsque la décision de partage était prise par un autre joueur et non par l’ordinateur, les scientifiques ont observé une activité particulière du cortex insulaire frontal. "Cette zone du cerveau est toujours engagée lorsque des émotions négatives sont enclenchées telles que la douleur, la déception ou la peur." note le Professeur. Autrement dit, le simple fait de décider que le partage de l’argent reviendra à une personne physique génère des émotions négatives. Les décisions financières sont complexes, ajoute le scientifique qui suggère d’étudier plus en détails les processus de décision concernant les transactions financières. D’autres expériences montrent qu’il est également parfois plus facile de faire confiance à une machine. C’est le cas des psychologues virtuels qui débarquent sur le marché et auxquels certains patients préfèrent se confier.

Rédigé par Eliane HONG
Journaliste