Afin d'éviter le débauchage de salariés, les compagnies ont intérêt à rassembler leurs équipes de recherche en groupes de travail. Réels plus que virtuels, ces derniers visent surtout à souder des liens existants.

Les outils collaboratifs renforcent-ils la cohésion de l'entreprise ?

Pour éviter que les individus talentueux associés autour d’un projet, ne soient encouragés par la concurrence à quitter l’entreprise, il faut renforcer le travail d’équipe, notent dans un rapport des chercheurs de l’université Carlos III de Madrid. Les scientifiques se sont intéressés à une entreprise high-tech en particulier : IBM. Ils soulignent que ce sont souvent les acteurs clés, dont l’expertise est déterminante pour faire avancer tel ou tel projet de R&D qui sont "courtisés" par des sociétés concurrentes. Ainsi, paradoxalement, les personnes les plus impliquées sont dans certains cas celles qui ont le plus de chances de quitter l’entreprise. "En organisant leurs activités en groupes de travail, les entreprises peuvent préserver leurs talents, car il devient plus difficile d’identifier de l’extérieur quels chercheurs contribuent le plus au projet", explique Eduardo Melero, l’un des auteurs de l’étude.

Préserver l’unité du groupe

Avant d’ajouter : "sans compter qu’il est bien entendu plus difficile de démarcher un groupe entier plutôt que quelques individus". Reste à savoir si une telle organisation d'équipe peut être transposée sur des plates-formes de collaboration en ligne. Un point de vue nuancé par Damien Douani, consultant chez BlueKiwi, spécialiste des communautés : "les outils collaboratifs servent surtout à fédérer les professionnels, à les impliquer davantage, à augmenter leur motivation", explique-t-il à L’Atelier. "L’enjeu est de rassembler une multitude d’individus, autour de projets stratégiques, en combinant souplesse et confidentialité", précise-t-il. Plutôt que de dissimuler les acteurs clés, les plates-formes collaboratives visent donc surtout à structurer le savoir partagé.

Restructurer le travail collaboratif

"On peut tout à fait avoir des logiques communautaires, avec à la fois des sous-groupes, et des zones de recouvrement", développe le spécialiste. "L’intérêt des nouvelles plates-formes professionnelles, c’est qu’elles permettent de faire cohabiter différentes communautés". L’idée selon laquelle tout est soit ouvert, soit fermé, est ainsi à reconsidérer. "Le but est de ressouder les équipes, et d’apporter un certain confort aux talents de l’entreprise, en jouant sur une communication tantôt horizontale, tantôt verticale, tantôt ouverte ou entr’ouverte, tantôt fermée", conclut Damien Douani. A noter, l’étude des chercheurs a récemment été publiée dans le journal Management Science.

Rédigé par Basile Segalen