De plus en plus d’initiatives numériques naissent afin d’aider les plus démunis. Data, SMS, logiciel, tout est envisagé. Pour autant les projets ne laissent pas l’humain de côté.

Les outils numériques viennent en aide aux sans-abris

Un simple logiciel pour réduire le nombre de sans domicile fixe. L’ambition de l’association basée à New-York, Community Solutions, est immense. Sans doute à la hauteur du chantier puisque Big Apple a dépassé le 1er février dernier les 59 000 sans-abris selon le NY Daily News. Utiliser les ressources du numérique pourrait donc être une solution. Voilà pourquoi, avec l’entreprise Palantir Technologies, Community Solutions a développé un logiciel baptisé Homelink. Son but ? Rationaliser les services offerts aux sans-abris. Un peu à la manière du triage dans les urgences d’un hôpital, la plateforme collecte les informations sur les SDF (âge, revenus, antécédent médical, éventuelles addictions, etc.) puis attribue les logements disponibles, les aides et les ressources des différents services caritatifs selon les priorités et les besoins de chaque personne.

Paul Howard, responsable de l’association n’hésite pas à parler de “Airbnb pour les SDF”. Pour les personnes démunies, la plateforme fonctionne en effet un peu comme le site d'hébergement touristique : l’utilisateur entre ses informations (âge, revenus, etc.) et un algorithme lui propose gratuitement une solution d’hébergement adaptée à ses besoins. Ainsi un SDF souffrant de problèmes médicaux sera conduit vers un centre équipé d’une infirmerie. Homelink part du principe que les ressources pour aider les sans-abris sont déjà là. Tout juste suffit-il de mieux les coordonner. "Trop souvent les aides publiques, notamment l'hébergement des sans-abris, sont délivrées via un patchwork de systèmes fragmentés et non-coordonnés." explique Paul Howard. Depuis le début de l’année l’organisation étend son logiciel à une dizaine de villes américaines, après l’avoir testé pour la seule San Francisco dans laquelle "les retours des utilisateurs locaux sont positifs et enthousiastes" selon le responsable du programme.

Capture d'écran de la plateforme Homelink, le profil fictif d'un sans-abris

Des outils digitaux qui ne peuvent se passer de l’humain

Homelink n’est pas le seul dans le domaine à vouloir aider les SDF grâce au numérique. Et le point commun des nombreux projets nés dans le domaine de l’aide aux sans-abris, c’est que l’humain reste au centre. Le logiciel fait le pont entre les SDF et les organisations/associations, il ne remplace pas le contact humain. Les données et l’ensemble des outils numériques servent à maintenir du lien social sans déshumaniser l’aide apportée. Le projet hollandais HomelessSMS est assez caractéristique de cette tendance. Son principe est de combattre l’isolement des sans-abris via le SMS, maintenir du lien entre les bénévoles des associations et les sans-abris, donner des alertes ou encore informer les plus démunis des différentes aides possibles. C’était un peu la même idée qui avait conduit à créer CARE encore à San Francisco. On est donc loin d’une digitalisation des services à 100 %. Le digital servant à créer un lien humain.

Le système met en relation les solutions d'hébergement et les sans-abris selon leurs besoins

L’accès à Internet, un frein à ces solutions ?

Le premier obstacle évident au développement de ces outils est l’accès à Internet par les intéressés eux-mêmes. Les sans-abris ont par définition plus de mal à accéder aux ressources du web. Pourtant, dans son récent rapport, le cabinet anglais Lemos & Crane, montrait au contraire que le problème n’est pas tant là. 81 % des SDF sondés disaient accéder à Internet au moins une fois par semaine. Les problèmes sont plus indirects : durée de session limitée, mauvaise connexion, protection des données… l’accès au net est souvent contraint dans les services de type bibliothèque ou centre pour sans-abris. Sans parler des problèmes pour souscrire un forfait de téléphone mobile avec Internet. Ces difficultés peuvent donc freiner l’adoption de solutions comme Homelink. En fait la plupart des sondés du rapport de Lemos & Crane utilisent le net via des relations et de la famille. D’où la nécessité d’autant plus grande de lutter contre l’isolement, fléau numéro 1 dans la lutte contre la pauvreté.

Rédigé par Guillaume Scifo