Boris Golden, associé chez Partech Ventures revient sur l’état du financement des start-up en France aujourd’hui et expose sa vision sur l’avenir de cet écosystème.

De nos jours, si une start-up – tous niveaux d’avancement confondus – cherche un financement en France, dans quelle mesure est-ce une tâche compliquée ?

Boris Golden : Aujourd'hui, une bonne start-up trouve de l’argent sans trop de difficulté. Il y a plus d’investisseurs qu’on ne voudrait le croire, beaucoup d'ailleurs ont émergé ces dernières années. Souvent, les Venture Capitals (VCs) se battent pour les meilleurs dossiers, particulièrement ceux qui concernent des start-up en phase de croissance. Cela vient contrebalancer l'idée première selon laquelle le rapport de force pencherait en faveur des VCs alors qu'il tend de plus en plus à placer VCs et start-up d'égal à égal. Néanmoins, toutes les start-up ne trouvent pas de fonds : une grande majorité de dossiers ne répondent pas aux critères d'exigence propres à un investissement de ce type.

Aussi, rares sont encore les start-up en phase d’amorçage qui lèvent plusieurs millions en Europe et notamment en France, car les prises de risques à ce stade d'avancement restent timides pour l'instant.

Que doit-on penser de la multiplication des accélérateurs dans l’écosystème de l’innovation ?

Le fait que les acteurs du financement de projets en early stage soient en train de fleurir me pousse à croire que bientôt, on observera une convergence entre accélérateurs et VCs car les rôles de ces deux structures se complètent en phase d’amorçage. En effet, l’accélérateur accompagne avec du savoir et de l’expertise, alors que l'investisseur injecte des ressources financières.  

Mais les VCs, eux, opèrent aussi ce processus de “mentoring” des entrepreneurs, et participent à leur évolution. C’est le cas avec le Partech Shaker qui propose aux start-up en phase d’amorçage des bureaux adaptés à leurs besoins et à leur croissance rapide. Un processus, somme toute assez similaire à celui d'un accélérateur.

Partech a d’ailleurs récemment lancé son 2e fonds d’amorçage de 60 millions d’euros. Que traduit la création d’un tel fonds ?

Il a d’abord été créé car notre premier fonds était entièrement engagé. Les prochains “rounds d’investissement” des start-up, qui ont bénéficié du premier fond, ne seront bien sûr pas financés par le second. Nous allons investir dans de nouveaux projets. À l’origine, nous souhaitions lancer à lancer un fond qui ne soit pas trop important. Mais nous avons été victimes de notre succès et avons pu lever cette somme en trois mois.

Être présent sur la phase d’amorçage, c’est être au cœur de l’innovation. C’est là que tout se passe. C’est pour cela que nous avons décidé de nous positionner sur ce créneau. Aussi, grâce au premier fonds, couplé à notre taille critique, nous jouissons d’une certaine marge de manoeuvre quant au financement de jeunes projets. Nous pouvons nous permettre une certaine prise de risque.

Dans ce cas précis, Partech a une fonction d’intermédiaire entre les start-up que nous rencontrons par notre métier et les grand groupes qui ont investi dans ce fond d’amorçage [7 au total]. On opère une mise en relation qui fait sens pour les deux acteurs.

Quels sont les points forts et les points faibles de l’écosystème start-up français?

Le point fort de la France réside dans la qualité de ses ingénieurs. La France porte en son sein de vrais talents. Ils sont non seulement nombreux mais aussi, contrairement à leurs homologues américains, exigent des salaires moindres et surtout, sont plus stables. L’autre point fort de ce pays réside dans les aides publiques procurées par l’État. En tant qu’entrepreneur, on peut bénéficier des aides au chômage, de soutiens de BPI France, d’un crédit impôt recherche, etc.…Autant de supports financiers qui permettent de minimiser les risques lorsqu’il s’agit de se lancer dans un projet entrepreneurial.

La France pèche, en revanche, sur une vraie culture de l’entrepreneuriat. La culture “business” est encore assez balbutiante dans le pays, bien qu’il faut noter qu’elle commence à évoluer. La culture produit et marketing est aussi de son côté, assez peu développée, alors que ce sont ces domaines qui aident à comprendre ce qui a de la valeur, mais aussi et surtout à comprendre l’utilisateur. Enfin, la notion qui manque également à la France est celle de smart money. Dans la phase pre-seed, on recense encore trop peu de business angels, qui peuvent faire bénéficier les start-up de leur propre expérience entreprenariale à l’exception de quelques entrepreneurs qui ont bien réussi. Aux États-Unis, ils ont une vraie connaissance de l’écosystème de start-up locales et surtout, ont des attentes post-investissement réalistes.  

Quelles sont les tendances en ce moment sur le marché ?

De ce que je vois, beaucoup de projets se développent, en ce moment, dans le domaine de la livraison. Mais il s’agit là d’une tendance actuelle et non à venir.

Pour ce qui est des tendances à venir, on devrait voir émerger davantage de technologies permettant de réunir l'online et l'offline, deux univers du retail à réconcilier. Et cela passera peut-être par s'inspirer, voire reproduire des pratiques de l'online sur l'offline. D’ici 5 à 10 ans, les vendeurs du supermarché dans lequel on a l'habitude de faire ses courses, sauront sûrement s’ils ont affaire à un consommateur régulier et quels rayons ce dernier fréquente.

Autre tendance que je pressens : la transition des services offline sur des plateformes SaaS (Software as a service). Qu'il s'agisse en B2C d'acheter des places de cinéma, réserver son club de gym dans l'instant ou en B2B, d’expédier des marchandises à l'international, ces services ont besoin d'être « dépoussiérés », digitalisés tout en offrant une sensation d'instantanéité. Et le support mobile, massivement adopté, entraîne et accompagne, peu à peu, cette disruption.

Aujourd'hui, nombreuses sont les jeunes entreprises prêtes à payer un prix élevé pour acquérir leurs premiers clients que ce soit sur Google AdWords ou un autre outil promotionnel. Sauf qu’une fois le client acquis, ce coût d’acquisition devient alors un dépense marketing qui n’a pas été génératrice de valeur. De fait, on va rapidement voir des start-up prendre le contrepied de ce modèle. Rendre un premier service attractif, potentiellement gratuit, pour fidéliser puis inciter les utilisateurs à acheter un service à valeur ajoutée payant me semble être un processus d’acquisition plus vertueux.

Coté web, on peut également remarquer que les fournisseurs de réseaux ne sont plus ceux qui captent le plus de valeur. Il en va de même pour les créateurs de contenus. Ce sont les concepteurs et gestionnaires des « packages », à l'exemple d'un Spotify, qui tirent leur épingle du jeu. Mais on assistera probablement à une riposte de ce schéma. Les producteurs de contenus, qui représentent une part importante du marché, pourront par exemple décider de reprendre leur autonomie. On l'a d'ailleurs vu récemment avec le projet de plateforme de streaming musical [Tidal] de Jay-Z.

Et enfin, on évoque beaucoup le sujet de la disparition de la classe moyenne en France. Et on retrouve cette tendance sur le marché. À savoir qu’à la fois, des projets se créent autour d’une forme de « starification » des talents et des experts qui s’expriment sur des plateformes de recrutement haut de gamme, par exemple; et de l’autre, on voit émerger de plus en plus de start-up sur le créneau de la distribution de tâches à faible valeur, ne demandant pas une expertise poussée – ce qui tirera donc irrémédiablement la rémunération de ceux qui l'effectuent vers le bas – à l'instar d'un TaskRabbit par exemple, voire d'un Uber.

Par Anthéa Delpuech et Pauline Canteneur