La commercialisation en France de services en ligne de jeux d'argent peut-elle rester encore longtemps un monopole entre les mains de la Française des jeux (FDJ) et du PMU? Pour le groupe...

La commercialisation en France de services en ligne de jeux d'argent peut-elle rester encore longtemps un monopole entre les mains de la Française des jeux (FDJ) et du PMU? Pour le groupe Partouche, premier casinotier européen avec 58 établissements en Europe, la réponse est non. Le président du Groupe, Patrick Partouche, a annoncé le lancement de Partouche Interactive, filiale à 85% dédiée aux jeux en ligne et aux nouvelles technologies de la téléphonie mobile, du web et de la télévision.
 
L'affaire est pleine de rebondissements. En France, il est interdit aux casinos d'avoir des sites sur internet. Le 28 mars dernier, le Syndicat moderne des casinos de France (SMCF) - une structure dont 50 des 70 adhérents sont des établissements Partouche - a déposé une plainte contre l'État Français auprès de la Commission européenne.
 
Parallèlement, il a effectué une requête officielle auprès du Premier ministre pour demander l'abrogation de ce monopole qui date de 1978. L'objectif est d'obtenir la fin du monopole de la FDJ, et de fait d'autoriser en France les "cybercasinos".
 
Déjà en 2002, Partouche avait tenté de contourner le dispositif règlementaire en accordant à un opérateur situé à Bélize une licence pour exploiter un casino en ligne en son nom (casino-partouche.com). Une expérience destinée à attirer l'attention des pouvoirs publics et à faire son apprentissage du métier d'exploitant de casinos en ligne mais qui s'est révélée maladroite dans son application.
 
"Nous voulons faire comprendre à l'État qu'il est aussi dans son intérêt d'ouvrir les jeux d'argent en ligne à la concurrence. Les casinos sont taxés à environ 65% de leur chiffre d'affaires. Si leurs revenus augmentent, l'État gagnera aussi plus d'argent", argumente l'avocat du SMCF.
 
Et si toutes ces initiatives n'aboutissent pas? Partouche avait brandit la menace d'installer une filiale à Gibraltar et de lancer ses services en ligne depuis l'étranger. C'est aujourd'hui chose faite. Le groupe dispose d'une filiale dédiée au développement de ses activités interactives, nourrissant l'ambition de s'imposer comme l'un des premiers opérateurs mondiaux de "Entergament" (comprendre: jeux d'argent en ligne).
 
Cette filiale, qualifiée par le groupe dans un communiqué de "première plate-forme multi-supports de jeux en ligne adossée à un groupe de casinos", sera dirigée par Frédéric Vinzia, ancien président de la chaîne musicale MCM et responsable du pôle édition de Canal+ à l'international.
 
Partouche Interactive, selon le groupe, "constitue la passerelle et le point de fusion entre plus de 50 établissements gérés par le groupe en Europe et dans le bassin Méditerranéen et les nouveaux réseaux de diffusion proposés par Internet, la télévision numérique et la téléphonie mobile".
 
Cette filiale va prendre en charge les activités "nouveaux médias" (télévision, Internet, téléphone…) du groupe en France et à l'international. Partouche Interactive, dont le siège pourrait être installé à Gibraltar pour éviter les problèmes juridiques de territorialité, va démarrer ses activités à la rentrée prochaine.
 
Elle dispose d'un petit bouquet de services pour démarrer. Côté Internet et mobile, le groupe Partouche dispose d'une agence multimédia (la société QueDesJeux.com installée près de Tours) et compte ouvrir un portail "e-Partouche". Sur le front de la télévision, il a investi dans le projet Cash TV du nom d'une chaîne interactive numérique qui est tournée vers les jeux d'argent et qui sera lancée fin mai sur Canalsat.
 
"Notre volonté n'est pas de prendre spécifiquement des clients à la FDJ. Il y a quelque 2.000 sites étrangers de casino en ligne accessibles en France, face auxquels nous ne pouvons répliquer", explique Patrick Partouche, président du groupe, dans un entretien accordé à ZDNet.fr.
 
La Française des jeux dit avoir pris connaissance "avec étonnement" de l'action en justice qui lui est intentée. «Nous ne faisons pas le même métier», a déclaré une porte-parole au Figaro. La FDJ tient à préciser que son monopole sur les services en ligne concerne uniquement les loteries et les pronostics sportifs. Une manière de garder la distance avec les jeux de table ou les machines à sous, comme on en trouve dans les casinos.
 
Le SMCF réplique pour sa part que sur internet, les deux métiers sont semblables. Pour preuve: la FDJ propose déjà des jeux en ligne "évoquant clairement l'univers des casinos", tel que le Black Jack et le Poker d'As. "Ils fonctionnent selon les mêmes principes que les autres jeux disponibles sur les cybercasinos étrangers", conclut Thibault Verbiest.
 
Pour Partouche, comme pour beaucoup d'autres, le business des jeux d'argent en ligne est trop important pour le laisser filer, quitte à passer outre les monopoles d'Etat. Selon le cabinet Christiansen Capital Advisors, le marché de l'e-gambling (qui comprend les casinos en ligne et les salles de poker virtuels) a représenté un marché de presque 12 milliards de dollars. D'ici 2010, il serait deux fois plus gros. En sachant que ces données ne prennent pas en compte le volet des paris sportifs (betting) lui aussi en plein essor sur Internet.
 

 
(Atelier groupe BNP Paribas - 28/04/2006)