Face au nombre croissant de smart-buildings, une chercheuse américaine souligne un problème dans la conception même de ces bâtiments : l’humain et la pédagogie sont laissés de côté.

Pédagogie et bon-sens, les grands oubliés des bâtiments intelligents

Alors qu’elle était étudiante à la Washigton State University, Julia Day s’était rendue dans un bâtiment intelligent supposé économiser les énergies. À sa grande surprise, les stores étaient abaissés et les lumières allumées en plein jour alors que l’immeuble avait été conçu pour valoriser la lumière naturelle. La raison à cela étant que les boutons de réglages des stores étaient inaccessibles. Devenue assistant-professeur à la Kansas State University, elle livre avec un collègue, David Gunderson, une longue étude soulignant les manques des bâtiments intelligents construits ces dernières années. Selon elle, ce manque se résume en un mot : les occupants. Ils apparaissent en effet les grands oubliés dans la conception des bâtiments. Des bâtiments dont le nombre va croissant au fil des années avec plus d’un tiers des nouvelles constructions commerciales qui prennent en compte des systèmes d’économies d’énergie aux États-Unis. Face à cette explosion du smart-building, Julia Day souligne la nécessité de remettre les occupants au centre de la conception.

Remettre du bon-sens dans les bureaux

En fait la chercheuse insiste sur un point plus large concernant l’ensemble des environnements de travail : le bon-sens est souvent laissé de côté. Tandis que la plupart des personnes adoptent un comportement rationnel chez eux (éteignant les lumières en quittant une pièce par exemple) cela ne s’applique pas nécessairement au travail. Selon l’étude, la culture d’entreprise insiste rarement sur les  économies d’énergie et sur les gestes les plus simples pour y parvenir. Des gestes qui viennent pourtant naturellement dans un cadre domestique. De plus, la chercheuse énumère plusieurs cas pour lesquels le mobilier notamment va à l’encontre des systèmes d’économie d’énergie mis en place. C’était notamment le cas des boutons de réglages des stores inaccessibles en raison de la disposition des bureaux.

La pédagogie à revoir

Second point de l’étude : les occupants ne sont pas ou très peu formés sur les fonctionnalités des bâtiments intelligents. La chercheuse prend ainsi l’exemple d’un système de voyants censés informer du moment adéquat pour ouvrir les fenêtres. La plupart des salariés dans le bâtiment en question pensaient que ces voyants étaient rattachés à l’alarme incendie. “Il y a là un fossé, les gens ne comprennent vraiment pas ces immeubles” insiste Julia Day. Le besoin de pédagogie va au delà des e-mails explicatifs lapidaires selon elle. Finalement, son étude met en lumière un soucis profond des bâtiments intelligents qui sont pensés du dessin d’architecte à la pose de la dernière pierre mais l’après-construction est très peu envisagé. Plusieurs systèmes avaient vu le jour dans cet esprit de prise en compte de l’occupant : du bâtiment qui détecte et s’adapte à ses habitant automatiquement au chauffage intelligent. Mais ces initiatives ne sont pas encore développées à grande échelle et sans doute nécessiteront-elles aussi une forte pédagogie.

Rédigé par Guillaume Scifo