Le concept va au-delà des objets qui impliquent une communication directe avec l'utilisateur pour envisager des appareils autonomes. Entretien avec rafi Haladjian.

Le physical computing laisse entrevoir un environnement réactif et sensible

rafi Haladjian est le créateur de Violet, et du Nabaztag.

L’Atelier : Vous présenterez le 12 novembre à La Cantine le concept de "physical computing". Est-ce synonyme de l’Internet des objets ?

rafi Haladjian : Pas exactement. Le concept de départ, c’est de dire que l’on n’a pas besoin d’un ordinateur pour créer des machines intelligentes. Tout type d’appareil peut capter des données. Dans l’Internet des objets, on suppose que les objets sont communicants. Le physical computing est plus large, et ne passe pas nécessairement par une interface. Avec la prééminence du mobile et des ordinateurs, il est difficile aujourd’hui d’accepter un mode d’interaction sans écran. Pourtant, on peut imaginer un environnement réactif, sensible et éventuellement interactif, sans qu’il y ait une action directe d’un individu envers un objet, par le biais d’une interface. L’idée principale du physical computing est ainsi d’amener le public à réfléchir à d’autres manières d’interagir, en accordant aux objets une plus grande capacité d’autonomie.

Le public est-il prêt, désormais, à faire une place au physical computing ?

L’idée commence à faire son chemin, oui. Il y a de plus en plus d’objets communicants, ou 'sensibles'. Cela se développe insidieusement, et on est en fait au tout début de la vague. Alors, le public est-il prêt ? Cela dépend de quoi l'on parle. On peut distinguer plusieurs catégories dans le physical computing, et à chacune correspond une attente du public particulière, et un potentiel de développement plus ou moins fort. La première de ces catégories est constituée par ce que l’on appelle les "couteaux suisses" : typiquement, il s’agit de l’iPhone. Celui-ci peut faire un certain nombre de choses, mais ce nombre est aussi limité. Quoiqu'il en soit, on voit bien que ce type de produits est aujourd'hui largement adopté par le public. Viennent ensuite les "produits améliorés" : un objet grand public que l'on dote de fonctions intelligentes - un pèse personne auquel on ajoute un système d’analyse de données, par exemple. Pour ces produits, le marché arrive à maturité. Et puisqu'il s’agit d’acquérir la version communicante d’un objet de la vie quotidienne, l'adoption se fera tout naturellement.

Mais d'autres catégories rencontrent plus de difficultés quant à leur adoption par le grand public ?

En effet. La troisième grande catégorie, dans le physical computing, ce sont les "néo-objets" : là, c’est plus difficile, car il s’agit de produits que l’on développe pour des usages qui n’existent pas encore. Il est très difficile de prédire le succès de ces objets, d'anticiper l'accueil du public. Enfin, il y a le "do-it-yourself", où le consommateur peut développer lui-même un objet communicant. Il s’agit de l’Arduino. Certains de ces produits peuvent devenir ensuite industriels, pour certains d'entre eux. Et susciter l'engouement des foules. Mais là encore, l'adoption est moins naturelle a priori, moins évidente.

Rédigé par Basile Segalen