Se lancer seul dans l’aventure entrepreneuriale est-il voué à l’échec? Une start-up doit-elle se méfier de l’intérêt d’un grand groupe à son égard? Interrogé sur la base d’une liste de 18 conseils, un entrepreneur confronte théorie et expérience.

Les pièges à éviter lorsqu’on lance sa start-up

Quand on lance sa start-up, quelle ligne sépare le succès de l’échec ? Comment éviter la banqueroute et entrer au panthéon des créateurs visionnaires, aux côtés de Steve Jobs, Bill Gates et Mark Zuckerberg ? Des questions que se posent toutes les jeunes pousses tentées par le frisson de l’entrepreneuriat. Le dessinateur Mark Vital a concocté une feuille de route à destination des créateurs d’entreprise en herbe, sous la forme d’une infographie. 18 dessins pour 18 erreurs à éviter, sous peine d’échouer au cimetière des projets avortés. Un travail inspiré d’un long article de Paul Graham, programmeur et business angel, cofondateur d’Y Combinator, un incubateur ayant financé plus de 800 start-ups, parmi lesquelles Dropbox, Airbnb et Reddit. L’Atelier a rencontré Joan Burkovic, co-fondateur de la start-up Bankin, une application bancaire gratuite d’aide à la gestion de ses comptes, afin de confronter les principes dictés par l’infographie à son expérience d’entrepreneur.

Ne jamais se lancer seul et débloquer des fonds au bon moment

A la lecture de ce bréviaire, le métier d’entrepreneur s’apparente à un numéro d’équilibriste permanent. Ainsi, il faudrait à la fois éviter de se lancer seul, mais également être sûr de ne pas risquer d’entrer en conflit avec son ou ses partenaires. « Lancer une entreprise est un travail considérable, c’est pourquoi se lancer tout seul est une erreur : il faut absolument s’associer. Le meilleur chiffre étant deux ou trois, à quatre ça devient trop compliqué. » confirme Joan. « Il faut également éviter de s’associer à des gens avec qui l’on n’a jamais travaillé auparavant. Il est bon d’avoir déjà monté des projets ensemble, en particulier si l’on a connu des difficultés : ça permet de savoir si la cohésion va tenir dans les moments difficiles. La moitié des projets de start-ups échouent à cause de problèmes dans l’équipe. »

Ne pas lever suffisamment de fonds… ou au contraire, en lever trop peut s’avérer fatal! Selon Graham, « Une fois que vous avez levé beaucoup d’argent, il devient difficile  de vous réorienter. » «  Manquer de fonds au début, renchérit le co-fondateur de Bankin,  incite à être malin, à se débrouiller autrement. Quand on en a trop, on gaspille, on n’optimise pas. Il peut donc être bon d’avoir peu d’argent au début, le temps de trouver son modèle économique, son produit et sa feuille de route. En revanche, ensuite, sans les fonds nécessaires, on ne peut ni embaucher, ni engranger des dépenses marketing… »


Tester son idée et travailler pour soi

Selon Graham, le concept de bonne idée n’est pas seulement structurel mais conjoncturel. « Le timing est un facteur clef : trop tôt, le marché peut ne pas être mûr, trop tard, il risque d’être saturé. » affirme Joan. « En revanche, il vaut mieux ne pas trop peaufiner son produit et le lancer dès que possible, afin d’avoir  rapidement des retours d’utilisateurs qui nous aiguilleront pour l’améliorer. »

Joan suggère également aux jeunes entrepreneurs de ne pas chercher à garder à tout prix leur idée secrète. Au contraire. « Parler de son idée, c’est le meilleur moyen de la tester, d’avoir des retours. Une idée en soi, ça ne vaut rien, c’est son exécution qui compte. Rassurez-vous, personne ne va vous la prendre ! » Selon lui, le succès de sa start-up tient également au fait qu’ils n’ont pas voulu travailler avec des grands groupes : « Plusieurs établissements financiers nous ont proposés de travailler avec elles, et nous avons refusé. C’eût été une erreur, c’est d’ailleurs celle qu’ont commis plusieurs de nos concurrents. Si on avait répondu oui, ça aurait pris toute l’énergie et les ressources de l’entreprise pour développer un service pour une banque en particulier plutôt que pour nos clients. » Un point de vue qui va à l’encontre du mouvement d’open innovation défendu par plusieurs grands groupes et start-ups.

Les 18 erreurs qui peuvent être fatales à une start-up, infographie de Mark Vital, inspirée d'un article de Paul Graham.

Rédigé par Guillaume Renouard