La robotique et particulièrement la cobotique commence à investir le domaine industriel français. Entretien avec David Heriban - titulaire du prix de l’innovation décerné par le jury du premier concours national de la robotique collaborative et PDG de Percipio Robotics – sur l’avenir de la cobotique en France.

[Portrait d’innovateur] David Heriban mise sur la micromanipulation pour l’industrie du futur

Un innovateur ? Oui, même si l’intérêt pour la robotique n’était pas sa vocation première. « J’étais, au départ, plutôt intéressé par l’aéronautique, j’aimais la robotique étant enfant mais comme n’importe quel garçon… » Fou de technologies, David se passionne un peu plus tard pour la robotique à cause de la complexité du système « C’est devenu un plus grand centre d’intérêt quand j’ai réalisé que c’était un domaine très compliqué et très technique et que ce domaine regroupait plein de thématiques différentes. » Après un Bac S spécialisé en science de l’ingénieur et une formation à l’Ecole Nationale Supérieure de Mécanique et Microtechniques de Besançon, David intègre le Laboratoire Femto pour effectuer son projet de fin d’étude  « dans un premier temps dans le département de la micromanipulation et ensuite dans le département de la robotique et plus particulièrement de la micro-robotique » Il rejoint l’équipe au milieu des années 2000, une époque où les machines à commandes numériques commencent seulement à apparaître dans le secteur industriel.

L’idée disruptive ? Le robot Chronogrip développé par David manipule et assemble des pièces microtechniques de quelques millièmes de millimètres à quelques millimètres. En réalité, il s’agit davantage d’un cobot dans la mesure où il repose sur la collaboration entre l’être humain et le robot : « le robot n’est pas assez intelligent pour comprendre ce qui se passe à l’échelle du micro-monde, le robot a donc besoin de l’homme et l’homme a besoin du robot pour manipuler des objets avec précision à cette échelle. ».  « L’idée de Chronogrip, ajoute David, c’est d’être extrêmement précis, d’assister l’homme dans le geste qui consiste à assembler des composants ». Ce cobot dispose d’un système d’interface qui permet à l’opérateur de faire des gestes retransmis par le robot avec une plus grande précision notamment dans le secteur industriel. L’homme devient en mesure d’effectuer des gestes 100 fois plus précis, avec un contrôle d’effort 1000 fois plus fin et une résolution d’image 50 fois plus fine qu’à l’œil nu. L’avantage du Chronogrip réside dans sa capacité à œuvrer dans  bon nombre de domaines : de l’horlogerie à l’assemblage de microsystèmes (puces).

Pourquoi s’intéresser en particulier à la micromanipulation ? Son intérêt pour la micromanipulation relève du hasard, après être rentré dans un laboratoire de recherche qui travaillait sur la micro-robotique, David a eu l’occasion de développer pendant quatre ans avec l’équipe de recherche un prototype de robotique de micromanipulation : « La micromanipulation représente une frontière. Je m’y suis intéressé pour la technicité du domaine, mais aussi à cause du fait que très peu de gens travaillent dessus. » Le côté exploratif du domaine de la micromanipulation plaît particulièrement au jeune entrepreneur : « J’ai travaillé avec des pionniers du domaine scientifique et je deviens à mon tour en quelque sorte un pionnier industriel », raconte David. Il croit néanmoins au potentiel de la micromanipulation qui, pour lui, concerne toutes sortes d’acteurs du secteur médical jusqu’au domaine spatial.

Pourquoi ça nous impacte ? La micromanipulation est un phénomène qui ne peut que prendre de l’ampleur, selon David Heriban : « Il y a beaucoup de secteurs dans lesquels la miniaturisation est un élément clé ». De plus, celle-ci sera susceptible d’intéresser nombre d’investisseurs car « quand on fabrique petit, on consomme moins d’énergie, on réduit l’impact environnemental et on observe plus de productivité pour la même quantité de matière ». Le jeune ingénieur établit pour l’instant son robot dans le secteur industriel, et compte sur l’implantation de la cobotique dans les usines françaises dans un futur proche. Plus concrètement sa technologie serait implantable dès aujourd’hui chez les horlogers tenus d’assembler des montres mécaniques de haute compilation. La miniaturisation est promise à un grand avenir et pas seulement au niveau industriel. La manipulation aisée de la miniaturisation impactera le domaine spatial – particulièrement pour la conception de satellites –mais aussi le domaine médical : « c’est d’ailleurs dans ce domaine [médical] que l’on observera le plus de progrès, notamment en ce qui concerne les prothèses implantables (pompes à insuline, pacemakers, capteurs…) »

Et à l’avenir ? Inscrite dans le Plan gouvernemental de la nouvelle France industrielle, la robotique n’en a pas fini de se déployer. Selon David, l’investissement dans le domaine de la robotique est « nécessaire si l’on désire conserver une activité industrielle dans 20 ans ». Quant à la cobotique, elle sera intégrée au fonctionnement de nos usines très prochainement : « C’est là le défi de la cobotique aujourd’hui. D’un côté, on doit prouver à l’opérateur que l’être humain est crucial pour aider au fonctionnement du robot ; d’un autre côté, on doit prouver au chef d’usine que le robot fait gagner en productivité et vaut l’investissement de départ». « Ma définition de l’usine du futur, livre David,  c’est une production au plus près du lieu de consommation pour réduire les problèmes écologiques. En gardant l’homme comme une source intellectuelle et le robot comme une source exécutive, on atteindra le maximum de flexibilité que la robotique a à offrir ». D’ici 2020, David vise le déploiement d’une centaine de robots Chronogrip dans l’industrie de l’horlogerie de pointe. En ce qui concerne la recherche, David et son équipe travaillent à développer d’autres systèmes robotiques pour des secteurs high-tech avec un objectif d’implantation mondiale sur des centaines de machines d’ici 2025.

Rédigé par Anthéa Delpuech