Lauréat de la première édition du MIT TR35 Belgique, Jerôme Wertz travaille à améliorer la sécurité de ceux victimes de somnolence au volant grâce à un logiciel capable de quantifier l’état d'éveil d’un individu.

[Portrait d’innovateur] Jérôme Wertz analyse les mouvements oculaires pour lutter contre la somnolence au volant

Un innovateur ? De prime abord, Jérôme Wertz ne se destinait pas à intégrer le monde scientifique : « je me suis d’abord lancé dans des études d’ingénierie industrielle à l’Institut Gramme de Liège. » Un programme qui conduit naturellement vers les domaines de la technique et de la gestion. Néanmoins, lors de son mémoire, Jérôme fera la connaissance de Jacques Verly, professeur dans le département d’électrotechnique et d’informatique de l'Université de Liège. Très curieux de nature, Jérôme rejoint l’équipe du professeur en 2009 : « J’ai commencé comme chercheur pendant un an, et ai ensuite évolué vers le poste de chef de projet. »

Pendant 5 ans, l’équipe développe une technologie visant à quantifier l’état de somnolence d’une personne en activité. S’en suit la création de Phasya, car l’équipe « n’avait pas envie de laisser ces recherches dans un tiroir universitaire » et dans le but de passer de la théorie à la pratique, décide donc « de créer une entreprise pour commercialiser cette technologie » Pendant ce temps, Jérôme entreprend une formation en gestion pour appuyer ses connaissances de base en entreprise. L’équipe scientifique se lance donc dans l’aventure entrepreneuriale avec comme objectif premier l’amélioration de la vie des individus.

Une innovation ? La technologie développée par l’équipe de Phasya permet donc de quantifier le niveau d’éveil ou de somnolence d’une personne, « en se basant sur l’analyse de paramètres oculaires ». Un fonctionnement entièrement basé sur une caméra à haute vitesse, « qui permet de prendre des images de l’œil ensuite analysées par notre logiciel, qui détermine le niveau de somnolence de la personne». En fonction de l’application, ce niveau de somnolence peut être associé à un niveau de risque : « Le logiciel pourrait donc également disposer d’une échelle qui évalue la gravité de la situation et/ou la dangerosité de la personne observée ».

Dans le futur, Jérôme imagine que cette technologie pourra être applicable à travers nombre de supports : « on pourrait imaginer l’intégration de cette caméra haute vitesse dans une paire de lunette, ou directement dans l’habitacle de la voiture ». Encore au-delà, le système développé par Phasya pourrait même être applicable « à d’autres secteurs que l’automobile, comme l’industrie, et par exemple au sein des centrales nucléaires, là où beaucoup d’acteurs ont besoin d’être attentifs dans leur travail »

Quel impact ? L’impact de cette technologie résiderait principalement dans la prévention et la réduction des accidents dus à la somnolence au volant. Une cause qui touche particulièrement Jérôme, puisqu’un membre de sa famille fut une victime de ce fléau : « Notre objectif ultime, c’est évidemment de contribuer à sauver des vies ». Un projet somme toute plus que réalisable, puisque la technologie élaborée par Phasya viendrait s’intégrer à des structures déjà existantes (lunettes, voitures), en s’épargnant, de ce fait, la longue période qu’implique la « création » d’une solution complète. Ce qui permet une disposition immédiate de la technologie à ceux qui en ont réellement besoin.

Et à l’avenir ? Pour l’instant l’équipe de Phasya garde les pieds sur terre : « notre ambition première reste d’arriver à se positionner sur le marché global et à bien développer nos premiers contrats avant de réaliser une augmentation de capital  » En gardant bien sûr un œil sur l’international : « nous ne sommes pas focalisés sur l’Europe » confie Jérôme. En ce qui concerne la technologie, « l’équipe travaille en collaboration avec l’université de Liège à potentiellement étendre la technologie à l’analyse d'expressions faciales et de l’activité du cerveau ». En termes d’objectifs quantitatifs, ils sont encore flous pour l’entreprise : « il est difficile d’avoir un objectif précis et chiffré car les perspectives sont en constante évolution » Néanmoins, Jérôme se fixe un seul et même but : « Notre mission ne se cantonne pas à développer la technologie, nous souhaitons fondamentalement améliorer la sécurité des gens. »

Rédigé par Anthéa Delpuech