Le jeune innovateur polonais, co­fondateur de la plate­forme Social Wolves et Innovateur social 2016 du MIT Pologne, croit dans le pouvoir du collectif et du travail d’équipe pour résoudre les défis sociaux du monde.

[Portrait d’innovateur] Rafał Flis réunit les étudiants autour de défis sociaux

Un entrepreneur ?

Quand il déclarait « Stay hungry, stay foolish », Steve Jobs avait probablement conscience qu’il était en train de lancer une phrase qui inspirerait des générations d’entrepreneurs. C’est probablement le cas du jeune polonais Rafał Flis, le fondateur de Social Wolves, qui a été désigné mardi 28 juin Innovateur social de l’année 2016 par la MIT Technology Review. Mais Rafał ne prend pas tout à fait au pied de la lettre l’exhortation jobsienne : le slogan de son entreprise, c’est « Be hungry, yet responsible ». Une manière de prévenir le vieux monde que les jeunes en ont sous la semelle, mais qu’ils se préoccupent déjà de ce qu’ils laisseront derrière eux. Sur la scène du Warsaw Spire, le jeune homme présente ainsi son équipe : « Nous sommes la génération Social Wolves : des jeunes brillants qui utilisent leurs talents pour changer le monde autour d’eux... pour le meilleur. » Ce jeune homme a créé, avec ses deux associés, ce qu’il appelle le « Airbnb de l’éducation » : une plate­forme d’éducation en ligne qui permet, pour l’heure, aux lycéens et étudiants de travailler en équipe pour résoudre des défis sociaux. À ce jour, plus de 18 000 jeunes ont ainsi développé 850 projets.

 

Une innovation ? 

L’idée de Social Wolves est venue à Rafał Flis et à ses co­fondateurs, Paula Bruszewska et Marcin Bruszewski, quand eux­mêmes ont commencé à passer leurs premiers entretiens d’embauche : « Nous avons été très surpris qu’on ne nous demande rien sur nos études, mais qu’on nous pose beaucoup de questions sur nos expériences réelles, dans le vrai monde du travail. Et nous nous sommes dit que les projets sociaux pouvaient nous apprendre beaucoup, parce qu’ils apportent les compétences les plus importantes au XXI l’intelligence émotionnelle... » Ainsi naissent les Social Wolves. Au début, ce sont des ateliers pour les jeunes de Varsovie. Et puis, progressivement, la plate­forme grandit. « C’est la preuve que c’est la bonne méthode pour innover, appuie Rafał, en bon entrepreneur prosélyte. Pour nous, c’était un projet parallèle. Mener un projet social en parallèle de son métier, c’est le meilleur moyen de trouver sa propre idée de start­up. C’est un bon accélérateur de changement. » En 2014, tous décident de démissionner pour se consacrer à Social Wolves. Pour Rafał Flis, c’est l’aboutissement d’un parcours qui ne tient pas au hasard. « Être entrepreneur, ça a toujours été mon rêve. Quand j’étais plus jeune, j’ai même écrit une lettre au ministre de l’Éducation pour lui dire que nous devions changer l’école, et permettre aux élèves de travailler ensemble en équipes ! » Car cet entrepreneur idéaliste croit fermement dans le pouvoir de la communauté pour changer le monde.

 

Pourquoi est­-ce impactant ?

Enthousiaste, ils nous raconte ce qu’être un Social Wolf signifie pour les adolescents inscrits sur la plate­forme : « C’est excitant pour eux de pouvoir choisir les défis sociaux qu’ils veulent résoudre. C’est leur propre décision, ils n’ont pas besoin de leurs parents ou leurs professeurs pour la prendre. Ils ont le sentiment d’avoir du pouvoir sur un petit fragment de réalité, de toucher des vrais gens dans le vrai monde. C’est tellement important pour des adolescents qui en ont assez d’être vus comme des enfants. Et tout ça, ce pouvoir et cette influence, ce n’est possible que quand on est dans une équipe. » On sent que c’est de cette joie et cette excitation­-là qu’il ressent, maintenant qu’il a lancé une aventure entrepreneuriale qui marche. 

 

Et la suite ?

Dorénavant, le titre d’Innovateur social de l’année qui lui a été attribué devrait aider la plate­forme à se développer davantage. D’abord auprès d’autres publics — ils veulent s’ouvrir auprès des jeunes professionnels « qui s’ennuient dans leur travail après quelques années » —, puis en-­dehors de Pologne. Rafał assume une ambition à la fois décomplexée et rafraîchissante : « Je veux être plus crédible aux États-­Unis. Si nous nous rapprochons de Barack Obama, nous avons intérêt à l’être ! » Au­delà du « cachet » de l’Innovateur de moins de 35 ans, rejoindre la communauté formée par la MIT Technology Review est une chance dont Rafał mesure la valeur. « Aujourd’hui, j’ai découvert d’autres opportunités et je suis bouleversé. J’ai rencontré tous ces gens formidables, ils sont bien meilleurs que nous, ils peuvent nous inspirer, nous pouvons travailler avec eux. » Pour innover, l’union fait bel et bien la force.

 

Par Philothée Gaymard