découvrent l’Internet. Petit-fils de nomade, Mohamed Ould Sedim explique “la Mauritanie entre dans une ère de communication, le pays va pouvoir enfin s’ouvrir sur le monde, nous allons nous sentir ...

découvrent l’Internet. Petit-fils de nomade, Mohamed Ould Sedim explique “la Mauritanie entre dans une ère de communication, le pays va pouvoir enfin s’ouvrir sur le monde, nous allons nous sentir moins éloignés du reste de la planète”. Le premier cybercafé de Nouakchott, Cyber-Tea, a en effet ouvert ses portes en mars dernier, en plein centre-ville. Etudiants, intellectuels, voire co-opérants viennent dans cet endroit cosmopolite et moderne, aseptisé et climatisé, surfer sur la dizaine d’ordinateurs mis à leur disposition. Comme l’explique Jernal, chargé de développement chez Top Technologie, fournisseur d’accès à Internet mauritanien “en deux mois, nous avons assisté à un engouement terrible des jeunes pour l’Internet. La force du peuple mauritanien est de savoir s’approprier l’outil moderne sans se dénaturer. Souvenez-vous qu’il y a trente-cinq ans nous étions tous des nomades … Notre principale qualité est l’adaptabilité”. L’Office des postes et des télécommunications (OPT) savait qu’en décidant d’ouvrir ce cybercafé, il perdrait de son efficacité sur la censure. En effet, Cyber-Tea est rapidement devenu un espace de liberté pour certains étudiants engagés qui viennent discrètement consulter sur le Web des journaux politiquement incorrects, censurés par le gouvernement, mais qu’il est possible de lire en se connectant sur des sites installés à l’étranger. Pour l’instant, personne au sein de l’Etat n’a véritablement pris conscience des possibilités offertes par Internet. En fonction d’un cahier des charges extrêmement précis, l’OPT a sélectionné soigneusement cinq providers, mais seul Top Technologie, propriétaire d’ailleurs du Cyber Tea, est réellement opérationnel aujourd’hui. Les tarifs de connexion sont “le principal frein au développement de l’Internet”. En effet, se connecter sur le Web coûte trois fois plus cher qu’une communication normale, soit près de 15 F de l’heure alors que l’équivalent du Smic approche péniblement les 700 F. L’OPT a imposé ce tarif pour tenter de limiter l’afflux massif des jeunes sur l’Internet, sans pour autant pénaliser les entreprises de cet outil de développement. (Libération 07/08/1998)