Astuces pour préparer l'attention des prestataires, processus pour améliorer la qualité des tâches effectuées : le fordisme appliqué aux tâches numériques trouve ses premiers cadres.

Qualifier le travail de la foule devient un enjeu

Les systèmes de crowdsourcing pullullent. Mais on est encore loin de la maturité suffisante pour qu’ils répondent aux critères des entreprises, en particulier en termes de qualité. Heureusement, des services grand public existent déjà. Leurs innovations dans les mécanismes d’exécution des tâches peuvent inspirer dans des environnements plus professionnels. C’est ce qu’on fait des chercheurs du MIT en étudiant deux services : vizWiz et Soylent. Ces deux services reposent sur Mechanical Turk d’Amazon. Avec lui, il est possible pour un prestataire de demander à un grand nombre de travailleurs l’exécution d’une tâche, à condition que celle-ci soit découpable en un grand nombre de micro-tâches. C’est en effet la condition pour que l’ensemble du projet soit réalisé en un temps record. 

Capter l'attention par d'anciennes requêtes

vizWiz offre aux aveugles la possibilité de photographier une scène (paysage, lettre, magazine, etc.), et de recevoir dans la minute une description audio de la photographie. Quant à Soylent, il prend tout son sens quand des internautes doivent éditer des textes : correction orthographique, grammaire, syntaxe, résumés, recherche de citations... Certes, ces services fonctionnent avec des outils - quikturkit pour vizWiz - pour gérer le recrutement et l’affectation des petites mains. Mais des processus ont été ajoutés pour garantir la qualité du travail. L’astuce trouvée par les créateurs VizWiz est inspirante. En effet, ce système envoie des anciennes requêtes déjà effectuées aux travailleurs avant même que la vraie requête ne soit envoyée. Cela permet ainsi de retenir leur attention et de les entraîner. Avec Soylent, les chercheurs ont trouvé d’autres astuces à réutiliser. Dans le domaine de l’édition de textes, l’appel à la foule n’est pas forcement garanti de succès.

Diviser les tâches

Si l’on demande d’améliorer la mise en forme, soit de raccourcir un document, les expérimentateurs de l’institut technologique proche de Boston rappellent que l’on peut s’attendre à beaucoup de textes altérés dans leur sens, et beaucoup de textes coupés à la hache. Et c’est normal : les travailleurs étant payés à la tâche réalisée, plus celle-ci est expédiée, plus ils peuvent en exécuter. Pour améliorer la qualité, les chercheurs ont catégorisé les tâches d’édition de texte en trois groupes : trouver, corriger et vérifier. Pour le premier, il s’agit de trouver les erreurs. Ensuite, les passages fautifs sont envoyés à des travailleurs qui sont chargés de les corriger. Ensuite, d’autres travailleurs sont chargés de vérifier l’adéquation de la correction proposée. Résultat : il faut ne débourser qu’1,5 dollars par paragraphe pour avoir un bon résultat en vingt minutes. Le coût pourrait même descendre à 30 centimes, à condition d’accepter d’attendre quelques heures.