Culturel, social, pédagogique : tel est le Québec digital d’aujourd’hui. Tourné vers le monde et doté d’un esprit entrepreneurial encouragé dès le plus jeune âge, le Québec se veut une plateforme déterminante dans le domaine.

Québec : au pays des startups culturelles et sociales

Bilinguisme, avantages fiscaux, esprit entrepreneurial : il fait bon innover au Québec. Le mélange des cultures européenne et américaine inspire. La proximité avec les États-Unis donne l’impression que tout est possible « Au Québec, on veut conquérir le monde », dixit Québec Numérique, association visant à valoriser le digital à Québec et sa région. C’est d’ailleurs cette région elle-même qui a suscité l’intérêt du Canada tout entier pour les nouvelles technologies en ouvrant la première « logithèque » en 1985 à Québec. 8 millions d’habitants, soit 8 millions de potentiels entrepreneurs ou clients et un ADN créatif fort : tour d’horizon du Québec à l’heure numérique.

Une ambition sociétale

Innovation sociale et écologie sont les fers de lance du Québec depuis déjà plusieurs années :  « L’entrepreneuriat social est toujours aussi à la mode, avec aujourd’hui une vraie tendance pour le développement durable » confirme Pierre-Luc Lachance, directeur général de Québec Numérique. L’ouverture des données publiques en 2014 par les villes de Québec, Montréal, Gatineau et Sherbrooke a notamment permis aux startups d’innover pour régler les problèmes des métropoles. L’une d’entre elles s’est par exemple lancée dans l’analyse des données environnementales des grands groupes pour les alerter sur leur consommation de CO2. D’autres se sont penchées sur la qualité de l’eau, une véritable problématique au Québec quand on sait que 22 % de son territoire est recouvert de lacs et rivières. Watershed Monitoring a par exemple développé une solution qui analyse l’eau, simplifie les processus scientifiques et enfin explicite les données collectées au grand public. « L’objectif de ces nouvelles startups n’est plus d’aider certains groupes sociaux mais l’ensemble de la société, ce qui démocratise aussi le numérique d’une certaine façon. » continue Pierre-Luc Lachance. Des propos confirmés par Isabelle Genest « L’entrepreneuriat social n’est pas tant un mouvement d’applications spécifiques, mais plutôt une dimension dans le modèle de base de la nouvelle génération. On parle de développement durable au delà de l’environnement, dans tout l’aspect sociétal. » Elle avance l’exemple de Mouvement Raize, une startup de consommation sociale et responsable qui met en relation entreprises et philanthropie.

 

Le Québec, terre d'innovation

 

La culture pour diffuser le numérique

L’industrie culturelle est particulièrement ancrée dans l’ADN du Québec, et c’est d’abord par cette porte que le numérique est entré. La région est en effet réputée pour son expertise dans le domaine du jeu vidéo, qu’elle souhaite « augmenter » : eye-tracking, motion capture et réalité virtuelle avec un premier jeu lancé en avril 2016 par le studio Frima.

L’importance de la culture est telle que la région considère qu’elle est le meilleur moyen de « conscientiser » (“éveiller”) au numérique. « Ce qui est intéressant avec la culture c’est que ça touche toutes les couches sociales. On est tous reliés à la musique, ou au théâtre, à une expo, au cinéma... » avance Pierre-Luc Lachance. Québec Numérique est d’ailleurs mandatée par le ministère de la culture afin d’accompagner les pratiques numériques au sein d’organismes culturels dans le cadre du Plan culturel numérique du Québec déployé en 2014 avec un budget de 110 millions de dollars sur sept ans. Ce plan consiste en la création et la diffusion de contenus culturels numériques et enjoint l’innovation dans la ce domaine. « Intégrer la technologie dans la culture permet aux gens de s’habituer pour l’utiliser ensuite dans des contextes commerciaux » relate Jean-Philippe Doyle, trésorier de Québec Numérique. Pique-niques numériques et expositions ont été organisés pour mettre la technologie dans les mains des citoyens. Isabelle Genest ajoute « Les arts numériques et interactifs est un domaine qui monte, on commence à avoir des talents très spécialisés et reconnus à l'international » comme Mathieu Plasse, Alice Jarry ou Erin Gee.

L’esprit entrepreneurial dès l’école

L’air québécois est définitivement entrepreneurial : 37 % des 18-34 ans ont eu l’intention de créer une entreprise en 2015 et 14 % ont entreprise une démarche d’action selon une étude de la Fondation de l’Entrepreneurship Québécois. « Le passage à l’action est en croissance constante ! » estime Isabelle Genest, « La volonté d’entreprendre arrive souvent dans un environnement compliqué économiquement, quand c’est difficile de trouver du travail.  Pourtant au Québec, on a - de 15 % de taux de chômage ».

Parmi les pays du G8, le Québec arrive même juste après les Etats-Unis quant à la proportion des entrepreneurs parmi la population totale. Dans cette même liste, il est le premier pays quant à la valorisation de l’entrepreneuriat : 79 % des citoyens estiment que cette vocation est un bon choix de carrière contre 50 % pour le reste des canadiens et des autres pays. Des chiffres qui ne surprennent pas tant l’esprit entrepreneurial est encouragé dans la région. Au Camp, Isabelle Genest a par exemple fondé la Grande journée des petits entrepreneurs :  une journée où  les enfants ouvrent un petit commerce devant leur maison. « L’objectif est de mettre en avant et d’apprendre les valeurs de  l'entrepreneuriat : la confiance en soi, la fierté, le goût de l'effort ».

La communauté numérique du Québec organise également des cours de programmation spécifiques pour les enfants ou pour le public féminin avec “Ladies Learning Code”.  Certains instituteurs sont mêmes en avance en donnant le goût des sciences aux élèves grâce à des robots-lego ou en leur apprenant les concepts d’aires et de volumes grâce à...Minecraft ! Devant ces INITIATIVES, différentes mesures ont été annoncées par le Plan Numérique de 2016 pour favoriser la formation dès le plus jeune âge.

La faille : le e-commerce

20 %, c’est le nombre d’entreprises québécoises qui détiennent un site web exposait fin mai 2016 le ministre de la Stratégie Numérique Dominique Anglade. Parmi ces entreprises, seules 12 % possèdent une capacité de transaction par internet. « C’est un virage qu'il faut qu'on prenne » affirme Isabelle Genest, « et ne pas simplement connecter les entreprises ou startups déjà ancrées dans le numérique, mais accompagner la transformation globale des commerces ». Pour Québec numérique, ce sont en effet les détaillants qui sont en retard sur les consommateurs déjà habitués à l’achat en ligne.  L’e-commerce pose cependant une problématique au Gouvernement : cela prive les provinces d’une partie des taxes locales possibles. Le tournant est d’autant plus difficile à prendre que l’économie québécoise a longtemps a longtemps reposé sur l’exportation des ressources naturelles et de matières premières, explique Pierre-Luc Lachance, « Ces business là ont moins eu à faire au niveau de la transition numérique au début, car ils n’avaient pas nécessairement besoin d'être en ligne pour vendre leurs produits. Aujourd’hui ils cherchent de nouveaux clients et ils se mettent à internet pour se faire connaître. C’est là que le change-over opère ».

L’opendata doit faire ses preuves

Si l’open-data est encouragé par les politiques et la communauté numérique (événements, hackathons), dans les faits, il ne convainc qu’à moitié. Le gouvernement exclut les logiciels libres de ses contrats et les entreprises comme les startups restent méfiantes face au libre « il reste l’idée qu’il vaut mieux garder ses secrets pour soi » confesse LE TRESORIER.  En revanche, la collecte de données dans la ville et l’ouverture de celles-ci au public a rapidement été intégrée au quotidien des citoyens qui disposent d’outils pour interagir avec les services publics. Pour Isabelle Genest, les logiciels libres « vont faire tomber des barrières rapidement, à la manière de Netflix qui a posé publiquement le problème de son algorithme de référencement. Aujourd’hui, la réponse est libre »

Que manque-t-il aux Québécois pour devenir une market place incontournable du digital ? Des compétences commerciales pour faire la différence, selon Isabelle Genest « Dans  un petits pays la concurrence est accrue, mais les startupeurs ont tendance à croire qu’ils sont les seuls à avoir eu cette idée et qu’ils n’auront pas de challengers. Mais nous avons aussi nos forces ! Le talent, une façon de faire des affaires et l’habitude du lean project qui sont trois clés du succès québécois. »

 

Rédigé par Cécile Puyhardy
Journaliste