Questions récurrentes posées à nos différents intervenants lors de notre mission en Chine : Les chinois sont-ils des copieurs ? Existe-t-il de l'innovation en Chine ? Mission Chine 5-12 novembre 2006

Pour répondre à la première question, dans le domaine de l'Internet, il est évident que l'impression de "déjà vu" est quasi-permanente. En revanche, nous savons aussi que les copies-carbone sont souvent des échecs. Pour s'en convaincre, il suffit de se référer à l'expérience malheureuse d'eBay... Les chinois seraient-ils alors de formidables "adaptateurs" ? Sans doute. L'explication que nous donne Vladimir Djurovic, directeur du cabinet Labbrand et spécialiste de la Chine, est éclairante sur ce point. Le pragmatisme de l'homme d'affaires chinois, qui impose le chemin le plus court vers le profit, ne passerait pas par l'innovation, processus souvent long et incertain mais davantage par l'adaptation de solutions déjà existantes ayant fait leurs preuves ailleurs. Autrement dit l'adaptation serait tout simplement plus efficace. Par ailleurs, l'innovation est souvent associée à un acte individuel et héroïque. Or, la figure occidentale et valorisante du héro n'est guère présente en Chine. La littérature chinoise est d'ailleurs assez pauvre sur ce genre de personnages. D'un point de vue plus économique, on comprend mieux aussi cette "stratégie" lorsque l'on comprend qu'il existe une véritable course aux parts de marché en Chine. Le mode "dupliquer-adapter" est de ce point de vue plus efficace que l'innovation, mieux adaptée à séduire des clients sur des marchés déjà mûrs. C'est le cas par exemple en téléphonie mobile. Tous les mois les opérateurs doivent mettre la mains sur les 5 millions de nouveaux abonnés qui ne dépensent en moyenne que 5 dollars par mois. Situation inverse au Japon où sur un marché déjà saturé, et une dépense moyenne de 100 dollars, l'innovation est la meilleure arme pour aller chercher de nouveaux clients chez ses concurrents...   Alors existe-t-il de l'innovation en Chine ? Oui mais sans doute pas où nous la cherchons. La réponse d'Hervé Cayla, directeur de France Telecom en Chine et notamment du laboratoire de R&D, est sans détours. Ne cherchez pas l'innovation technologique mais l'innovation dans l'usage des technologies. Le lab de France Telecom a d'ailleurs consacré une unité de recherche dédiée à la compréhension de ces usages. Objectif : Faire du transfert d'innovation vers la France et les autres unités de France Télécom à travers le monde. Ces nouveaux usages sont souvent issus d'une approche "décomplexée" et inventive de la technologie que nous n'avons pas forcément en occident. La Chine serait de ce point de vue un grand laboratoire pour imaginer de nouveaux services. Perspective intéressante lorsque l'on sait qu'au delà du modèle publicitaire les acteurs du web s'essoufflent souvent à trouver de nouvelles sources de revenus. L'exemple souvent cité est celui du modèle QQ, ce logiciel de messagerie instantanée n°1 en Chine (80% de parts de marché) édité par la société Tencent, l'une des figures montantes de l'Internet. Tencent a développé toute une panoplie de services autour de son logiciel QQ dont notamment une galerie impressionnante d'avatars dont sont friands les jeunes utilisateurs de ce logiciel de messagerie. L'accès à ces avatars est bien évidemment payant. Mais il est par exemple possible entre amis de ce faire des cadeaux, tels que ces avatars, pour enrichir l'univers visuel de son QQ. Au sommaire du dossier : - Internaute chinois, qui es tu ? - Où sont passés Google, eBay, Yahoo et Amazon en Chine ? - Le Web 2.0 à la chinoise - Quid du C2C : "Copy to China"... ? >> Retour au dossier