Si la ville est une entreprise en soi, pourquoi ne pas imaginer que celle-ci travaille plus dans une logique de réseau afin d'innover ?

Le réseau est vital à l’innovation dans les institutions !

L'efficacité des réseaux n'est plus à démontrer dans le domaine professionnel que ce soit en matière d'évolution personnelle ou de fonctionnement de l'entreprise. Toutefois, la ville - la smart city - elle-même ne devrait pas elle-même appliquée ce genre de logique en son sein afin de faire naître l'innovation et la collaboration ?

C'est en tout cas ce que pense Christophe Assens, maitre de conférence hdr en science et gestion et directeur adjoint du Laboratoire de recherche en management à l’université de Versailles St Quentin-en-Yveline. Celui est à l'origine d'un ouvrage sur le sujet : Les réseaux de service public - Menace ou opportunité pour l’action publique ? publié aux presses de l’EHESP.

Quelle définition donnez-vous aujourd’hui de ce qu’est un réseau et comment le transpose-t-on dans le monde institutionnel ?

Sujet très à la mode, notamment avec les réseaux sociaux sur internet, le réseau doit se concevoir comme une structure de collaboration où la confiance est placée au centre. Donc à chaque fois que l’on a besoin de collaboration en dehors du cadre institutionnel classique et où l'on a besoin également de nouer une relation de confiance pour collaborer, on peut dire que nous nous trouvons dans un contexte de réseau. 

Le problème des institutions publiques est qu’elles sont souvent hiérarchisées et bureaucratisées. Il est donc parfois nécessaire de trouver un moyen de contourner les lenteurs bureaucratiques en fonctionnant en réseau d’un service à l’autre, d’un département à l’autre, d’une administration à l’autre, d’un corps de fonctionnaire à l’autre. 

Est-ce qu’on peut imaginer que ce soit une manière également de faire émerger l’innovation au sein de ce genre de structures ?

Le fait d’innover est actuellement un enjeu national, et même mondial. Aujourd’hui, on sait très bien que sans innovation, on ne pourra pas développer de nouvelles richesses. Dans l’administration, effectivement, comme dans les entreprises, on ne peut innover qu’en fonctionnant en réseau, c’est-à-dire en s’ouvrant aux autres, nouant des relations de confiance et en cultivant de cette manière de la nouveauté. Si on reste enfermé dans son institution, dans son administration, dans ses certitudes, dans ses procédures, on sera incapable d’innover au service du citoyen ou pour l’entreprise au service du client. 

Mais un réseau peut être aussi une sorte de rempart contre les changements institutionnels, notamment. Il existe dans l’administration publique beaucoup de corporatisme : des fonctionnaires qui s’enferment dans des logiques de corps pour cultiver une rente de situation et, donc, le réseau peut être utiliser de cette manière pour faire de l’influence, du lobbying, pour défendre des intérêts corporatiste.

C'est une forme de menace parce que cela empêche l’action publique de s’exercer efficacement dans l’intérêt général. Par contre, lorsqu’il y a des réseaux plus hybrides, plus divers, qui vont mélanger différents types de fonctionnaires ou des fonctionnaires et des acteurs de la société civile ou du privé, on va trouver alors des solutions innovantes très utiles pour moderniser le service public et pour améliorer la réalisation de services pour le citoyen.

Quelle place peut prendre le citoyen dans cette logique de réseau ?

Je crois qu’il est de plus en plus indispensable de tenir compte des attentes du citoyen. Il faut le faire entrer dans la chaîne de valeur de l’administration. Il faut écouter, solliciter, travailler en concertation avec le citoyen. Par contre, on ne peut pas non plus être dans une logique du diktat du citoyen sur l’intérêt général en dehors des arbitrages politiques effectués au moment des élections. Il faut trouver un juste milieu.

Je crois que la pression des réseaux sociaux sur internet pour la communication politique est trop forte. En même temps, je pense que les administrations publiques ont tout intérêt à se rapprocher du citoyen pour savoir ce qui est pertinent ou pas, plutôt que de s’enfermer dans des bureaux très loin des réalités du quotidien.

Auriez-vous des exemples concrets d’initiatives vertueuses mettant en réseau institutions et citoyens ?

En matière de démocratie participative, notamment, le Maire de Partenay avait voulu il y a quelques années en arrière associer tous les citoyens à la prise de décision politique en créant un lien direct entre lui et les citoyens sans passer par les intermédiaires traditionnels. Cette forme de mise en réseau avait notamment permis de créer de nombreuses associations dans une ville qui était un peu laissée à l’écart des grands ensemble régionaux.

Le revers de la médaille fut qu’en court-circuitant les intermédiaires traditionnels, le Maire n’a pas été réélu ensuite parce qu’il avait perdu une partie de son assise politique. Dans ce que l’on a gagné dans le plan social, on l’a perdu un petit peu du point de vie politique. Ce qui est positif dans un angle, ne l’est pas nécessairement dans un autre. Je pense qu’il faut donc arriver dans les modèles de sociétés de demain à faire cohabiter horizontalité et verticalité, le pouvoir politique avec le pouvoir économique et la réalité sociale. 

Retrouvez l'interview de Christophe Assens en podcast de L'Atelier Numérique

 

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale