Si ces sites donnent la possibilité aux lecteurs d'échanger avec leurs pairs sur leurs coups de cœur et leurs goûts, ils sont aussi un moyen pour les professionnels de mieux évaluer un ouvrage et d'améliorer sa visibilité.

Les réseaux sociaux culturels servent aussi aux éditeurs

Les métadonnées produites par un réseau social destiné aux lecteurs sont le premier outil permettant à un éditeur de cibler ces derniers pour faire la promotion d'un livre ou comprendre les raisons d'un échec. Voilà l'un des thèmes abordés lors de la conférence "Les réseaux sociaux impactent-ils nos modes de lecture ?", qui se tenait aujourd'hui au Salon du livre. Sur ces réseaux sociaux qui vivent notamment du contenu produit par leurs membres, une maison d'édition pourra y trouver des informations allant de la typologie du lectorat aux discussions relatives à un ouvrage. Grâce à cela, un éditeur peut, par exemple, utiliser le site comme intermédiaire pour diffuser quelques ouvrages afin de les faire chroniquer par des membres choisis et ciblés. Il peut également connaître l'avis des lecteurs sur un livre qui n'est pas vendu, par exemple à cause d'une traduction jugée mauvaise.

Contextualiser un livre

C'est ce qu'explique Pierre Frémaux à L'Atelier, fondateur de Babelio : "auparavant, les éditeurs ne savaient rien de la seconde vie d'un livre mis à part si les libraires demandaient ou non un réassort; avec les communautés, leur métier est passé du B2B au B2C". Autre façon d'utiliser ces données : mettre en contexte un livre afin de faciliter son choix sur un moteur de recherche. En effet, le contenu produit par les membres d'une communauté de lecteurs permet de faire émerger des sujets, des mots clefs, des avis ou des chroniques de livre. Pour Pierre Frémaux, l'apport d'informations autour d'un livre est "ce qui fait la différence entre un réseau social généraliste et un réseau social spécialisé où le membre ne cherche pas d'amis mais un lecteur qui a par exemple les mêmes goûts que lui".

Faire émerger le produit

C'est d'ailleurs ce que fait Babelio en louant les informations de ses communautés à des bibliothèques. Dans ces établissements, un lecteur peut ainsi trouver des chroniques sur un livre ou des nuages de mots clefs cliquables qui renseignent le lecteur et lui permettent de choisir plus facilement. Ces réseaux sociaux permettent également à un livre d'être rendu visible. Le fondateur de Babelio note ainsi qu'une communauté de lecteurs en ligne permet de "faire connaître un livre, par exemple lors de la rentrée littéraire où aucune rédaction ne peut chroniquer 700 ouvrages" alors que par le passé "les éditeurs ne pouvaient faire que de la publicité sans pouvoir cibler leur public". Des applications rendues possible par l'ampleur des communautés de lecteur qui, elles, ne sont pas une révolution mais une évolution des espaces de sociabilité traditionnels tels que les groupes de lecture.