Les sites collaboratifs populaires comme Facebook et Twitter apparaissent tour à tour comme outils d'apprentissage performants ou comme sources de distraction. Le point avec un expert de la question, Jean-Paul Pinte*.

L'Atelier : Les réseaux sociaux sont-ils des outils efficaces pour approfondir son savoir ?
Jean-Paul Pinte : Les plates-formes collaboratives peuvent devenir, dans un cadre pédagogique,  de véritables vecteurs d'ouverture sur le savoir. Ce, à condition que les enseignants acceptent de rentrer dans les flux avec leurs élèves. Dans ce cas, le professeur n'a plus le monopole, il n'est plus seul détenteur du savoir, puisque chacun des étudiants participe à son élaboration, en proposant des références de textes par exemple. L'enseignant devient alors plutôt facilitateur d'apprentissage. Une raison pour laquelle les réseaux sociaux peuvent rencontrer à l'heure actuelle des réticences dans le corps enseignant, encore attaché au modèle livresque de l'enseignement classique.
Il semble pourtant qu'ils soient davantage perçus comme de véritables outils pédagogiques à l'heure actuelle.
C'est une question de générations : il nous faudra attendre que les enseignants acceptent d'intégrer ces réseaux sociaux dans leurs pratiques. Au lieu de continuer à y voir de simples outils personnels et divertissants. Lorsqu'ils ne sont pas guidés, les internautes peuvent en revanche rencontrer des difficultés à accéder aux bonnes informations. Bien que les réseaux sociaux soient ouverts à tous, le savoir n'est pas directement apparent, et demande un certain apprentissage qui ne relève pas de l'informatique pure, mais plus du mindmapping et des cartes mentales.
Et une fois insérés dans une communauté, comment les utilisateurs tirent profit de ces sites, pour enrichir leurs connaissances ?
Les sites de réseaux sociaux peuvent notamment s'avérer intéressants, pour approcher des experts, resitués dans leur contexte : leurs références sont souvent mentionnées, comme les textes qu'ils ont publiés ou les autres spécialistes avec lesquels ils ont collaboré... Cela permet à l'internaute d'évaluer plus facilement sa réelle expertise dans le domaine. Pour terminer, je pense que cette situation va évoluer : rappelons que lors de leur lancement, les blogs n'étaient pas pris non plus pris au sérieux. Jusqu'au jour où des spécialistes s'en sont emparés pour s'exprimer...
*enseignant-chercheur de l'université catholique de Lille, spécialiste des réseaux sociaux et de la culture informationnelle, rattaché au laboratoire d'ingénierie pédagogique.