Après les différentes crises civiles relayées sur les médias sociaux, le choix pourrait être fait de les contrôler. Or, cette solution ne serait pas la bonne, au contraire : les simulations montrent que plus il y a de censure, plus les personnes sont violentes.

Les réseaux sociaux susceptibles de calmer un état de tension ?

Lors des émeutes à Londres, l'été passé, le gouvernement avait soumis l'hypothèse de censurer les réseaux sociaux en cas de nouvelles violences. Une solution qui, selon les résultats d'une étude* de chercheurs de Telecom ParisTech et de l'Université de Greenwich de Londres, créerait en fait plus de violence. Les scientifiques ont comparé, dans une simulation sur ordinateur, le nombre d'agents calmes, qui protestent activement ou en prison en fonction du niveau de censure situé entre 0 et 10, où 0 est la censure complète et 10 l'absence de censure. Et pour cause, le nombre d'agents protestant activement augmente avec le niveau de censure, passant de 60 lorsqu'il n'y a pas de censure à 650 lorsque la censure est complète. Une conclusion qui ne se retrouve pas uniquement en comparant deux extrêmes, mais qui permet de comprendre également que l'absence de censure est préférable à une censure modérée.

Mieux vaut ne pas censurer, que censurer modérément

En effet, au niveau 0, la moitié des agents sont calmes et la moitié des agents sont actifs. En revanche, au niveau 10, 64% des agents sont calmes et seulement 6% des agents sont actifs. Le reste, soit 30%, sont des agents en prison, car le modèle intègre également la présence de forces de l'ordre. Malgré tout, la présence d'agents emprisonnés - considérées comme pouvant ressortir et recommencer dans un premier temps - apparaît au niveau 2 et croît jusqu'au 7 pour atteindre 42% de l'ensemble. Ce qui tendrait à faire penser que plus la censure diminue, plus il y a de personnes en prison. Or, cette part diminue entre les niveaux 8 et 10 pour atteindre les 30%, montrant qu'une censure moyenne est moins efficace que l'absence de censure. Pour obtenir ces résultats, les chercheurs ont utilisé une version revue du modèle de la violence civile d'Epstein.

Un modèle modifié

Dans ce modèle, modélisé sur ordinateur par Netlogo, un agent - un individu - voit son comportement influencé par un ensemble de variables (insatisfaction politique, légitimité gouvernementale, etc.) parmi lesquelles on trouve son environnement. Une des variables cruciales est la "vision", à savoir la capacité d'un agent à analyser son environnement pour détecter des signes de policiers ou d'agents protestataires. Plus sa vision est élevée,  plus sa sensibilité à son environnement et aux actions possibles est élevée. Cette vision représente dans la version modifiée du modèle par les auteurs de la présente étude le niveau de censure, où le plus haut niveau de vision représente l'absence de censure. De sorte que si la censure est élevée, les agents agissent dans des endroits au hasard, et si la censure est faible, les agents savent ce qui se passe autour d'eux et agissent en conséquence. 

 

*dont une version est republiée dans le Bulletin of Sociological Methodology édité par Sage