Malgré les freins que rencontrent les entrepreneurs iraniens, la communauté des startups est optimiste, inventive, s’adapte et s’inspire des modèles occidentaux.

Roxanne Varza : "En Iran, la communauté de startups s’inspire beaucoup de ce qui se passe en Occident"

Entretien dans le cadre de l’émission L’Atelier numérique sur BFM Business avec Roxanne Varza, spécialiste des startups pour Microsoft.  Irano-américaine, elle nous livre ce qui l’a marquée sur l’univers des startups lors de son dernier voyage en Iran.

L’Atelier: Qu’avez-vous retenu de l’écosystème iranien en matière d’innovation et de soutien aux startups ?

Roxanne Varza : Les freins qui existent en Iran sont plus marqués qu’ailleurs mais j’ai été vraiment très impressionnée par optimisme des entrepreneurs. Il n’ y a pas d’investissements venant de l’étranger, le marché est assez restreint pour certains produits, mais eux ils arrivent par exemple à développer des applications sur iPhone, sur Androïd ou toutes les plateformes que l’on voit à l’étranger. Même s’ils ont des problèmes de financement, ils trouvent des solutions. Ils arrivent à importer de l’étranger des évènements type Startup Week-end, FailCon, etc.

Les évènements comme startup Weekend, Failcon ou d’autres sont-ils très suivis ?

La première édition de FailCon aura lieu en mai. En revanche, Startup Weekend existe depuis déjà un an dans le pays. Et l’évènement s’est développé partout dans le pays, à Shiraz dans le sud, à Isfahan (centre), à Téhéran. Moi-même je suis intervenue au cours de l’une d’entre elle à Birjand (est), une ville que je ne connaissais même pas avant d’être contactée par l’équipe. Ces évènements rassemblent 300 personnes environ.

Comment arrivent-ils à faire émerger leurs idées et à porter leurs projets ? Y a-t-il des incubateurs, des accélérateurs ?

Le mouvement des incubateurs, des accélérateurs est encore assez récent. J’ai visité un accélérateur qui n’avait que deux startups et c’était dans la maison de quelqu’un ! Ce genre de programme d’accompagnement pour startup est très nouveau. Les jeunes qui ont envie de monter leur projet ne savent pas encore que ce genre de concept existe mais la communauté de startups est en train de créer pleins d’initiatives similaires et je pense que c’est un mouvement que l’on pourrait voir se développer rapidement dans les années à venir. Ils s’inspirent beaucoup de ce qui se passe à l’étranger, notamment en Occident.

Y-a-t-il un secteur qui se distingue ?

Dans ce marché fermé, on va voir de plus en plus de "me too". D’ailleurs quand j’étais là-bas, j’ai rencontré l’équivalent de Zocdoc ou Keldoc, la plateforme en France de prise de rendez-vous médicaux sur Internet. La startup iranienne s’appelle Shafajoo. J’espère aussi qu’on verra beaucoup de choses qui s’adressent au marché local parce qu’il y a des particularités locales très spécifiques à l’Iran et sa culture. Je pense par exemple au e-commerce car les produits achetés en ligne en Iran sont différents que ceux que l’on peut acheter en occident. Les modes de paiement sont également très différents. Beaucoup préfèrent payer en liquide aujourd’hui. La manière dont on utilise les cartes de crédit change aussi beaucoup. Par conséquent,  si les systèmes de paiement sur mobile ne devraient pas voir le jour tout de suite en Iran, il pourrait toutefois y avoir quelques innovations autour du paiement.

La mixité est-elle présente parmi les créateurs de startup ?

C’est assez intéressant car la plupart des entrepreneurs que j’ai rencontrés ou qui m’ont contactée ne sont que des hommes alors que l’équipe de Shafajoo n’est composée que de femmes ingénieur. J’ai d’ailleurs entendu qu’en Iran, 60% des diplômés dans l’ingénierie sont des femmes. Néanmoins, on voit moins de femmes dans les nouvelles technologies car la tradition du pays veut que les femmes ne travaillent pas.

Les entrepreneurs iraniens montent-ils leur startup en sortant de leurs études ou attendent-ils d’avoir un peu d’expérience professionnelle ?

Aujourd’hui, il y a des gens qui veulent partir à l’étranger, d’autres qui veulent rester dans le pays. Ils veulent de la flexibilité et de plus en plus de jeunes qui sortent de l’école s’intéressent à l’entreprenariat et ils voient cela comme une opportunité d’avoir le choix entre rester ou partir.

Quel portrait peut-on faire du startuppeur iranien ?

Ils sont peut-être un peu moins détendus par rapport à d’autres pays. Plusieurs sont en jeans et baskets, en revanche, ils s’appellent "monsieur" ou "madame" entre eux et se vouvoient. Cela est lié à la culture iranienne où l’on a plus tendance à se vouvoyer même entre amis. Ce qui m’a fait rire aussi, c’est que le port du voile étant obligatoire là-bas, on ne peut pas distribuer des T-shirts avec des logos de startup comme çà à n’importe qui… Résultat, quand j’ai rencontré des startuppeurs  là-bas, ils étaient venus avec pleins de voiles sur lesquels ils avaient imprimé leurs logos!

Rédigé par Virginie de Kerautem
Journaliste