L’Atelier BNP Paribas, en collaboration avec le spécialiste de la mesure de performances ip-label.newtest, vous livre chaque mois une analyse du Web en Asie. Nous nous attardons aujourd'hui à l'étude consacrée au site web officiel de Shanghai Expo 2010.

Deux ans après les JO de Pékin, la Chine attire à nouveau le regard du monde entier. Du 1er mai au 31 octobre, se tient à Shanghai l’Expo Universelle la plus grande qui n’ait jamais été organisée. Une centaine de millions de personnes sont attendues sur les 5,28 Km2 du site qui s’étend de part et d’autre du fleuve Huangpu. Ces visiteurs vont pouvoir découvrir les pavillons préparés sur le thème « Meilleure ville, meilleure vie » par les 192 pays qui ont répondu à l’appel. L’assistance attendue, dont il est estimé qu’elle ne sera quasiment composée que de visiteurs Chinois, va probablement battre tous les records précédents. Pourtant, encore plus nombreux sont ceux qui n’auront pas la possibilité de se rendre physiquement sur le site, notamment pour des raisons pratiques ou financières. Afin de permettre à un maximum de personnes de pouvoir profiter de cet événement d’exception, les organisateurs ont mis en œuvre un site internet en plusieurs langues, dont l’objectif est multiple : fournir des informations pratiques pour se rendre physiquement sur place, proposer des visites virtuelles des pavillons, et communiquer en temps réel sur l’actualité de l’exposition.... On peut donc s’attendre à ce que le site internet, conçu et mis en œuvre spécifiquement pour l’occasion, soit aussi prêt et réussi que l’exposition elle-même. Mais qu’en est-il réellement ? Est-ce que le site est capable de répondre aux attentes des internautes, qu’ils soient Chinois, Américains, Australiens ou Européens ? Les variations d’audiences sont elles subies par le site, ou n’ont-elles aucune conséquence sur les performances perçues par les visiteurs ? Les visiteurs vont-ils bénéficier d’une bonne expérience en ligne, ce qui les amènera à revenir ? Depuis plusieurs mois, ip-label mesure les performances des versions chinoise et anglaise du site officiel de l’exposition universelle de Shanghai, dans un environnement utilisateur final (end-user), c'est-à-dire de la façon dont un internaute le perçoit, qu’il se connecte depuis différentes provinces chinoises(1), ou depuis les grandes villes d’une vingtaine de pays importants.

Un site difficilement accessible…

Le graphique ci-dessus présente l’évolution du taux de réussite d’accessibilité du site officiel, dans deux de ses versions, anglaise et chinoise, vu depuis les principales villes mondiales. Des incidents assez nombreux ont été constatés sur l’ensemble de la période. On remarque aisément que, depuis le début de l’année, les deux versions du site enregistrent des performances relativement similaires.

...sauf depuis la Chine

La disponibilité vue depuis différentes villes chinoises montre une courbe totalement différente. Si près d’une personne sur 10 ne parvenait pas à voir la page d’accueil du site officiel s’afficher depuis les principales mégalopoles mondiales, les échecs ne concernaient en moyenne que 1 visiteur Chinois sur 200 entre novembre 2009 et le début du mois de mai 2010, soit un taux de réussite d’accès au site presque 20 fois meilleur !

Faire preuve de patience ou abandonner

Ces graphiques conduisent à s’interroger sur les raisons pour lesquelles une telle différence de comportement est constatée, que l’on se connecte depuis le territoire Chinois ou non.

Une analyse rapide permet de constater que la quasi-totalité des anomalies relevées depuis les principales villes mondiales concerne un problème de lenteur. Pour un internaute, cela se ressent comme un ralentissement extrême du chargement de la page d’accueil du site, au point qu’il décide de « jeter l’éponge », considérant qu’il n’arrivera jamais à voir la page s’afficher dans son intégralité. Le graphique suivant montre qu’il existe en fait de fortes disparités en fonction de l’origine géographique de la connexion. Très logiquement, les villes les plus proches du site de l’exposition universelle présentent les meilleures performances. Il faut ainsi moins de 3 secondes pour charger l’intégralité de la page d’accueil de la version anglaise du site pour un internaute situé à Shanghai. Depuis Taipei ou Hong Kong, le temps nécessaire est beaucoup plus important, de l’ordre de 18 à 26 secondes. Les internautes Nord Américains ou Australiens disposent de performances relativement similaires, avec entre 30 et 35 secondes nécessaires pour voir la page s’afficher entièrement.

Les internautes situés en Europe occidentale doivent en revanche patienter plus longtemps, puisque 36 secondes sont nécessaires pour un Hollandais ou un Français et plus de 42 secondes pour un internaute Belge. Mais tout ceci n’est rien comparé aux performances désastreuses constatées depuis Varsovie ou Lisbonne, où plus d’une minute est nécessaire pour voir la page être chargée intégralement dans son navigateur, soit un temps 20 fois plus long que depuis Shanghai.

Les habitants de la ville organisatrice de l’exposition universelle de 2010 ne sont pas les seuls à pouvoir accéder rapidement au site internet officiel de l’événement. Même s’il existe des disparités de performances, parfois prononcées, le temps nécessaire au chargement complet de la page d’accueil est beaucoup plus rapide, quelque soit la ville chinoise depuis laquelle l’internaute se connecte, que pour les villes situées en dehors du territoire principal de la République Populaire de Chine. Même les visiteurs situés à Hong Kong ou Taipei, qui sont pourtant très proches de la Chine, doivent faire preuve de beaucoup plus de patience que des habitants de Pékin, Shanghai ou même Shenyang, pourtant la ville la plus septentrionale depuis laquelle nous réalisons nos tests.

Etre au plus proche de l’internaute pour mieux le faire venir

Toutes ces analyses démontrent qu’il est beaucoup plus aisé d’accéder au site officiel de l’exposition universelle depuis la Chine que depuis n’importe quel autre pays. Mais comment peut s’expliquer un tel constat ? Les concepteurs du site officiel des Jeux Olympiques de Pékin avaient compris que la proximité avec l’internaute favorisait la rapidité et la réussite d’accès. Pour cela, ils avaient hébergé leur site non pas sur un serveur situé en un endroit unique, mais l’avaient cloné et avaient multiplié son hébergement dans un nombre considérable de villes judicieusement réparties sur la planète. Ainsi un internaute New-Yorkais se connectait sur une version du site web hébergé à New-York, un internaute Anglais se connectait sur un site jumeau hébergé à Londres, et ainsi de suite… Les concepteurs avaient fait appel à des opérateurs de CDN (Content Delivery Network), qui louent des serveurs web placés dans la plupart des grands pays du monde, et directement connectés aux différents réseaux des opérateurs majeurs. Il s’avère que les concepteurs du site officiel de l’exposition universelle de Shanghai ont fait le même choix, mais uniquement pour les internautes chinois. Une connexion établie depuis Pékin ou Shenyang conduit à un serveur hébergé dans la province de Shandong. Les connexions réalisées depuis Canton, Shanghai ou Shenzhen conduisent à un serveur situé dans la province de Guandong, etc. En revanche, les concepteurs n’ont pas jugé nécessaire d’opter pour la même stratégie en ce qui concerne les visiteurs étrangers, qui sont obligés de se partager un serveur unique, situé dans la région de Shanghai. Les internautes se connectant depuis l’Europe, l’Amérique, l’Océanie ou même l’Asie, en dehors de la Chine continentale, doivent parcourir des milliers, voire des dizaines de milliers de kilomètres pour accéder au serveur. Naturellement, la lenteur de chargement des pages est amplifiée par l’éloignement des pays et par certains accords d’interconnexion de réseau, les accords de peering, qui peuvent ne pas toujours être optimisés. Un élément supplémentaire vient dégrader un peu plus encore ces performances. Il s’agit du poids des pages, qui sont généralement volumineuses. La page d’accueil est ainsi réalisée en utilisant la technologie Flash, ce qui permet un rendu particulièrement dynamique, mais très volumineux à charger.

En conclusion

L’Exposition est bien souvent considérée avant tout par les experts sinologues que comme une gigantesque opération de communication interne à la Chine, destinée à rendre fier les Chinois de la capacité du pays à organiser et à exposer des évènements de dimension internationale, et à contribuer à leur ouvrir les yeux sur le reste du monde avec lequel ils sont de plus en plus exposés. Dans ce cadre là, il est vrai que le site web de Shanghai Expo 2010 est une réussite. Par contre, tous ceux qui espéraient pouvoir visiter virtuellement cette exposition du fait de leur éloignement en seront pour leurs frais. Il n’a en effet d’universel…que le nom…

*Mesures réalisées depuis Beijing (Pékin), Chengdu, Fuzhou, Guangzhou (Canton), Hangzhou, Nanjing, Qingdao, Shanghai, Shenyang, Shenzhen, Zhengshou

 
Par Christophe Depeux - Directeur Asie Pacifique d’IP-Label,
en collaboration avec Alain Petit
pour L'Atelier BNP Paribas