Si les technologies existantes permettent déjà de concevoir des villes intelligentes, il reste à savoir par quel bout commencer et comment réussir le passage à l’échelle. Le citoyens est évidemment au centre de ce changement et la ville n’aura qu’un simple rôle de médiateur entre les parties prenantes.

Entretien avec Michael Setton, fondateur et directeur général de Sensaris, fournisseur de capteurs de données environnementales et médicales.

L’Atelier : Vous étiez présent  au salon Innovative City où vous aviez partagé votre vision sur les technologies appliquées dans les villes intelligentes. Celles-ci sont elles toujours problématiques pour le développement de la ville du future ?

Michael Setton : Je pense qu’à ce stade, les barrières ne sont plus technologiques dans la mesure où les citoyens comme les objets peuvent être connectés et qu’il existe énormément de plateformes performantes capable de traiter et d’analyser les données des villes. Par contre, la plus grande difficulté sera de montrer aux citoyens qu’il existe des solutions spécifiques pour répondre aux diverses problématiques locales, telles que la qualité d’air, les conditions météorologiques, le niveau sonore, etc. Car autant les plateformes technologiques sont dupliquables, autant les problèmes auxquels sont confrontées chaque ville/quartier sont très différents les uns des autres. Si on arrive à mobiliser les citoyens, à exploiter l’intelligence de la foule, on devrait obtenir des diagnostics plus précis et plus complets. Ce qu’à fait par exemple la startup SkyMotion, basée à Montréal, qui, en s’appuyant sur le crowdsourcing des données météorologiques, a permis d’arriver à une meilleure prévision au niveau hyper-locale et rend un service considérable aux citoyens utilisateurs.

Mais cela implique des modèles économiques fiables…

Tout à fait. Mais on ne peut toutefois pas attendre de la ville qu’elle finance tous ces projets, car il ne faut pas oublier que les équipes municipales ne restent pas toujours les mêmes. La continuité réside donc dans ses habitants. Tout l’enjeu est alors de les convaincre de s’engager. Pour l’instant, on a aucune certitude sur la forme que cela va prendre, s’il va s’agir de jeux sérieux, de récompenses,  etc... Je pense qu’il y a plusieurs pistes à exploiter : comme par exemple celle de proposer des outils à des prix abordables. Ce que fait actuellement Texas Instrument qui propose des capteurs à 25 dollars. Par ailleurs, il importe, selon moi, de réfléchir un peu plus à la logique de récompenses, c’est-à-dire quels services la ville serait prête à fournir à ses habitants si ceux-ci participent activement à la collecte des données ? Une place aux cinémas, des points sur Itunes ? Et pourquoi pas, créer des réseaux sociaux des objets connectés, de façon à ce que chacun puisse comparer leurs données avec celles de ses voisins...

Dans ce cas, quel pourrait être le rôle de la ville ?

Pour moi, la ville offrira davantage un rôle de coordinateur et de mise en relation entre les citoyens. En effet, ce sera aux experts d’analyser les données collectées et aux entreprises de fournir les réseaux nécessaires. Néanmoins, la ville du futur devra faire attention à la duplication des efforts. Elle aura pour mission de faire en sorte que cela puisse exister entre les entreprises pour que chacune puisse se spécialiser dans un domaine. Il faudra trouver les moyens de bien décloisonner les secteurs (eau, électricité, santé, etc) et ce, afin de réutiliser les données de manière efficace et plus sécurisée.

 

Rédigé par Ruolin Yang
Journaliste