La nouvelle a fait les gros titres de la Presse la semaine dernière : "Google s'offre YouTube !". Après seulement un an et demi d'existence, la société fondée par Steve Chen et Jawed Karim est aujourd'hui leader dans le partage de vidéos sur Internet. Ce deal la valorise à 1,65 mililards de dollars... (voir l'article de L'Atelier à ce sujet). Que cela signifie-t-il pour la stratégie de Google en Chine ? Existe-t-il un avenir pour Youtube dans l'Empire du Milieu ? Quelles alternatives s'offrent à la firme de Moutain View pour valoriser son acquisition sur le deuxième marché mondial du Web ? L'Atelier fait le point sur la situation...

Google peut-il devenir le roi du CGM en Chine ? L 'acquisition de YouTube par Google confirme l'intérêt grandissant des poids lourds du Web pour le "consumer generated media" (CGM), comprenez le média généré par le consommateur. YouTube, MySpace ou encore Wikipedia représentent sans doute les sociétés les plus emblématiques de cette nouvelle vague. Google se positionne ainsi au seul rang qui pouvait être le sien : n°1 de la video sur Internet. Au nez et à la barbe de Yahoo et Microsoft dont les Etats Majors doivent s'afférer en ce moment même à des stratégies alternatives... En Chine, le consumer generated content est aussi un grand succès. Les Youtubes chinois (Pomoho, Toudou, UUme, Yoqoo ou encore Wangyou) sont très populaires auprès des internautes. Les portails tels que Sina se lancent aussi sur ce créneau. Succès également aupès des investisseurs. Toudou a ainsi levé 8,5 millions de dollars en mai 2006. Mais les autorités chinoises n'apprécient guère ce qui leur échappe et ont donc mis en place, via la SARFT (State Administration of Radio, Film and Television), une régulation des diffusions vidéos sur Internet. Concrêtement, la diffusion de contenus vidéos est soumise depuis le mois d'août 2006 à l'obtention d'une licence. Ce qui nous conduisait à imaginer à ce moment là la fin des “Youtubes like” en Chine. Il est très peu probable que dans ce contexte de régulation Google puisse lancer Youtube dans sa forme actuelle en Chine. Pour autant, comment imaginer qu'après un tel investissement et que sur un marché aussi prometteur que la Chine, Google ne tente pas ce que les anglo-saxons appellent un "smart move", c'est-à-dire trouver un positionnement intelligent ? Des handicaps importants que Google n'a pas encore réussi à surmonter On connaît déjà la situation difficile de la firme sur ce marché : - Une "modeste" position de challenger, avec seulement 15% de part d'audience, derrière le leader chinois du marché : Baidu. Selon le dernier rapport du CNNIC, Google serait même en perte de vitesse (voir notre compte rendu). La concurrence est donc rude, non seulement vis-à-vis des acteurs locaux, mais aussi via les manoeuvres stratégiques de ses concurrents historiques (Yahoo a investit 1 milliard de dollars pour se développer au travers du leader chinois du e-commerce : Alibaba). - Des concessions ayant conduit à l'auto-censure de ses résultats pour lancer en janvier 2006 la version chinoise de son moteur, google.cn. Choix qui a attiré à Google les plus grandes critiques des internautes, des médias, du Congrès américain et l'incompréhension parmi ses propres employés. - Contestation aussi de la part des internautes chinois. Pour tenter de percer sur le marché local chinois, Google a en effet transformé son nom Google en GuGe. Opération marketing de séduction qui s'est soldée par un echec cuisant : 80% des utilisateurs chinois de Google perçoivent négatvement ce nouveau nom selon le même rapport du CNNIC (voir notre compte rendu). Le changement de marque a même provoqué un mouvement de protestation sans précédent sur le Net, cristallisé sur le site NoGuGe (www.noguge.com). - Légitimité contestée encore, mais par les autorités chinoises cette fois-ci, qui repprochent à Google de ne pas disposer d'une licence ICP (Internet Content Provider) en propre pour avoir le droit d'excercer en Chine. Google utiise en effet la licence ICP de l'un de ses partenaires chinois. Smart move avec le MobileTV ? Dans ce contexte difficile, le MobileTV (télévision sur mobile) pourrait bien être l'opportunité à saisir pour Google. C'est ce que tente de démontrer David Wolf sur le site de Seeking Alpha. Le marché de la télévision sur mobile est en train d'émerger en Chine : le standard a été choisi, des tests sont en cours dans les grandes villes, les constructeurs de terminaux sont prêts et les opérateurs de téléphonie mobile affûtent leurs business models. Alors quel va être le véritable enjeu pour que ce marché décolle ? Le contenu. Mais pas n'importe quel type de contenu. Pour séduire le consommateur et s'adapter aux contraintes de ce marché, il faudra respecter quelques règles fondammentales : des videos courtes, des résolutions adaptées à de petits écrans et surtout "du choix, du choix en encore du choix". Avec ses 100 millions de videos visionnées par jour, YouTube est un fournisseur de contenu idéal. Le smart move ? Lancer YouTube en Chine comme un fournisseur de contenu video pour mobile (Video Wireless Value-Added Service Provider) avec de la publicité contextuelle comme modèle économique, domaine que Google maîtrise maintenant plutôt bien. Vers un "YouTube Mobile China Inc." ? L'idée est intéressante car elle apporte de nombreux avantages : En premier lieu, YouTube n'aurait pas à supporter le poids de la régulation des contenus vidéos, qui ont le sait seront strictement contrôlés. Youtube, en tant que fournisseur de contenu serait ainsi le premier maillon d'une chaîne faisant aussi intervenir des diffuseurs (CCTV par exemple) et des télécoms (China Mobile ou un autre). Deuxièmement, on peut anticiper que le marché de la vidéo sur mobile dépassera à terme celui de la vidéo sur PC. Rappelons que la Chine est le première marché mondial du mobile, devant les Etats-Unis, et qu'avec l'ouverture du marché de la 3G fin d'année 2006 ou début 2007, les débits augmenteront très siginificativement. En dernier lieu, ce positionnement dans l'industrie du mobile pourrait représenter pour Google une opportunité pour établir davantage de confiance avec les autorités, ce qui lui manque cruellement aujourd'hui... Quoi qu'il advienne, on peut gager que l'impact de l'acquisition de Youtube sur l'évolution de Google sera sans commune mesure avec ses acquistions précédentes. Cette évolution vers l'industrie du média sera sans doute suivi d'autres annonces, surtout sur le marché chinois où reproduire un business model n'est presque qu'une formalité. A quand un BaidUTube ?