Alors ça y est : en 2004 Internet est mûr, avec toutes ses promesses, beaucoup de ses nouveaux usages, des bons débits... Il génère enfin des bénéfices pour les sociétés qui ont su passer la crise, a produit ses nouveaux géants de la Valley (Google, Yahoo, eBay...). Il a fallu 10 ans !

Internet, un média arrivé à maturité
Alors ça y est : en 2004 Internet est mûr, avec toutes ses promesses, beaucoup de ses nouveaux usages, des bons débits…Il génère enfin des bénéfices pour les sociétés qui ont su passer la crise, a produit ses nouveaux géants de la Valley (Google, Yahoo, eBay…). Il a fallu 10 ans ! Et quelques concepts sérieusement balayés, comme l'idée de « nouvelle économie », ou « l'année chien » (principe selon lequel sur Internet une année vaut sept années, tellement tout est censé aller vite…). Les gourous de l'époque sont retombés aux oubliettes, et ce sont les scientifiques traditionnels qui nous fournissent les meilleures clés de compréhension du phénomène : des sociologues comme Manuel Castells de l'université de Berkeley, ou des juristes comme Lawrence Lessig de Stanford. Comme d'habitude…
Les « vieux business » ont bien résisté et s'y sont mis, en complétant leurs business model d'un volet « on-line ». Et de nouveaux entrants ont su trouver leur place, en créant de nouvelles sources de richesse. Les cycles technologiques de 10 ans constatés dans la Valley depuis les années 60 sont respectés. Et la bulle financière semble bien crevée. En 2004, tout est donc rentré dans l'ordre des choses dans la Silicon Valley. Ouf ! Le W3C (World Wide Web Consortium) a pu fêter dignement ses 10 ans, à Boston le 1 er décembre dernier.
2005 devrait confirmer cette tendance. Renforcement des positions des différents acteurs, confirmation de nouveaux usages (Internet mobile, P2P avec la vidéo, amélioration de l'efficacité des moteurs de recherche, sécurité…). Et quelques belles batailles en perspectives, notamment du côté d'une part de Yahoo, Amazon, eBay, Google et Microsoft, et du côté d'Apple contre le reste du monde d'autre part. La concurrence s'aiguise et nous aurons sans doute de belles surprises. Pour le meilleur plaisir du consommateur.
De bonnes perspectives pour les entreprises de la Valley
2004 aura été marquée par un retour à des perspectives de sorties pour les capitaux risqueurs de la Silicon Valley, qui apportent le financement aux start-up. Longtemps bouchée, la sortie en bourse s'est entrouverte. Le symbole en a évidemment été l'introduction réussie de Google, dont le feuilleton aura été le feuilleton de l'année dans la Bay Area. Mais les fusions et rapprochements, autres sources importantes de sortie pour les investisseurs, ont également eux aussi rouvert leurs portes.
L'Atelier a déjà commenté largement les rapprochements d'Oracle et Peoplesoft, Sprint et Nextel ou Symantec et Veritas. Ce mouvement de concentration, nécessaire dans un secteur qui arrive à maturité, va très probablement se poursuivre. D'autant que les grands du secteur disposent de cash pour continuer à procéder à des acquisitions. Google grâce à son introduction en bourse bien sûr, mais aussi Yahoo ! et surtout Microsoft. Microsoft qui a même décidé d'en renverser plus de 32 milliards de dollars sous forme de dividendes cette année, et de poursuivre ce mouvement dans les années qui viennent. C'est dire.
Pourtant, plusieurs inquiétudes demeurent et rendent l'année 2005 encore incertaine. D'abord l'introduction de Google demeure un cas historique. Introduite à moins de 100 dollars (98 pour être précis), le cours de l'action tourne autour des 165 dollars. Le magasine américain Fortune se demandait fin décembre en couverture si Google les valait bien ! Et c'est la question qui est sur toutes les lèvres dans la Valley. La prochaine introduction permettra-t-elle un tel succès ou va-t-on vers une nouvelle bulle, dans des marchés qui restent moroses. Au point que les prochains sur la liste des candidats à l'IPO hésitent à se lancer… A suivre de près en 2005, donc.
Quand aux fusions et acquisitions, elles ont été bien douloureuses en 2004. La saga Oracle Peoplesoft ne rassure pas les différents acteurs. Indispensables aux concentrations, elles se font dans la souffrance. Et les rapprochements sont longs, coûteux et les synergies parfois difficiles à trouver. 2005 devra là encore prouver que la voie amicale, dans une perspective industrielle bien comprise, est la meilleure. Là encore, ce n'est pas gagné.
Un modèle d'innovation qui fonctionne toujours bien
Le modèle unique d'innovation technologique de la Valley, assis sur le triptyque recherche - investissement - entrepreuneuriat a bien fonctionné en 2004, et devrait être largement confirmé en 2005. La grande inquiétude liée aux mouvements de délocalisation n'invalide pas ce modèle, et le conforte plutôt dans son originalité. A la Silicon Valley une part importante d'innovation. La production se trouve partagée par d'autres pays. On va donc probablement continuer à assister à une forte concentration de cerveaux dans la région. Même si à terme, les développements de l'Open Source offrent de très belles perspectives pour des pays émergents comme l'Inde ou la Chine, les investisseurs prédisent tous au modèle de la Valley un bel avenir pour les 20 ans à venir. Nous prenons rendez-vous pour cette date.
Les grandes tendances en 2005
En 2005, on travaillera beaucoup sur l' Open Source , qui commence enfin à intéresser les investisseurs. Malgré des modèles économiques délicats à construire, son potentiel de développement et quelques beaux succès récents (marché des serveurs en progression, outils grands publics développés par la fondation Mozilla…) prouvent son intérêt.
On créera encore des blogs . Beaucoup de blogs même, notamment depuis l'intérêt que cet outil a montré après les tragiques évènements d'Asie. Et on assistera sans doute à un début de professionnalisation dans l'utilisation de ce media. On se préoccupera de sécurité . On travaillera beaucoup sur la mobilité , avec l'arrivée et la généralisation des systèmes d'accès à Internet mobile (3G, WiFi, WiMax…). Mais nous avons décidé de nous pencher plus particulièrement sur trois domaines spécialement dynamiques : l'investissement, la guerre de la recherche sur Internet , et le P2P qui verra notamment arriver de plus en plus de vidéo.
2005 devrait donc être une belle année. Les grandes inquiétudes viendront plutôt de l'environnement macro-économique (une reprise encore assez molle dans la zone euro notamment, un prix du baril élevé et un dollar faible) et géopolitique. Notamment si les Etats-Unis s'installent dans un conflit durable au proche et moyen orient. Des facteurs exogènes, donc difficilement imputables à des fondamentaux qui sont enfin redevenus sains dans la Valley, loin des bulles spéculatives aujourd'hui digérées. En 2005, il devrait donc faire beau sur la Bay Area, si tout va bien…
Dominique Piotet, pour l'Atelier BNP Paribas