C'est peut-être un jeune innovateur français qui sera à l'origine des premières villes intelligentes en bois. Timothée Boitouzet, fondateur de la start-up Woodoo, à peine 30 ans au compteur, a réussi à mettre au point un bois augmenté aussi solide que du béton et qui est également imputrescible, résistant au feu et... translucide ! Élaboré au sein du laboratoire de biologie moléculaire de l'université de Harvard, ce bois "next gen" ouvre des perspectives inédites pour l'architecture. Renforcé à l'échelle nanométrique, expurgé de sa lignine, doté d'un volume de cellulose plus important, il a tous les atouts pour devenir la brique green du 21ème siècle.

Le bois augmenté pourrait révolutionner le bâtiment

Le bois augmenté permet aujourd'hui de construire des tours et même des gratte-ciels, alors que jusqu'à présent les limites dynamiques des différentes essences n'autorisaient que des constructions ne dépassant pas douze étages. Considéré au 20ème siècle comme un matériau du passé, c'est une véritable révolution qui porte en elle la promesse d'innombrables possibilités pour construire des villes bas carbone. Pour arriver à un résultat permettant un tel progrès, Woodoo a mis au point un processus complexe de transformation des essences. Après avoir extrait la lignine du bois, qui est ensuite recyclée sur le marché de la chimie verte pour ne pas polluer, il ne reste plus que son squelette cellulaire dans lequel une substance biosourcée, issue de matériaux naturels, va être injectée afin de le renforcer. En plus de rendre le bois translucide, le procédé est infiniment plus écologique que celui des matériaux utilisés actuellement dans le secteur du bâtiment. Il permet d'obtenir une empreinte carbone 2 fois inférieure à celle du béton et 130 fois inférieure à celle l'acier. Il permet par ailleurs de produire un matériau bien plus résistant que le bois normal tout en utilisant des essences habituellement délaissées, qui en France sont largement disponibles pour la construction. Ce sont des essences d'arbres de faible constitution, mal valorisées, et qui ne sont pas utilisées dans l'industrie du bâtiment.

Woodoo : un bois translucide

Woodoo

A la fois très économique et très écologique, le bois présente une panoplie d'avantages qui vont favoriser l'émergence des Smart City. C'est un matériau révolutionnaire en ce qui concerne le temps de construction, deux petites minutes suffisent pour assembler une poutre de 200 kilos quand 24 heures sont nécessaires pour couler une poutre en béton. Une immeuble en bois pourra être livré en 12 mois alors qu'il faut compter plus de 18 mois en moyenne pour terminer une construction avec des matériaux classiques. Le bois est également plus léger que le béton ou le métal, tout en étant aussi résistant, et nécessite moins de camions donc moins de co2 pour l'acheminer sur un chantier. Un immeuble en bois aura un impact carbone proche du zéro. Une réduction radicale de la pollution qui laisse sur le carreau les constructions en béton en matière d'éco-responsabilité. Sans compter que le bois est également un parfait isolant qui limite très efficacement les émissions de dioxyde de carbone.

"Pour développer les villes de demain nous aurons besoin de construire plus vite, de manière plus dense, plus respectueuse de l’environnement.

Timothée BOITOUZET

 

Mais ce n'est pas tout. Le bois a d'autres vertus. Relaxant et chaleureux, il permet de réduire le niveau de stress des habitants d'un immeuble en leur offrant un environnement urbain plus naturel et plus favorable à l'épanouissement. En outre, sa translucidité lorsqu'il est augmenté permet de faire rentrer davantage la lumière du soleil dans les appartements et dans les bureaux, avec à la clef des impacts positifs sur la santé et une facture énergétique revue à la baisse. 


Arboretum
  • 1 min

C'est en prenant en compte tous ces avantages que les architectes de la start-up Woodeum ont élaboré, en collaboration avec BNP Paribas Real Estate, le projet Arboretum. Un imposant complexe de bureaux de 126 000 m2 entièrement en bois, qui sortira de terre en 2020 à proximité de Nanterre. Pensé comme un véritable lieu de vie, la nature y est omniprésente et les employés qui s'y rendront chaque matin pourront bénéficier d'un riche écosystème allant du potager collectif aux cours de cuisine bio. Arboretum préfigure ce que seront les bâtiments de demain, avec une importance primordiale accordée à la nature. Ce type de projets laisse déjà entrevoir à quoi ressembleront réellement les villes bas carbone et le rôle important qui sera dévolu au bois : des constructions green, où la frontière qui sépare la ville et la nature s'estompe, pour favoriser un nouveau rapport au travail et des modes de vie plus sains.

La ville intelligente en bois ne laissera pas la technologie sur le bord de la route

Le bâtiment ne sera plus une masse inerte mais un organisme qui pourrait s’adapter au climat grâce à la connectivité.

Timothée BOITOUZET

Le bois comme élément de construction permet également de repenser entièrement notre rapport aux bâtiments. Il est l'élément clef d'un mouvement que l'on peut observer actuellement et qui fusionne les technologies biologiques, les sphères digitales et l'industrie pour créer la ville de demain. Avec des caractéristiques plus souples que le béton, il s'intègre dans une perspective plus large qui vise à inventer des matériaux bioniques, capables de s'adapter à leur environnement, capables de communiquer avec l'extérieur et qui seront optimisés par l'intelligence artificielle. Le bâtiment de demain sera en quelque sorte vivant grâce au mariage entre des matériaux de construction naturels et une technologie très développée.

Hyperions

Hyperion

Hyperions
Hyperion

Mais sans même avoir à se projeter dans l'avenir...

Smart city

Ce que la ville du futur peut apprendre de la nature

  • 01 Juin
    2017
  • 10 min
Le bois trouve actuellement déjà sa place dans les nouvelles configurations urbaines qui sont en train d'éclore un peu partout dans le monde. A Shangaï, à Paris, à New York et dans la plupart des autres mégapoles, les éco-quartiers, les fermes verticales et les bâtiments-forêts poussent avec vigueur aux quatre coins des rues. L'architecture bionique, très en vogue actuellement et dont la doctrine repose sur une ingénierie inspitée par la nature, pousse dans ce sens. Des architectes comme Vincent Caillebaut posent actuellement les bases de l'architecture green de demain avec des constructions "Agritecturales" dans lesquelles l'agriculture en circuit-court intégrée aux immeubles, la végétalisation des bâtiments et l'auto-suffisance énergétique sont des principes cardinaux. A l'image d'Hyperion, un ensemble de tours en bois, qui produisent leur propre énergie, construit par Vincent Caillebaut en Inde, cette architecture d'avenir, qui est déjà le commencement des villes bas carbonne, trouve dans le bois le matériau de construction idéal pour tenir ses promesses green.

Reste néanmoins plusieurs obstacles à lever pour construire les Smart City en bois de demain : une réorganisation de la filière bois est nécessaire pour répondre aux besoins importants en matière première des architectes et des promoteurs lorsqu'ils seront à pied d'oeuvre pour construire en bois, à grande échelle. Les essences que l'industrie n'utilise pas ne seront pas suffisantes. Et la construction de grandes structures en bois nécessite encore le recours à la technique dite du "lamellé-collé", donc de l'usage de colle chimique polluante. Gageons cependant que les progrès réalisés actuellement ne sont que les prémices d'une vaste série d'innovations qui vont transformer en profondeur nos villes pour les rendre toujours plus green et technologiques.

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies