La loi de modernisation de l'action publique de 2014 confie aux collectivités locales la gestion du stationnement urbain à partir de 2018. L'occasion pour les 800 collectivités dotées d'un stationnement payant sur voirie de basculer dans une approche Smart City.

Smart Parking : pourquoi il va s'imposer en France

Dans le cadre de la décentralisation de la gestion du stationnement urbain, le PV de stationnement de 17 euros va disparaître à partir du 1er janvier 2018. Il sera remplacé par une redevance qui sera fixée et perçue par les communes, le FPS (Forfait de Post-Stationnement). Pour une commune de 45 000 habitants, les recettes additionnelles attendues seraient de l'ordre de 400 000 euros, soit un accroissement de 30% des recettes liées au stationnement. De quoi redonner un peu d'air aux communes confrontées aux baisses de dotations de l'état ainsi que de nouveaux moyens aux communes de financer leurs projets "Smart City".

Néanmoins, pour percevoir cette redevance, les collectivités locales vont devoir remettre à niveaux leurs équipements, notamment mettre à jour leur parc d'horodateurs ainsi que leurs applications mobiles de paiement du stationnement. Outre renflouer les caisses, les mairies vont enfin pouvoir revoir leur stratégie de sanction du stationnement impayé afin d'améliorer la fluidité du trafic en centre ville. Les professionnels estiment que seulement le tiers des usagers respectent les règles de stationnement en ville, alors que la congestion des centres villes provoquerait entre 10 et 30% de trafic supplémentaire, c'est à dire des automobilistes qui tourneraient en rond à la recherche d'une place disponible, générant nuisances et pollution.

L'approche des capteurs communicants...

Plusieurs approches "smart city" sont en lice afin d'apporter une solution aux maires qui vont vouloir mettre en place un système de gestion du stationnement intelligent. La première est la mise en place de capteur dans les parkings, notamment. C’est le choix qu’a fait par exemple la mairie des Mureaux. Heathcliff Fessard, ingénieur Stratégies déplacements de la ville des Mureaux explique : "Le projet a démarré en 2014 avec l’installation de 217 capteurs et  l'affichage du nombre de places restantes dans 2 parkings du centre ville depuis l'entrée de la ville jusqu'aux entrées desdits parkings. Outre cet affichage sur le mobilier urbain, l’un des parkings a été équipé de panneaux qui affichent les numéros de place en dépassement, c'est-à-dire occupées au-delà de la limite de 1h30 de stationnement. « Nous avions du stationnement en double, voire triple file en centre ville, or, depuis que nous avons installé les capteurs, les emplacements tournent plus rapidement. Nous n'avons plus à déplorer des stationnements "ventouse" de longue durée." Michel Carrière, adjoint au maire notamment en charge de la mobilité de la ville des Mureaux ajoute : "L'objectif était d'avoir un stationnement gratuit, mais contrôlé. Le système permet d'obtenir une force d'autodiscipline et s’il peut être vu comme une aide au "flicage", ce n'est pas l'objectif premier. La place de la voiture dans la ville doit être contrainte, mais de façon positive. "

Le britannique Smart Parking propose pour la ville de Londres de coupler les détecteur magnétique placés dans la chaussé avec une carte RFID afin de réserver les places handicapés au vrais porteur d'une carte de stationnement.

Avec aujourd’hui 3 500 capteurs installés dans le quartier de Westminster (sur un potentiel de 41 000 emplacements), Londres fait figure de modèle à ce type d’initiatives. Pour ce projet, baptisé "Fair Parking", la Mairie s'est appuyée sur la technologie mise au point par Smart Parking. Parmi les fonctionnalité possibles de cette technologies, on retrouve notamment la gestion les places de parking réservées aux personnes handicapées. La mairie a confié une carte RFID à placer derrière le pare-brise des véhicules de personnes à mobilité réduite. Non seulement l'occupation de la place de parking est signalée via le capteur au sol, mais l'information qu'il s'agit bien du véhicule d'une personne handicapée est transmise via radio et si le véhicule qui occupe l'emplacement handicapé de dispose pas de son EPermit, un agent est signifié de l'infraction sur son terminal portable.

Une approche qui  connaît aussi des ratés

Depuis ces projets pionniers, la technologie du capteur de présence a gagné en maturité. On commence à voir au catalogue des fournisseurs de solution IoT des capteurs qui ne nécessitent plus de devoir réaliser un carottage dans la chaussée. Ainsi, le Waspmote Plug & Sense! Smart Parking de Libelium est suffisamment compact pour être simplement vissé à la chaussée. En outre, la communication n'est plus réalisée en RFID avec un relai à proximité, mais réalisée via un réseau de type LPWAN. Les données sont collectées via un réseau d'un opérateur LoRa ou le réseau Sigfox, ce qui permet à la ville de se passer de tout équipement de transmission additionnels. Ces capteurs légers connaissent aujourd'hui un vrai succès auprès des gestionnaires de centres commerciaux qui ont tout intérêt à ce que leurs places de parking soient exploitées au maximum de leur capacité. Le français SmartGrains propose même aux enseignes de la distribution un capteur à simplement coller au sol, ce qui réduit le temps de pose à quelques minutes seulement.

Les détecteurs de présence de nouvelle génération tels que ceux proposés par SmartGrains se retrouvent de plus en plus fréquemment dans les parkings des centres commerciaux. Crédits : Smartgrains

La pose de capteurs d'occupation semble donc l'idée la plus évidente pour gérer en temps réel l'occupation des emplacements, notamment dans le cas des parkings de centre commerciaux où le nombre de places reste limités et l'environnement relativement protégé. La solution vient néanmoins de connaître un cuisant échec à Nice où le projet vient d'être abandonné par la Mairie. La ville de la Côte d'Azur était pourtant pionnière en la matière en inaugurant son stationnement intelligent dès 2013. A l'époque, la Mairie avait fait installer un millier de capteurs de stationnement et dévoilé des horodateurs dotés de grands écrans. Une application mobile devait compléter le dispositif en guidant les automobilistes vers les places réellement disponibles... alors que l'usage du téléphone est formellement interdit au volant. A l'annonce du projet, la Mairie espérait alors équiper 14 000 places de stationnement dans la ville, soit un investissement estimé entre 13 et 15 millions d'euros. Depuis, les dysfonctionnements et les différents scandales qui ont émaillé la vie de la Semiacs, la société d'économie mixte chargée de gérer ce parc de stationnement, ont poussé la nouvelle mairie à mettre fin au projet. Trois ans après son lancement et une dizaine de millions d'euros investis, le projet Nice Park n'a pas véritablement entraîné le changement de comportement des automobilistes escompté.

Quand la vidéo-protection se mue en vidéo-verbalisation

Cet échec risque de pousser de nombreux maires à opter pour des solutions à la fois moins coûteuses à mettre en place, mais peut-être aussi plus efficaces en pratique. Une solution existe peut-être déjà et il suffit de lever la tête pour l'apercevoir dans les rues, il s'agit des systèmes de vidéo-protection. Il est en effet possible d'utiliser les caméras IP déjà en place et faire analyser les flux vidéo par un logiciel de lecture automatique des plaques minéralogiques, une approche baptisée LAPI pour Lecture Automatique des Plaques d’Immatriculation. "Nous fournissons déjà des logiciels pour les caméras de vidéosurveillance ou même des caméras embarqués sur les véhicules de la police municipale qui vont scanner les plaques minéralogiques et vérifier automatiquement si les véhicules sont en situation régulière" expliquait Thibault Boulle, ingénieur commercial Smart City chez Sogetrel, lors de la dernière édition du salon Smart Grid - Smart City. Ce spécialiste des solutions télécom pour les collectivités locales propose aujourd'hui une solution basée le logiciel d'analyse Capt'Immat d'AVM Integration, une solution déjà mise en ouvre dans 130 des 150 communes belges concernées par cette décentralisation du stationnement.

Relativement courant outre atlantique, le contrôle des plaques minéralogiques depuis des caméras vidéo fixes ou embarqués à bord des véhicules de police arrive en France.

Outre un investissement initial faible puisque le système s'appuie sur le réseau de vidéosurveillance déjà déployé dans le cadre des politiques de sécurité, une telle solution technique permet de lutter de manière très efficace contre l'un des fléaux des centres ville : le stationnement en double file. "La double file est une petite infraction, puisqu'elle ne dure que quelques minutes, mais elle a des conséquences démesurées sur la circulation en centre ville aux heures de pointe" souligne l’ingénieur. "Réagir en temps réel, sans devoir déplacer les agents en valorisant l'infrastructure de vidéo-protection qui est déjà en place avec un applicatif. Avec cette approche, Enghein-les-Bains, ville de 12 500 habitants, est parvenue à réduire de 20% le nombre de véhicules mal garés, avec 5 500 PV dressé en 2 ans pour des infractions qui sont généralement difficiles à contrôler." La certitude d'être verbalisé via des caméras de surveillance a démontré toute son efficacité dans la ville du Val-d’Oise face aux automobilistes sans-gêne.

Vers une vraie approche analytique du stationnement

Dans un contexte budgétaire difficile, l'exploitation de moyens déjà existant est un argument de poids pour les maires à qui cette nouvelle approche est une promesse de ROI très rapide. Ceux-ci ont déployé de grands réseaux de télésurveillance dans leurs villes ces dernières années afin d'améliorer la sécurité des habitants. « Ces caméras peuvent être maintenant mises à profit afin de compter les véhicules qui circulent dans les rues couvertes et ainsi permettre une approche plus analytique de la circulation dans un centre ville » argumente Bertrand Blaise, directeur commercial grands comptes et marketing de Sogetrel. « Cela peut permettre d'optimiser le plan de circulation, faire tourner des algorithmes afin d'évaluer les reports de trafic si une zone est rendu piétonnière ou si simplement une rue est rendue à sens unique. 80% des investissements réalisés sur la vidéo-protection sont utilisables sur ces projets Smart Cities. Les centres de supervision ont déjà été mis en place et on peut s'appuyer sur ces infrastructures." Pour l'heure, les municipalités lancent les études pour basculer dans cette ère du parking intelligent.

Rédigé par Alain Clapaud
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies