Smart Valleys - Teaser
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Smart Valleys. Un nom qui, inévitablement, en rappelle un autre. Celui de la Silicon Valley. Ce projet a pourtant une ambition toute autre : détecter les innovations de rupture venant des écosystèmes émergents. De ceux qui sont loin des rivages de l’Occident et dont les médias se font communément l’écho. Voici la raison pour laquelle Louis SchieberGuillaume Rouzé et Antoine Pichaud côté Afrique, mais aussi Clément RoussetCyprien Marcos et Arthur Garaud, côté Amérique du Sud, sont partis en expédition. « Nous avons repris le flambeau et nous sommes partis en Afrique et en Amérique du Sud car nous en avions assez d’entendre toujours parler des innovations qui venaient de San Francisco ou d’Occident. Smart Valleys est en réalité une réponse à la Silicon Valley. C’est une façon de dire regardez quels sont aujourd’hui les nouveaux écosystèmes entrepreneuriaux émergents » explique Antoine Pichaud. L’Atelier BNP Paribas a suivi leurs aventures pour en retracer les points phares.

Sur les terres d'Afrique  

deux afriques

Louis, Antoine et Guillaume ont tour à tour visité le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Kenya et l’Afrique du Sud, pour y découvrir non pas une mais des Afriques, où les façons d’entreprendre dépendent aussi de l’héritage colonial. Pour Louis, « Le but était de visiter les pays où la cible entrepreneuriale était la plus active possible. Nous souhaitions aussi voir les différentes Afriques et ses quatre points cardinaux pour en avoir une vision globale». Au cours de leurs voyages, deux Afriques se sont dessinées. L’Afrique francophone « où le monde de l'entreprise paraît plus fermé ou plus difficile d'accès, avec un cadre administratif ou bureaucratique souvent plus contraignant ». Et qui se démarque également par une mentalité différente :       « On cherche plus souvent la sécurité de l'emploi plutôt que réussir par soi-même en lançant sa propre entreprise, notamment pour des raisons structurelles évidentes » rapporte Guillaume. Le contraste semble en tout cas évident par rapport à l’Afrique anglophone où, à l’instar du Kenya, « tout le monde voulait monter sa boîte (...) l'environnement est naturellement plus propice aux entrepreneurs mais on note tout de même une réelle différence de mentalités, probablement due aux cultures et aux passés coloniaux particuliers des pays anglophones ».

Il y a aussi des entrepreneurs qui viennent de l’économie informelle. Ils s’inspirent des smartphones qu’ils trouvent dans la rue, ils se rendent compte qu’ils ont un business qui est viable et parviennent à trouver les bonnes personnes au bon moment, et peuvent commencer à bâtir une start-up.

Louis Schieber

Louis raconte : « Il y a aussi des entrepreneurs qui viennent de l’économie informelle. Ils s’inspirent des smartphones qu’ils trouvent dans la rue, ils se rendent compte qu’ils ont un business qui est viable et parviennent à trouver les bonnes personnes au bon moment, et peuvent commencer à bâtir une start-up. » Des Afriques, qui finalement, ont pour facteurs communs le mobile comme support de l’innovation, et la Fintech comme secteur particulièrement créatif. Selon Louis, « Le mobile n'est pas encore partout mais il ne cesse de prendre de l’importance. Les smartphones n’ont pas intégré toutes les couches de la population mais les start-up savent que le mobile est le premier biais par lequel atteindre les consommateurs ».

14 %

de mobile money

au senegal 

Antoine poursuit : « Sur certains points ils sont en avance sur nous : la mobile money au Sénégal représente environ 14% des flux financiers. En France nous sommes complètement en dehors de ça. » Une réalité qu’il ne faudrait pas surestimer néanmoins. Beaucoup d’entreprises africaines continuent de se créer ou de se développer dans le secteur phare de l’import-export. Parallèlement à cette dynamique globale, certains secteurs ou besoins primaires ne sont pas encore au niveau sur l’ensemble du territoire. Guillaume ne le cache pas : « Il y a encore de nombreuses carences dans le domaine des infrastructures, c'est très frappant, dans les transports, l'accès aux soins ou aux télécommunications notamment. Par ailleurs, le développement économique de certaines zones n'a pas permis de mettre fin à l'extrême pauvreté qui touche encore une partie de la population africaine : vous avez des villes où l’activité des gens consiste à ramasser les déchets, pour en faire le commerce ou simplement pour survivre. Un autre sujet de préoccupation : le croissance des villes africaines ne reposent pas toujours sur de véritables plans de développement cohérents, encadrés par l'Etat. Il n'existe parfois ni cadastre, ni noms de rues. Beaucoup d'acteurs ou d'entrepreneurs locaux ont conscience de ces faiblesses mais il faudra du temps pour y remédier. »

Vous avez des villes où l’activité des gens consiste à ramasser les déchets, pour en faire le commerce ou simplement pour survivre..

En Amérique du Sud

un continent dans le continent

« Un continent dans le continent ». Telle est la définition que Clément Rousset pourrait donner du Brésil. Plus généralement, dans la mosaïque des pays traversés (Brésil, Uruguay, Argentine, Chili, Pérou et Colombie), des similitudes se retrouvent avec les écosystèmes émergents d’Afrique. Là-bas, en effet, le secteur de la FinTech a également le vent en poupe, tout comme celui de l’AgriTech. Comme en Afrique, « l’intelligence artificielle et la robotique sont encore loin pour ces écosystèmes qui ne sont pas encore mûrs pour la plupart. » Si l’Etat investit pour aider les start-up (comme le montre l’exemple de Startup Chile au Chili), la bureaucratie reste néanmoins un problème de taille, et la fiscalité n’est que très rarement favorable aux entrepreneurs. Au-delà, les villes d’Amérique du Sud sont assez connues pour leurs fractures sociales profondes entre favelas et centres urbains. Une fracture qu’ont souvent en ligne de mire les start-up sur place. 

"Fa.vela par exemple est une ONG créée par plusieurs entrepreneurs de Belo Horizonte, qui propose des cours et met à disposition son réseau ; une sorte d’accélérateur pour start-up des favelas.” Clément Rousset poursuit l’analyse: « Les cultures sont assez différentes d’un pays à l’autre mais le profil de l’entrepreneur est souvent celui de l’entrepreneur par nécessité. Les contextes de pauvreté, d’inégalité, de criminalité et d’instabilité ont fait émerger une nécessité créative et stimulante, qui pousse de nombreuses personnes vers l’entrepreneuriat. » Un esprit qui a de quoi donner des leçons à l’entrepreneuriat occidental.

Voyager : apprentissage entrepreneurial et philosophie de vie

Car au-delà des faits, des témoignages et des impressions ramenés depuis le terrain, les deux équipes ont montré que voyager en dehors de l’Occident et partir à la rencontre d’autres écosystèmes pouvait être un véritable atout pour de futurs entrepreneurs. Une expérience qui ouvre sur une philosophie de vie plus personnelle, marquée par l'envie de découvrir et d'apprendre. Du côté de l’équipe Amérique du Sud, Clément l’affirme : « Au travers de toutes ces interviews, de ces portraits d’entrepreneurs, de business angels, d’universitaires, et d’ingénieurs, et au contact de cultures parfois opposées à la nôtre, nous avons énormément appris ». Côté Afrique, le bilan est semblable pour Antoine : « Nous avons appris à nuancer nos jugements. Il faut arrêter de parler de l’Afrique et des Africains comme si c’était une seule entité, uniforme. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Ils sont toujours hyper positifs et optimistes." Et à Guillaume de rajouter : « C’est vrai que les populations des différents pays que nous avons parcourus, qui vivent dans des environnements économiques et sociaux parfois éprouvants, se distinguent par leur dynamisme, leur ouverture et leur volonté de s'en sortir. Il y a un véritable état d'esprit positif, que je qualifierais de contagieux. »

Un voyage qui aura finalement donné envie, ou non, à ces jeunes étudiants de se lancer dans l’aventure start-up. Clément l’affirme : « Avant de partir, j’avais déjà envie d’entreprendre et ce voyage m’a conforté dans ce choix. Les acteurs sur place m’ont beaucoup inspiré. Quand vous voyez ces entrepreneurs qui s’épanouissent dans leur travail malgré la charge de travail et les difficultés liées au contexte politico-économique, ça donne envie. Etre son propre patron, créer quelque chose à partir de rien, surmonter tous types de problèmes, voir grandir son entreprise au jour le jour, passer d’1 à 100 employés. Ou peut-être couler, c’est possible. Mais oui, j’aimerais tenter l’aventure. » Rien d’évident à cela néanmoins pour celui qui ne se serait pas préparé : « En rencontrant les acteurs sur place on se rend compte que créer une start-up, c’est la guerre. Il faut de la passion et une sacrée force mentale. Le mot clé est énergie, et pour l’entrepreneuriat c’est essentiel », déclare Louis.

Des terres de l’Amérique du Sud à celles d’Afrique, voyager comme entreprendre sont presque synonymes : avoir le goût de l’aventure et de la découverte, avec pour horizon la passion.

En savoir plus sur le projet Smart Valleys 

Rédigé par Laura Frémy
Journaliste