L’agriculture verticale en extérieur ou en intérieur pourrait permettre aux Smart Cities de répondre aux défis démographiques et d’améliorer la consommation de produits locaux.

#Smartcity : l’agriculture urbaine au service de la consommation locale

L’AgTech surfe sur plusieurs tendances. Nous pourrions par exemple mentionner la baisse des coûts des technologies incluant des capteurs, de plus en plus abordables pour une utilisation agricole. Il est aussi intéressant de noter comment les innovations dans l’agriculture ont tendance à donner une place centrale aux individus. En effet, d’une part, ces technologies offrent des moyens supplémentaires aux agriculteurs qui peuvent prendre des décisions plus éclairées et basées sur des données et, d’autre part, si les consommateurs finaux veulent des informations complémentaires sur les origines des produits consommés, le big data au niveau agricole peut fournir des données précises et permettre la traçabilité des produits.

Accessoirement, il est aujourd’hui très en vogue d’acheter ses produits directement auprès de producteurs locaux. Toutefois, comment adapter ce modèle dans des lieux à forte densité urbaine, à des kilomètres des fermes les plus proches et surtout sachant que 80 % de la population mondiale vivra en ville d’ici 2050 ?

C’est là que l’agriculture urbaine nous offre plusieurs réponses. Parmi elles, on retrouve par exemple l’agriculture verticale en intérieur et en extérieur, qui peut être définie comme la production de denrées alimentaires dans des structures en hauteur.

Une ferme indoor

Une culture intérieure de laitues par Bright Agrotech. ©BrightAgrotech

Contrôler les éléments de la production

« L’idée principale derrière l’agriculture verticale c’est que vous pouvez contrôler tous les éléments de la production : le type et la quantité de lumière reçus par la plante, la température. En d’autres termes, tous les aspects environnementaux. Les capteurs sont beaucoup utilisés, surtout en suppléments des systèmes hydroponiques, pour vérifier les niveaux d’eau et de nutriments », explique David M. Ceaser, fondateur de Green Skies Vertical Farm à Oakland (Californie).

Réalisée dans des bâtiments abandonnés, comme des entrepôts en zones urbaines (tel le concept de Bright Agrotech, startup du Wyoming) ou périurbaines, l’agriculture verticale en intérieur pourrait ouvrir la voie à une production ininterrompue (7/7j et 24/24h), augmentant ainsi le volume potentiel de production. « L’agriculture verticale, c’est comme une recette de cuisine : comme nous connaissons les nutriments essentiels nécessaires à une plante, nous pouvons utiliser des nutriments chimiques pour reproduire le même scénario que dans la 'nature'. Il y a également des avancées intéressantes en ce qui concerne l’utilisation de la lumière. Par exemple, la couleur de la feuille d'une laitue varie selon le type et la quantité de lumière fournis quelques jours avant la récolte, ce qui révèle la présence plus ou moins prononcée de certains éléments chimiques. Par conséquent, imaginez que nous puissions ajuster ces facteurs en fonction des éléments que nous souhaitons mettre en avant. Si nous voulons qu’une laitue contienne davantage de vitamines par exemple, l’agriculture verticale peut présenter un grand potentiel en matière de nutrition de précision », poursuit David M. Ceaser.

Le concept ZipFarm de Bright Agrotech. ©BrightAgrotech

Le nombre d’initiatives explose aux États-Unis

Beaucoup de projets ont vu le jour aux États-Unis. Depuis 2013, on trouve à Chicago FarmedHere, la plus grande ferme aquaponique en intérieur du pays, sur une surface d’environ 8 400 mètres carrés, qui fournit des denrées organiques à près de 80 distributeurs de la ville. Selon le magazine américain PSFK, cette ferme intérieure peut produire « 15 fois plus de récoltes par an que l’agriculture traditionnelle ». New York compte également plusieurs startups similaires : Gotham Greens et Aerofarms. À l’extérieur des zones urbaines très densément peuplées, des initiatives comme celles d’Alaska Natural Organics et de Vertical Harvest Hydroponics (toutes deux dans l’Alaska) abordent l’agriculture en intérieur d’une manière très intéressante : elles font pousser des denrées généralement importées en raison des conditions climatiques qui ne correspondent pas à leur environnement habituel de croissance. De plus, il existe des solutions logicielles pour aider les agriculteurs à gérer ces fermes, comme la startup Agrilyst, qui a été primée au Tech Crunch Disrupt en septembre dernier.

Une culture de basilic de FarmedHere, la plus grande ferme intérieure américaine. ©FarmedHere

Toutefois, comme le souligne David M. Ceaser, « il reste aussi certains défis à relever. À l’heure actuelle, nous sommes seulement en mesure de faire pousser de 'petites' cultures comme les microgreens (petits légumes d’accompagnement), les salades et les herbes aromatiques. L’agriculture verticale est également toujours très gourmande en énergie. Il ne faut pas oublier que nous n’en sommes qu’aux prémices. Mais de nombreuses initiatives voient le jour et ça va très vite ». Par conséquent, l’agriculture verticale, qu’elle soit en intérieur ou en extérieur, pourrait bien constituer une des réponses au défi démographique des villes intelligentes.

Rédigé par Pauline Canteneur