Une start-up européenne ambitionne de commercialiser dans deux ans la première voiture volante au monde. Reste à définir la stratégie de distribution.

[SXSW] Des voitures volantes dans le ciel européen dès 2017 ?

Depuis quelques mois, le futur de l’automobile se dessine aux Etats-Unis et particulièrement dans la Silicon Vallée. Ford vient d’installer son laboratoire d’innovation afin de réfléchir à l’avenir de la mobilité. Une Audi A-6 sans conducteur a traversé la Californie en Décembre dernier (le gouvernement californien a autorisé la marque aux anneaux a réalisé ce test grandeur nature). Tim Cook vient d’annoncer que l’automobile est l’un des sujets clés pour Apple et Google fait la une de l’actualité depuis plusieurs mois avec ses avancées dans le domaine de la voiture autonome : la Google Car. Mais si le futur de cette industrie s’inventait également en Europe? 

La start-up Aeromobil, basée à Bratislava (Slovaquie) vient de présenter au salon SXSW d’Austin son prototype de voiture volante. "Nous sommes convaincus qu’une autre révolution est en cours dans le domaine du transport personnel" explique Juraj Vaculik, co-fondateur et président directeur général d’Aeromobil. Selon lui, les principales zones urbaines mondiales ont atteint leurs limites en terme d’infrastructure routière. Ces limites sont liées aux usages (la population mondiale se concentre de plus en plus dans des villes) ainsi qu'à la demande: "dans les 20 prochaines années, il y aura plus d’automobiles construites que dans toute l’histoire de cette industrie" affirme Juraj Vaculik. Le manque d’infrastructure dans les pays émergents contribue aussi à mener le débat sur le futur de la mobilité. " Seulement 3% de la surface mondiale dispose d’infrastructure routière et 57% des routes sont pavées."

Finaliser le modèle 4.0

La solution ? "Faire passer la mobilité de la 2ème à la 3ème dimension". L’idée n'est pas nouvelle. En 1940, Henry Ford, fondateur du groupe automobile du même nom expliquait " la combinaison de l’automobile et de l’avion est en train d’arriver. Vous pouvez rire mais ça va arriver". Plus d’un demi-siècle après, l’idée fait effectivement toujours sourire. Pourtant, à SXSW, devant la présentation de ce projet fou, l’auditoire -salle comble- est passé de l’amusement à l’étonnement le plus complet lorsque le PDG a présenté la vidéo de son prototype passant, en condition réel, d’une autoroute au ciel. La technologie fonctionne, le co-fondateur souhaite donc désormais accélérer.

"Actuellement, nous augmentons considérablement nos effectifs. Nous étions 2 il y a 4 ans, nous sommes 12 désormais et notre ambition est de passer à 40/50 d’ici la fin de l’année. Notre objectif est de nous renforcer sur les parties techniques et commerciales. Nous venons d’annoncer au SXSW la composition de notre conseil consultatif avec la nomination d’Anthony Sheriff (précédemment directeur général de Mac Laren), Dean Kamen (inventeur du Segway) et Glenn Mercer (ancien associé chez Mac Kinsey en charge de la practice automobile)" explique à L’Atelier Juraj Vaculik. Un renforcement des équipes qui va permettre de finaliser le modèle de pré-production appelé, tel une entreprise de software, "4.0". "Nous allons également constituer notre chaîne logistique et obtenir les dernières certifications dans le domaine automobile et de l’aviation. Nous travaillons pour cela en étroite collaboration avec la commission européenne".

Une start-up qui se structure…jusqu’à devenir le Tesla européen ?

S’inspirant de Tesla, Aeromobil a pour objectif de construire une image de marque forte pour attirer les bons clients et engendrer suffisamment de revenus. " Notre stratégie est simple: nous ciblons les "happy-fews" à la recherche d’un produit ultra luxueux et innovant. Nous sommes donc clairement sur un marché de niche entre la "supercar" de luxe (NDLR: Ferrari, Porsche, Lamborghini,…) et l’aviation haut de gamme. Pour cela, nous allons commercialiser nos produits en édition limitée, sur commande. L’objectif est mesuré: à peine quelques centaines d’unités par an. Nous allons construire notre identité de marque sur ce créneau mais nous pensons également à la nouvelle génération. Pour cela, nous nous intéressons particulièrement à l’économie de partage et les initiatives d’acteurs comme Uber ou Lyft. Pourquoi ne pas imaginer de proposer la réservation de nos produits via mobile pour une courte durée?" explique le co-fondateur. Un plan produit qui ne détaille pas la stratégie de distribution. Nouer des partenariats avec un réseau de distribution automobile ? Créer son propre modèle de vente ? Développer le canal e-commerce ? Visiblement les co-fondateurs n’ont pas tranché. "Nous sommes toujours en train d’évaluer notre go-to market. Les membres de notre comité vont justement apporter leurs expériences dans le domaine de l’automobile. Nous allons décider cet axe stratégique avec eux d’ici la fin de l’année" commente Juraj Vaculik.

Juraj Vaculik, CEO d’Aeromobil et Stefan Vadocz, responsable communication d’AeroMobil, à SXSW  en Mars 2015.

La comparaison avec le fondateur de Tesla, qui bouscule l’industrie automobile est donc tentante… " J’admire cet homme car il a réussi a convaincre et donner du sens de manière durable à son idée. Il a réussi à créer une marque puissante, c’est un vrai "game-changer". Une inspiration d’autant plus évidente que, Aeromobil, aspire aussi à bouleverser le traditionnel secteur automobile, au sein duquel, comme dans beaucoup de secteurs d’activités, " l’innovation arrive en dehors de ces entreprises. Ces dernières préfèrent "relifter" leurs produits, ils sont dans l’évolution. Nous nous inscrivons dans la révolution, c’est notre ADN. Nous voulons apporter quelque chose de nouveau sur le marché". Bien sûr, le financement sera la clé pour assurer la pérennité de cette jeune société. Compagnie privée, elle ne souhaite pas communiquer sur l’argent dépensé depuis l’idée initiale. "En revanche, nous devrions annoncer dans quelques semaines un financement (série A) provenant d’importants Capital venture européens. Nous sommes également en discussion avec des investisseurs américains et asiatiques car nous souhaitons de facto créer une marque internationale."

 

 

Rédigé par Romain Chapron