Les documents papier, les photos ou les dessins sont en voie de disparition dans les prétoires des tribunaux américains. Rendue possible par le succès de ce que l'on appelle outre-Atlantique "la pre...

Les documents papier, les photos ou les dessins sont en voie de disparition dans les prétoires des tribunaux américains. Rendue possible par le succès de ce que l'on appelle outre-Atlantique "la preuve virtuelle", l'ère du "procès sans papier" est amorcée. Les armes de la conviction sont cruciales dans un pays où les procès se déroulent devant des jurys populaires, en première instance. Avocat au bureau new-yorkais de Cleary, Gottlieb, Stenn & Hamilton, Lawrence B. Friedman, explique "nous transformons le prétoire en théâtre. La moitié de la communication repose sur la façon dont sont présentées les choses, pas dans leur contenu. C'est une forme de persuasion visuelle : une image doit avoir un impact dans le cerveau du jury. Cette technique ne constitue pas une preuve, mais elle permet une mise en scène de la preuve. Deux présentations disant la même chose, mais exposées différemment peuvent avoir un effet complètement différent". Cette évolution repose sur deux analyses principales. Non seulement, les sociologues ont démontré qu'un individu conserve en mémoire, au bout de trois jours, trois à cinq fois plus d'informations vues et entendues que celles ayant été seulement entendues, mais également, selon une croyance largement répandue "la télévision ne ment pas". L'individu croît plus facilement à la contrefaçon d'un papier qu'au mensonge d'une image. Leur influence étant certaine, des documents du type "24 heures dans la vie de la victime" se multiplient. Très vite, les juristes ont compris l'intérêt de l'écran dont dispose chaque juré "nous présentons dans un dessin animé ou dans une vidéo ce qui se trouve dans notre argumentaire. L'outil s'avère particulièrement utile en cas d'accidents de voiture, d'une catastrophe aérienne, de handicaps provoqués par un tiers. Cela nous permet d'expliquer au jury ce qui s'est passé en le lui montrant. Si deux témoignages divergent, nous faisons deux vidéos différentes". Certaines sociétés se font une spécialité de produire ces images comme Animators at Law qui propose de "transformer le complexe en compréhensible". On apprend ainsi que les couleurs peuvent "effectivement organiser un message". Animators at Law prévient à cet effet que ses désigners "évitent les couleurs qui évoquent des sous-entendus négatifs et s'orientent vers des couleurs associées à des émotions positives". (La Tribune - 1er/03/1999)