Avec plus de cent millions de comptes actifs en octobre 2011, le réseau forme un entrepôt de données croissant et un vaste champ d’études comportementales pour les universitaires

Sur Twitter, l’humeur est contagieuse

Un groupe de mathématiciens et de statisticiens de l’Université du Vermont (à Burlington, USA*) a dressé la topologie du réseau social, en étudiant la façon dont les utilisateurs interagissent et en observant la diffusion des informations via ce média en ligne, un défi à la fois théorique et informatique. Plusieurs études récentes ont examiné le réseau social à partir des mots clés exprimés sur Twitter et du comportement des suiveurs. L’équipe de chercheurs du Vermont critique cette approche déduite du seul comportement des suiveurs. Elle propose une autre modélisation, fondée sur un échantillon d’interactions entre utilisateurs. Son étude offre ainsi une vue plus dynamique du réseau, qui prend en compte les changements de correspondants au fil des jours, des semaines et des mois, jusqu’au bannissement.

Le bonheur des uns fait le bonheur des autres

Cette construction permet de tester la relation entre le bonheur exprimé et l’activité des internautes, sur 140 caractères maximum. Il existerait bien une corrélation entre le niveau de bonheur (l’humeur) et celui de nos voisins distants de un, deux ou même trois liens. La corrélation décroît au fur et à mesure que la distance augmente entre les utilisateurs. Ce travail prouve qu’il existe bel et bien une structure sociale sous-jacente à Twitter. L’analyse de 40 millions de paires de messages courts - sur une base de 100 millions émis entre septembre 2008 et février 2009 - révèle une contagion de l’humeur, jusqu’à trois niveaux.

D’autres études similaires existent

Plusieurs études ont déjà ciblé Twitter pour révéler des changements d’humeurs, en cours de journée ou d’année, chez les internautes. Le bonheur, la déprime, voire l’ébriété transparaissent avec l’occurrence de certains mots clés. Scott Golder et Michael Macy de l’Université de Cornell, ont ainsi analysé les ‘gazouillis’ émis dans 84 pays durant deux ans. Ils ont pu déterminer que leurs auteurs se réveillent plutôt dans de bonnes dispositions, mais que leur moral se dégrade au fil de la journée. Les échanges sont plus positifs le week-end que durant la semaine, « probablement en raison des rythmes de sommeil et biologique distincts », interprète Scott Golder. (Revue Science, Tweets Reveal the Role of Circadian Rhythms on Mood). En fait, « la popularité d’un utilisateur, mesurée au nombre de ses suiveurs, n’a pas de lien direct avec son influence, tracée par le nombre de messages rediffusés », note le rapport des statisticiens du Vermont.

 

 

* Catherine A. Bliss, Isabel M. Kloumann, Kameron Decker Harris, Christopher M. Danforth, Peter Sheridan Dodds, http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/1112/1112.1010v1.pdf