Acteur clé de l’énergie, Veolia mise sur la smart city pour articuler sa transformation numérique.

Veolia : « Hier, nous étions dans la vérification, aujourd’hui, dans l’anticipation de notre performance énergétique »

A la question, quand la mutation numérique a-t-elle commencé dans le groupe, Laurent Auguste, VP Innovation & Marchés de Veolia répond qu’il y a 20 ans, cohabitaient déjà, chez Veolia, capteurs et minitel. « J’allais vérifier sur le minitel la performance de nos installations, les cours de remplissage de réservoirs. » Le numérique squatte les bassins de Veolia depuis longtemps. Mais si on parle transformation, « révolution, même », elle est bel et bien en train de « s’opérer maintenant ». Le groupe rassemble aujourd’hui 200 000 professionnels dans plus de 40 pays, autour de trois expertises majeures : l’eau, l’énergie et les déchets. Cette mutation consiste d’abord à connecter de façon plus large et enrichie l’ensemble de ces acteurs. Et dans un deuxième temps, Veolia table aussi et surtout sur la smart city pour l’articuler.

Entretien d’abord diffusé dans L’Atelier numérique sur BFM Business.

Vous avez annoncé en automne dernier un partenariat global avec IBM pour le développement d’une offre « smart city ». Comment s’articule votre engagement pour une ville plus « intelligente » ?

Laurent Auguste : Effectivement, la smart city est une dimension très importante dans la transformation numérique et pour Veolia, tout court.

Au-delà des aspects techniques de nos métiers, il s’agit en fait d’apporter une nouvelle dynamique de croissance, de développement économique et social pour les villes. Je distingue trois dimensions de la smart city. Il y a, ce qu’on appelle l’Internet des objets, la dimension des capteurs, des compteurs intelligents. Il s’agit d’aller récupérer de l’information sur le terrain, sur les réseaux d’eau, etc.

Ensuite, une autre dimension, que j’appellerais « métier » : il s’agit là d’aller traiter ces informations avec des algorithmes spécifiques à nos activités, pour une meilleure efficacité et gestion de nos services.

Enfin, je vois une troisième dimension qui est en train d’émerger et qui est, à mon sens, absolument passionnante : la dimension d’ouverture de l’ensemble de ces informations, pour les acteurs de la ville. Pensez à la dynamique qui va en naître, une dynamique de transparence, d’ouverture de données et de nouvelles idées pour la ville.

Nous nous sommes effectivement associés avec IBM. IBM a été en quelque sorte, à l’origine du concept de ville intelligente, il y a déjà plusieurs années. Ce concept est en train de se matérialiser et nous souhaitons, Veolia, être l’entreprise qui va faire de la ville intelligente une réalité.

Qu’avez-vous mis en place, de manière concrète ?

Ca commence bien sûr par nos métiers. A Lyon, dans une idée d’instrumentation du service d’eau, nous avons installé 400 000 compteurs intelligents et plus de 6 000 capteurs, pour avoir une connaissance très fine de ce qui se passe sur le service d’eau, et améliorer sa performance. Nous avons ensuite mis en place un système d’hypervision avec IBM, dans une démarche de transparence sur le service engagé, de maîtrise de l’eau et d’efficacité.

Aujourd’hui, qu’êtes-vous capables de quantifier, de maîtriser pour mieux endiguer ?

Pour les gestionnaires de services d’eau, l’une des premières peurs, hantises, même, sont les fuites. Et avec l’ensemble des systèmes et des capteurs mis en place, on peut aujourd'hui mieux anticiper ce qui se passe sur le réseau, donc anticiper les fuites, les réparer avant que ça ne cause de dégât.

Sur Lyon, par exemple, on estime que nous allons pouvoir économiser près de 33 000 m3 d’eau par an, soit un impact fort sur l’efficacité du service.

L’installation de compteurs intelligents, on en parle depuis des années. Où en est-on ? Qu’en est-il de leur adoption par les consommateurs, plus simplement ?

Veolia a installé beaucoup de compteurs intelligents. Nous sommes certainement l’entreprise qui en a installé le plus en France : près de deux millions de compteurs intelligents sont déjà en place.

Mais ce qui émerge est l’utilisation que nous faisons et allons en faire pour une gestion de nos services. C'est l’interaction, l’interface établie avec les citoyens qui va faire la différence. Nous avançons donc sur des expérimentations sur le sujet à Bourg-en-Bresse et à Nice. Nous menons des tests avec des résidents qui accèdent à leurs informations énergétiques, grâce à ces compteurs. Ce qui les rend acteurs de leur consommation, en maîtrisant et en réduisant les coûts.

Mais est-ce que tout ça ne créé pas de nouveaux métiers chez Veolia ?

C’est probablement ce qui est le plus enthousiasmant, dans ce qui est en train de se passer.

Je vais prendre une image. Historiquement, Veolia travaille avec des capteurs. Je prendrais l’image d’un ordinateur. On travaillait, nous, sur le disque dur, la partie hardware, si vous voulez. Aujourd'hui, on met en place l’écran, à savoir l’élément de supervision, qui va apporter une transparence de besoins, pour nous, pour la ville, mais demain, pour l’ensemble des acteurs concernés.

Poursuivons l’image. Après l’écran, vient le clavier, à savoir une capacité d’action. Dans le domaine des déchets, aujourd'hui, demain, il sera, par exemple, possible si, sur le trottoir, vous voyez des déchets encombrants de prendre une photo, de nous envoyer un SMS. Nous pourrons ainsi organiser l’enlèvement de ce déchet encombrant.

Ca permettra au citoyen de devenir un acteur de la ville, d’agir sur son environnement à l’échelle de la ville. C’est là-dessus que nous souhaitons développer des services, des dynamiques nouvelles.

Un autre exemple serait New York. Souvenez-vous, Sandy avait détruit une grande partie de Long Island, au point qu’aujourd’hui, tout propriétaire de maison sur Long Island a des difficultés à faire assurer sa maison. La valeur immobilière de ces habitations en a souffert. Les systèmes que nous pouvons mettre en place vont permettre de sécuriser des lieux, tels que Long Island, de limiter l’impact des inondations et redonner, au final, une valeur économique aux biens immobiliers.

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio