La génération Z, mobile first, induit des changements d’usages en matière de messagerie. Comment les acteurs principaux se positionnent et qui sont les nouveaux entrants ?

Vidéo boostée à l’intelligence artificielle, le futur de la messagerie ?

En 2012, dans une étude dédiée, McKinsey qualifiait les applications mobiles de messagerie de « menaces » pour le SMS. Trois ans plus tard, eMarketer portait à 1,4 milliard le nombre d’utilisateurs de ces applications. Toujours selon l’entreprise d’études de marché, ceux-ci pourraient être 2 milliards en 2018. En avril dernier à l’occasion de F8, Mark Zuckerberg avançait qu’ensemble les messages envoyés via Facebook Messenger et Whatsapp sont aujourd’hui 3 fois plus importants que le nombre de SMS envoyés dans le monde. Les applications de messagerie, dont la croissance a été poussée par l’adoption du smartphone, ne sont donc plus une menace pour les opérateurs téléphoniques mais une réalité.

Le marché est aujourd’hui saturé par des géants à l’instar de Whatsapp, Messenger et WeChat, et leur milliard d’utilisateurs. Skype et Viber suivent de près avec respectivement 300 millions de comptes et 236 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Skype, qui a fêté ses 10 ans en janvier dernier, aurait supporté plus de 2.000 milliards de minutes d’appels gratuits depuis ses débuts. De plus, chaque jour, 100 millions d’appels seraient effectués par l’intermédiaire de Whatsapp soit l’équivalent de 1.100 appels par seconde ! N’oublions pas Apple avec iMessage et FaceTime. Selon Tim Cook, en moyenne 40 milliards d’iMessages et 15 à 20 millions de communications FaceTime auraient eu lieu chaque jour au cours de l’année 2014.

Les usages en mutation

Pourtant, il n’en reste pas moins que le mode opératoire des applications de messagerie a peu changé au cours des dernières années. Elles permettent souvent quelques fonctionnalités basiques : une conversation texte, un appel (audio et / ou vidéo) voire l’enregistrement de messages vocaux. Par ailleurs, les habitudes de consommation de la génération Z, tout aussi friande de ces applications que les « millennials », varient.

Cette génération comme la Y, a grandi avec les nouvelles technologies certes, mais elle est, à la différence de la Y cette fois, pro « mobile first ». Selon les propos de Shireen Jiwan, chef de marque chez Lucky Brand, tenus lors du SXSW 2016, la génération Z est bien plus encline à regarder plusieurs heures de vidéos Youtube par jour plutôt que de passer du temps sur Facebook. Ce sont aussi les cibles et les utilisateurs premiers de Snapchat. La vidéo devient leur mode d’expression et de communication favori. Comme l’explique Cyril Paglino, co-fondateur et CEO de la start-up Tribe : « Aujourd’hui, les smartphones sont dotés d’appareil photo de grande qualité. Aussi, les réseaux sont de plus en plus puissants, ce qui permet à présent de partager facilement des vidéos à ses contacts. En parallèle de cela, nous devenons de plus en plus à l’aise face à la caméra ! Tous ces facteurs contribuent aujourd’hui à l’explosion de l’usage de la vidéo ».

Google lance son intelligence conversationnelle

Face aux mutations des comportements des consommateurs, de nouveaux produits émergent. Tel Whatsapp qui vient tout juste d’ajouter une fonctionnalité d’appel vidéo, Google s’est également positionné sur le créneau vidéo avec Google Duo, une application d’appels vidéo, concurrente de FaceTime et Skype. D’une simplicité d’utilisation extrême, décrite comme « minimaliste » par Nick Fox, vice-président de la communication chez Google, l’application Google Duo, qui fonctionne sur Android et iOS, pourrait bien se faire une place au soleil.  

Avec le lancement de Google Allo, la firme de Mountain View enrichit son portfolio. À l’instar de Whatsapp, l’application permet de communiquer avec ses contacts en ayant recours à son numéro de téléphone (nul besoin de posséder un compte Gmail autrement dit). Elle rend possible une conversation à l’écrit, l’envoi de photos et de messages vocaux. Mais elle dispose également d’un assistant dopé à l’intelligence artificielle avec qui l’utilisateur peut converser en privé. Cet assistant peut également être convoqué au sein d’une conversation entre amis pour proposer des idées de restaurants ou de cinéma par exemple. « La messagerie est en train de d’évoluer de sa simple fonction d’envoi de messages textes à celle de rendre possible l’expression de soi dans sa totalité et de manière plus naturelle. La prochaine étape consiste à réaliser des tâches pour l’utilisateur au sein même de ces chats », a expliqué Nick Fox lors de la conférence Google i/o en mai dernier.

La vidéo, vecteur de communication de demain

Après les acteurs traditionnels, de nouveaux entrants débarquent sur le marché à l’image de Tribe, start-up française ayant levé en octobre dernier trois millions de dollars auprès de Sequoia Capital. Si la start-up française a soulevé l’intérêt d’un des plus célèbres venture capitals de la Silicon Valley, ce n’est pas un hasard. Tribe, dont l’application est basée sur la vidéo, porte une vision disruptive de la communication et se fait l’écho des jeunes générations. « Il existe deux formes de communication. Les applications de conversation asynchrone à l’image du SMS, Whatsapp, iMessage, WeChat et Viber. Celles-ci permettent de recevoir des messages et d’y répondre quand l’utilisateur le souhaite. Ce qui offre une grande liberté. Puis, il y a la communication synchrone avec Skype, FaceTime, Google Duo et les appels via Whatsapp. Cette fois-ci, la voix et l’image sont importantes. Cependant, la nécessité du direct peut être dérangeante pour l’utilisateur. Dans nos vies bien remplies, sur-connectées, l’appel téléphonique n’est plus si opportun qu’il l’était par le passé. Nous n’avons pas le temps d’être en interaction directe en permanence », explique Cyril Paglino. L’application Tribe se veut alors une plateforme de communication vidéo asynchrone. L’utilisateur peut en effet envoyer de courtes vidéos pour échanger avec ses contacts. Derrière un design ludique et efficace, se cache une spécificité technologique qui pourrait contribuer à différencier la jeune start-up sur un marché dense. L’appli compresse les vidéos de telle manière à ce que son utilisation ne grignote pas la totalité du forfait des utilisateurs.

 

Vidéo + intelligence artificielle = futur de la communication ?

Si un produit tel que Tribe nous invite à penser un futur entièrement centré sur la vidéo pour les systèmes de messagerie, cette vision ne sonne pour autant pas la mort du message texte. « La vidéo présente encore des frictions. La lourdeur du format ou encore la réticence à se prendre en vidéo en sont des exemples. Aujourd’hui 95% des messages envoyés contiennent du texte. Bien que le format texte perdurera, les 5% restants, qui consistent en de l’audio et de la vidéo, grossiront progressivement. D’ores et déjà, 25% des messages envoyés par le biais de WeChat sont des messages audio », explique Cyril Paglino.

Tribe permet déjà d’afficher des sous-titres aux vidéos que l’on reçoit. À terme, alignée avec la vision de Google Allo, l’application pourrait subtilement suggérer des recommandations ciblées à l’utilisateur en fonction de ses propos, un lien vers un produit Amazon ou vers les cinémas les plus proches par exemple.

La messagerie de demain portée par l’élan des jeunes générations chérit donc le format vidéo tout en préservant le texte. Aidée de l’intelligence artificielle et du machine learning, elle enrichit également le contenu avancé par l’utilisateur, le tout pour fluidifier les interactions entre utilisateurs.

Rédigé par Pauline Canteneur