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dans les effectifs de police de dubai d'ici 2030

La police de Dubaï a enregistré l’arrivée d’une nouvelle recrue peu conventionnelle en mai dernier : l’humanoïde REEM de la société PAL Robotics. Armé de l’intelligence artificielle Watson d’IBM, REEM est équipé d’un écran tactile qui permet aux habitants de signaler un délit en cours ou de payer leurs amendes. Il peut scanner les visages et anticiper l’arrivée d’une personne à près de 30 mètres de distance. Même s’il lui est impossible pour le moment de pourchasser ou arrêter des suspects, il devrait néanmoins bientôt être rejoint par d’autres congénères. Abdullah Bin Sultan, directeur du centre de recherche sur le futur de la police de Dubaï, a en effet fixé un objectif aussi précis qu’ambitieux : les robots devront représenter un quart des effectifs des forces de l’ordre de la ville en 2030. Cette initiative est toutefois une parmi tant d’autres, l’utilisation de robot par les forces de polices étant une tendance grandissante. A cela s'ajoutent les technologies de surveillance qui elles aussi devront protéger nos villes.

ReEM, de la société pal robotics, equipe la police de dubaï

Pal Robotics - Credits: @palrobotics

Le robot, yeux et oreilles de la police ? Pas seulement !

Robot démineur

Les engins de déminage qui évitent de mettre en danger des vies humaines font partie de l’arsenal policier depuis des années. Le progrès réside surtout dans le degré d’autonomie et de sophistication sans précédent des nouveaux modèles. Fortes des développements de l’intelligence artificielle, ces machines sont désormais capables de réaliser des actions par elle-mêmes -et non plus d’être simplement téléguidées- comme surveiller un périmètre, repérer des agissements suspects etc... L’arrivée de ces nouveaux alliés est une nouvelle réconfortante pour des services de l’ordre débordés par les menaces potentielles. S’il parait inconcevable de voir ces machines appréhender un suspect, elles pourraient incarner les yeux et les oreilles des agents à des endroits stratégiques. Et leur éviter, dans certaines situations, de courir un trop grand risque.

Dans le civil également, l’utilisation de robots de surveillance émerge. Plusieurs robots vigiles sont actuellement testés dans le monde. L’entreprise américaine Gamma 2 Robotics développe ainsi Ramsee une machine aux allures de petit cosmonaute qui effectue des rondes de surveillance sur site sensible. Le robot K5 de la société Knightscope a lui aussi été sous les feux de l’actualité : autonome, il peut patrouiller tout seul en surveillant son environnement. Lorsque le K5 détecte une activité délictueuse, il alerte les autorités ou les équipes de surveillance. Il est par exemple utilisé par Microsoft pour surveiller certains parkings.

En France, la société EOS Innovation a créé e-vigilante, un robot de surveillance des entrepôts. Autonome, la machine effectue des rondes automatisées. Si l’un de ses capteurs détecte un incident – bruit, mouvement suspect, dégagement de fumée, fuite d’eau – il prévient l’opérateur en charge de la télésurveillance du site, qui prend alors la main et lève le doute grâce à la caméra de l’engin. Malgré des tests concluants, notamment chez ID Logistics, e-vigilante est pour l’instant remisé dans les cartons. L’entreprise EOS innovation ayant été placée en liquidation judiciaire au début de l’année. Mais son ex-président, David Lemaitre, désormais directeur technique de la division robotique de la société de services Econocom, a bon espoir de relancer le projet.

La vidéo-surveillance traditionnelle, rarement utile pour la détection de délit en direct

Les services de maintien de l’ordre disposent d’un autre atout de poids dans la lutte contre l’insécurité et criminalité : le développement des systèmes de vidéosurveillance intelligente. La présence de caméras de surveillance dans les trains, les stations de métro et les lieux publics s’est généralisée dans de nombreuses villes. Mais les systèmes traditionnels souffrent d’un gros défaut : ils exigent l’attention permanente de l’agent. Quand on sait que la vigilance de ce dernier chute drastiquement au bout de vingt minutes d’attention, on comprend que ce genre de dispositif reste largement perfectible, tant un délit ou une infraction peut facilement échapper à sa vigilance. Résultat : la vidéosurveillance est principalement utilisée comme outil de dissuasion et d’élucidation d’un crime ou d’un délit. Rarement comme outil de détection en temps réel.

"Les spécialistes ont élaboré des filtres analytiques de plus en plus complexes, capables d’afficher des alertes pertinentes,  grâce aux progrès algorithmiques et des réseaux neuronaux"

Shutterstock
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Dans ce domaine, le défi technique réside dans l’élimination des fausses alarmes. « On considère qu’un système n’est pas efficace lorsque qu’il « crie au loup » à tort plus de 10 fois que le nombre d’incidents réels » souligne Dominique Legrand. Sur le marché, les acteurs se sont en général spécialisés selon des filtres de détection répondant à des situations spécifiques. La société Evitech s’intéresse ainsi aux mouvements de foules. Sa technologie d’analyse intelligente équipe les caméras de Thales qui assurent la surveillance des quatre millions de pèlerins dans le lieu saint de La Mecque. Un dispositif qui doit aider les autorités à se prémunir des bousculades meurtrières comme celle qui s’est produite en septembre 2015. L’éditeur Foxstream spécialisé dans la détection d’intrusion  par contrôle périmétrique et surfacique (le plus souvent en caméra thermique) est un acteur de renom dans la protection de site, centrales nucléaires et aéroports notamment.

Véritable pépite française, Spikenet, rachetée en 2016 par l’américain Brainchip, est un exemple emblématique de la nouvelle génération de sociétés qui tirent parti des progrès d’intelligence artificielle. La société toulousaine qui a travaillé depuis plus de 15 ans sur les réseaux de neurones et le machine learning en reconnaissance faciale demeure ainsi l’une des premières à proposer un système d'identification des visages à la volée.

La gestion en temps réel de la sécurité : une aide précieuse pour les agents

L’agent de surveillance se prend à rêver d’un système où il ne serait sollicité que lorsqu’un événement inhabituel se produit.

Sans surprise, l’émergence de ces robots fait ressurgir le fantasme de leur substitution à des emplois de vigile ou de policier. Une crainte non justifiée selon leurs promoteurs. L’enjeu serait davantage de libérer l’homme des tâches dangereuses et rébarbatives. « e-vigilante a pour vocation de faire des rondes cycliques dans l’entrepôt. Il évite ainsi au vigile des déplacements et le risque de se faire agresser. Sachant que les agressions ont lieu le plus souvent lorsque l’agent quitte son poste pour se déplacer » détaille, à titre d’exemple, David Lemaitre. Bref, il s’agit de profiter des atouts, indéniables, du robot : il est infatigable, peut répondre à la même question mille fois, ne souffre pas de problèmes de concentration ou de distraction. « Lorsque l’on sait que les problèmes d’assoupissement sont monnaie courante chez les agents de surveillance ce n’est pas négligeable » juge David Lemaitre. Détection d’intrusion, repérage d’un colis abandonné, comportement anormal d’une personne … L’agent de surveillance se prend à rêver d’un système où il ne serait sollicité que lorsqu’un événement inhabituel se produit. Un rêve que certains projets touchent déjà du doigt.

Les Yvelines déploient la vidéo protection
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Premier du genre en France, le programme de déploiement de quelque 4000 caméras par le département des Yvelines repose sur un système d’écrans noirs qui ne s'allument que si le logiciel détecte une anomalie. L’agent n’est mis à contribution que pour vérifier ce qui se passe. Concrètement, l'écran ne s'éclairera qu'en cas d'événement particulier (intrusion, son anormal, personne à terre, bris de vitre, etc.) dans l’un des bâtiments des collèges, des sites administratifs du département et les casernes de pompiers. Alerté, l'opérateur du centre de surveillance effectue une « levée de doute ». S'il constate effectivement l'existence d'un problème, il contacte immédiatement les forces de police, la gendarmerie ou les pompiers qui se rendront sur les lieux. Un projet emblématique de l’avenir de la vidéo-surveillance où, grâce aux progrès technologiques, les opérateurs vont davantage développer leur capacité à intervenir en temps réel.

En l’état actuel, difficile de toute façon d’imaginer qu’un robot puisse se substituer à l’homme. Leur capacité d’analyse des situations se situe bien en deçà de l’intuition et la réflexion humaine. Surtout, ils restent limités dans leurs possibilités de mouvement. Les robots de déminage, de reconnaissance et d'assistance que privilégient actuellement les forces de l'ordre ou les services de sécurité sont des engins roulants, à la vitesse réduite. Difficile pour eux de franchir des obstacles comme une barrière, monter des escaliers ou tout simplement un trottoir. Excepté le modèle Atlas, le robot phare de l'entreprise Boston Dynamics, peu de robots humanoïdes existent. La gestion efficace de la bipédie étant l'un des domaines les plus délicats de la robotique. Quant à leur prix, il dissuaderait tout département de police de s’en équiper.

Rédigé par Olivier Discazeaux