Si la cité est le terrain qui met en scène les acteurs de l'innovation, sa population et sa superficie ont une incidence sur la création d'entreprise. Tout comme le niveau d'éducation supérieur.

Quand la ville en soi influence l'écosystème entrepreneurial

Quel rôle joue la ville dans l'écosystème entrepreneurial? Une étude* publiée par Small Business Economics a analysé les facteurs déclenchant la création d'entreprise dans les villes européennes. Le chercheur a identifié trois déterminants en se basant sur 21 indicateurs sur 184 villes de 20 pays d'Europe entre 1999 et 2010. Résultat : la taille de la ville et le niveau de l'auto-entrepreneuriat auraient un impact positif sur le nombre de nouvelles entreprises inscrites. Mais c'est surtout le niveau d'éducation supérieure qui constituerait l'élément le plus pertinent. "Ces trois facteurs expliquent 60% du taux de création des entreprises", explique à L'Atelier Andrés Barreneche, chercheur à l'Université Paris Sud et auteur de l'étude. Selon lui, l'éducation supérieure, qui facilite l'accès à la connaissance, favorise le développement des compétences et de l'esprit entrepreneurial.

Le rôle clé de l'éducation confirmé

Les villes possédant le plus grand nombre d'étudiants universitaires enregistreraient davantage de créations d'entreprises. Ce facteur vient également confirmer une autre étude revenant sur les onze premières années du Rice Business Plan Competition, et qui soulignait le rôle de catalyseur des universités dans l'écosystème entrepreneurial. Ainsi, pour augmenter l'entrepreneuriat dans les villes peu actives, l'une des solutions serait de mettre en place des politiques d'attractivité des universités. Ce qui aurait aussi pour impact d'augmenter le niveau d'éducation supérieure. Concernant la taille de la ville sur la création d'entreprise, ce facteur n'est certes pas étonnant compte-tenu du fait que le nombre d'habitants a un impact sur l'activité économique des villes. "Ce qui est intéressant, c'est que dans le cas des grandes villes, on observe un phénomène d'accélération de la création", dit Andrés Barreneche. Cette accélération est due au fait que les plus grandes villes fonctionnent comme des noyaux de l'activité économique. Toutefois, les résultats suggèrent que les capitales ont un avantage certain sur les autres villes, quelle que soit leur taille.

Les villes allemandes devant

L'étude met également en avant le rôle de l'auto-entrepreneuriat. En effet, les auto-entrepreneurs sont les principaux créateurs des entreprises. Les villes ont besoin de ces acteurs pour avoir une dynamique entrepreneuriale. Si une ville dispose d'un faible taux démographique d'auto-entrepreneur, cela indique que la population dépend des entreprises existantes pour subsister. En revanche, un nombre trop important d'auto-entrepreneurs serait le signe d'une ville en précarité économique. Les données montrent que les villes allemandes comme Berlin, Hambourg et Francfort tirent leurs épingles du jeu - confirmant les propos de Gabriel Matuschka, VC responsable de la branche allemande de Partech -, tout comme Londres, Paris, Stockholm mais aussi Budapest. En dehors de ces facteurs, les villes d'Europe de l'est possèderaient les plus haut taux d'entrepreneuriat, suivies par l'Europe de l'ouest et du nord. En revanche, l'Europe du Sud serait la région la moins active en termes d'enregistrements de nouvelles entreprises. L'étude recommande de développer une politique homogène dans l'union européenne afin de tirer profit des opportunités offertes par le marché unique.

*Andrés Barreneche Garcia, PESOR et Chaire Européenne de Management de l'Immatériel, Université Paris Sud, « Analyzing the determinants of entrepreneurship in European cities » - Small Business Economics - Springer US