La démocratisation des véhicules autonomes entraînerait une baisse des ventes de voitures, mais les constructeurs pourraient malgré tout tirer leur épingle du jeu.

Les voitures autonomes, menace ou aubaine pour les constructeurs automobiles ?

Réduction du nombre de victimes sur les routes et des émissions de gaz à effet de serre, trafic plus fluide… les voitures autonomes suscitent de nombreux espoirs. Mais elles éveillent aussi des craintes, non seulement auprès de ceux que rebute la perspective de mettre leur vie entre les mains d’une intelligence artificielle, mais aussi des agents économiques susceptibles de sortir perdants de cette nouvelle donne. C’est le cas des constructeurs automobiles, qu’une récente étude de l’Université du Michigan ne risque pas de rassurer. Celle-ci affirme que l’avènement de la voiture autonome entraînerait une baisse drastique du nombre de véhicules vendus, dans la mesure où de nombreux foyers pourraient se contenter d’un seul véhicule au lieu de plusieurs. Basée sur l’observation de 150 000 ménages américains, l’étude montre que la plupart de ceux-ci n’utilisent qu’un seul véhicule à la fois : par exemple, l’un des deux parents utilise l’une des voitures pour se rendre au travail le matin, tandis que l’autre se sert du second pour faire des courses au milieu de la journée. Un seul véhicule pourrait dans ce cas suffire, mais comme ceux-ci ne peuvent se conduire tous seuls pour aller d’un membre de la famille à l’autre, plusieurs sont nécessaires.

Des ventes réduites, mais davantage d’entretien nécessaire

Une réalité susceptible de changer avec les voitures autonomes, qui permettraient à chacun d’invoquer le véhicule lorsqu’il en a besoin. Selon l’étude, un unique moyen de locomotion pourrait suffire à 84% des trajets effectués par un ménage. Les ventes de véhicules décroîtraient de 43%. Sans même évoquer le scénario d’une interdiction de la conduite aux humains au profit de taxis autonomes... Mais tout ne serait pas si sombre pour les constructeurs automobiles. En effet, l’usage des véhicules restants serait automatiquement accru, de 75% selon l’étude. Ceux-ci devraient donc être entretenus et réparés plus fréquemment, entraînant de nouvelles rentrées d’argents pour garagistes et concessionnaires. Nous entrerions simplement dans un nouveau modèle, où les revenus des constructeurs proviendraient davantage de relations tissées avec les clients sur le long terme que de ventes ponctuelles. Un son de cloche qu’a récemment fait entendre John Krafcik, CEO du projet voitures autonomes de Google, lors d’un forum automobile. Désireux de rassurer les constructeurs, susceptibles de peser en faveur d’une législation autorisant les voitures autonomes, Krafcik a affirmé que la moyenne de miles par ans effectués par un véhicule américain pourrait passer de 13 000 à entre 100 000 et 150 000, une hausse bien supérieure à celle prévue par l’étude de l’Université du Michigan, que Krafcik impute à un accroissement prévisionnel de l’autopartage.

Changer la législation

Les constructeurs auront également un rôle à jouer dans la manufacture des véhicules autonomes, qui sera très probablement l’occasion de partenariats entre start-ups et grands constructeurs. Certains ont d’ailleurs déjà été mis en place, par exemple entre Lyft et General Motors, ou encore Ford et Amazon. Mercedes serait également en passe de vendre 100 000 véhicules autonomes à Uber. Comme l’a rappelé Krafcik, « Les compagnies aériennes ne construisent pas d’avions, ce sont Airbus et Boeing qui s’en chargent. ». Nul doute que le marché automobile américain subira de profondes transformations dans les prochaines années. En attendant, la législation doit encore évoluer dans un sens favorable aux voitures autonomes. Alors qu’il y a quelques semaines, start-ups et constructeurs plaidaient leur cause devant le congrès, les choses commencent à évoluer à l’échelle fédérale, en Californie et dans le Michigan, berceau historique de l’automobile, bien sûr, mais aussi dans le Massachussets, où un panel de chercheurs et d’industriels doit rencontrer les autorités pour réfléchir à une régulation étatique. Il est également question d’ouvrir une piste d’essai pour véhicules autonomes sur l’ancienne base militaire de Devens.  

Rédigé par Guillaume Renouard