C'est peu dire que la classe politique américaine a peu apprécié la décision de la Commission européenne d'infliger à Microsoft une amende record de 497 millions d'euros. « C'est une décision...

C’est peu dire que la classe politique américaine a peu apprécié la décision de la Commission européenne d’infliger à Microsoft une amende record de 497 millions d’euros. « C’est une décision absurde. Je crois qu’elle laisse présager le déclenchement d’une nouvelle guerre commerciale entre l’Europe et les Etats-Unis, dont cette décision est la première étape », a ainsi estimé Bill Frist, chef de la majorité Républicaine au Sénat. Le sénateur Trent Lott, spécialiste de ce dossier, n’a pas été plus amène : « C’est une intrusion sans précédent sur le marché américain ». Plus concrètement, il estime même que « cela va forcer Microsoft à rendre publiques des informations confidentielles, relevant du secret d’entreprise ou de la propriété intellectuelle, dont vont profiter ses concurrents européens ». Quant au Ministère américain de la Justice, dont l’équipe anti-trust, à peine nommée après l’élection de George Bush, s’est empressée de prendre l’exact contre-pied de celle qui avait initié le dossier sous la présidence Clinton, ses critiques, plus « politiques », n’ en sont pas moins sévères sur le fond. Pour R. Hewitt Pate, n°2 de la division anti-trust du DoJ, l’accord conclu en 2002 entre le gouvernement et Microsoft « constituait une protection efficace ». En rappelant qu’une « bonne » politique anti-trust se doit éviter de figer l’innovation, Hewitt Pate suggère que la Commission Européenne a été trop loin et affirme que sa décision risque « de protéger les concurrents et non la concurrence, ce qui finalement nuirait à l’innovation et à ceux qui en profitent, les consommateurs ».Naturellement, les rivaux de Microsoft contestent une telle opinion. « Grâce à la décision de la Commission, les Européens vont pouvoir bénéficier d’un marché plus concurrentiel, notamment dans le domaine des médias numériques », s’est félicité Richard Kimball, avocat en chef de RealNetworks. La firme de Seattle est celle qui va bénéficier le plus directement de l’obligation faite à Microsoft de proposer une version de Windows sans son logiciel Media Player.Même son de cloche chez Sun Microsystems, qui, en présentant ses griefs à Bruxelles dès l’origine des poursuites, est à l’origine du volet « serveurs d’entreprises » de la décision. « Celle-ci est importante, et pas seulement pour les consommateurs européens. Elle va renforcer le niveau concurrentiel du marché mondial de l’informatique », assure le responsable des Affaires Légales de Sun, Lee Patch.Un point de vue que ne partagent pas forcément les médias américains. C’est ainsi que Dan Gillmor, l’éditorialiste du San Jose Mercury News (le quotidien de la Silicon Valley), doute que tout cela soit autre chose qu’une « goutte dans un verre d’eau ». En notant tout d’abord que l’amende infligée ne représente que « 20 jours de profits » pour l’éditeur, il souligne que Microsoft est passé maître dans l’art de gagner du temps avec la Justice. « Et dans ces cas-là, une Justice retardée est une Justice bafouée », explique l’un des plus virulents critiques américains de la firme de Bill Gates. Une décision finalement partagée par la plupart des analystes. Jason Maynard, de Merrill Lynch, note que tout cela était largement attendu – et d’une certaine manière pré-digéré. Sans surprise, il recommande donc à ses clients investisseurs de continuer à acheter le titre.Finalement, peu d’observateurs estimaient mercredi aux Etats-Unis que la décision de la Commission de Bruxelles était susceptible d’influencer la justice pénale et de l’inciter à reprendre une affaire déjà jugée trois fois ces cinq dernières années. Ce qui n’exclut pas une sévérité certaine de la part des juridictions civiles : après tout, le procès qui vient de s’ouvrir dans le Minnesota, consécutif à une plainte collective des utilisateurs de Windows dans cet Etat, pourrait coûter à Microsoft la même somme que l’amende infligée à Bruxelles. Alors que celui-ci a déjà déboursé presque le triple pour éteindre des plaintes similaires dans une dizaine d’Etats...Michel Ktitareff pour l’Atelier BNP Paribas(Atelier groupe BNP Paribas - 25/03/2004)