Les projets visant à démocratiser l’usage du numérique au Bangladesh se multiplient. Lancés par des jeunes acteurs locaux bien conscients du potentiel de leur pays, ces projets posent les jalons d'un écosystème numérique encore peu structuré.

[WORLD TOUR] Bangladesh : l'écosystème Tech se structure autour d'initiatives individuelles

Entretien dans le cadre de l’émission L'Atelier numérique sur BFM Business avec Martin Pasquier, le fondateur d’Innovation is Everywhere, qui réalise un tour du monde des start-ups et des entrepreneurs dans les pays émergents et dont il est l’explorateur en chef.

L’Atelier : Comment avez-vous découvert le potentiel entrepreneurial du Bangladesh ?

Martin Pasquier : Je me suis d’abord rendu au Bangladesh dans le cadre de l’évènement Innovation Xtreme : le principal évènement technologique pour les start-ups et les entreprises. Malgré le fait que l’on a tendance à associer le Bangladesh avec des images extrêmement négatives (inondations, crues, pauvreté), la réalité sur place est toute autre : c’est un pays avec énormément de potentiel. La capitale, Dhaka, est une mégalopole qui grouille d’énergie et de gens qui travaillent sans interruption. De plus, la croissance du pays promet d’être élevée : aujourd’hui, le pays compte 160 millions d’habitants mais en recensera plus de 250 millions d’ici quelques dizaines d’années. Le potentiel de Bangladesh repose donc dans l’énergie de ses habitants mais aussi dans leur culture : le Bengali (langue officielle du pays) représente actuellement un marché d’environ 220 millions de personnes entre le Bangladesh et l’est de l’Inde.

L’Atelier : en ce qui concerne les nouvelles technologies, quel est le constat actuel ?

Martin Pasquier : L’intégration du numérique au sein de la population du Bangladesh n’en est qu’à ses débuts.  Aujourd’hui, on compte près de 50 millions d’abonnés aux opérateurs de téléphonie mobile. Mais seulement 20% d’entre eux ont accès à l’internet mobile. A ce jour, le plus gros opérateur Télécom du Bangladesh, Grameen Telecom, tente de mettre en place un plan visant à populariser Internet et ses usages. Récemment, l’entreprise a distribué des téléphones portables à plus de 150 000 femmes de professions diverses et variées (ouvrières, employées de banque) afin que celles-ci participent à la démocratisation de l’usage des mobiles auprès de leur entourage.

L’Atelier : quelles ont été les conséquences de cette initiative ?

Martin Pasquier : L’entreprise a très vite constaté que ces femmes s’étaient transformées en sorte de « cabines téléphoniques portables ». Les téléphones servaient à de multiples utilisateurs pour communiquer de village en village. On peut donc dire que la machine est en train de se mettre en marche… Il y a un potentiel énorme au Bangladesh car le pays dispose d’un écosystème très émergeant dans lequel tout reste à faire, notamment dans le domaine de l’éducation.

L’Atelier : La transition vers le numérique semble donc être en marche… En est-il de même avec l’entreprenariat ?

Martin Pasquier : Les Bangladeshis sont une population traditionnellement très entrepreneuriale du fait que ce soit un pays avec une importante diaspora. On compte près de 12 millions de personnes qui travaillent dans les différents pays du Golf et d’Asie. L’entreprenariat commence petit à petit à se tourner vers le numérique, et c’est notamment grâce aux personnes qui composent cette diaspora. De plus, dans beaucoup de pays émergeants comme le Bangladesh, il existe une élite très éduquée qui a eu l’opportunité d’observer les modèles américains ou anglais, et qui, consciente du potentiel de la nation, tente de reproduire ces mêmes modèles dans leur propre pays. C’est typiquement ce genre de personnes qui ont créé l’évènement Innovation Xtreme, dans le but de commencer à rassembler et à révéler l’importance de l’écosystème du Bangladesh. De plus en plus de Bangladeshis sont envoyés dans les meilleurs accélérateurs en Asie, afin d’obtenir une formation sur les accélérateurs en eux-mêmes, et plus généralement sur la culture du numérique. Ces personnes ainsi formées constituent une première génération de « mentors » qui pourront ainsi inculquer les valeurs du numérique aux générations suivantes. C’est un travail à très long terme qui est en train d’être réalisé.

A titre d’exemple, un mouvement de financement collectif (crowdfunding) a été lancé à l’initiative du réalisateur Mustafizur Khan il y a quelques mois, dans le but de financer son film Start-up Dhaka, qui traite de l’écosystème de Bangladesh et de ses différents composants : entrepreneurs, investisseurs, grandes entreprises. Un film qui balaie les questions qui reviennent très régulièrement sur la manière de monter une entreprise dans ce type d’écosystème ou encore les défis auxquels il faut faire face lorsque l’on décide de se lancer dans un tel projet.