Un gouvernement fort faisant la promotion des TIC. Des opérateurs en quête d’innovation. Et une population jeune qui se rapproche de plus en plus de l’entrepreneuriat. Une jolie combinaison donc, pour la Côte d’Ivoire.

[WORLD TOUR] Côte d’Ivoire : "Le gouvernement émet les idées, les opérateurs les développent"

Interview d’Innocent N'DRY, conseiller export nouvelles technologies pour Ubifrance Afrique de l’Ouest basé à Abidjan, interrogé à l’occasion des Rencontres internationales de la French Tech sur l’usage des nouvelles technologies en Côte d’Ivoire. A retrouver sur L'Atelier Numérique.

L’Atelier : Du point de vue de la téléphonie mobile, à quel stade en est la Côte d’Ivoire? L’usage reste-t-il basique (appels, sms…) ou le smartphone arrive-t-il à trouver une place sur ce marché ?

Innocent N'DRY : En seulement 1 an, le secteur de la téléphonie mobile s’est particulièrement développé en Côte d'Ivoire avec un nombre d’abonnés qui atteint désormais plus de 21 millions d’abonnés pour les cinq opérateurs nationaux. Le leader historique reste Orange Côte d'Ivoire, suivi de près par le Sud-Africain MTN, l’émirati Moov, puis les autres.

Si dans un premier temps, le smartphone était plutôt pour impressionner son entourage ou pour le travail, de nouveaux usages se sont développés. On utilise le smartphone aujourd'hui par nécessité et pour faciliter la vie quotidienne : faire ses courses, payer ses factures, épargner de l’argent... Le développement de nouveaux usages tourne principalement autour des applications qui sont créées principalement par des startups du domaine.

Maroc Telecom se serait rapproché du gouvernement ivoirien, notamment dans l’objectif de reprendre la licence de Warid Telecom qui n’a jamais été utilisée. Qu'est-ce que cela va changer selon vous ?

Maroc Telecom est un grand opérateur qui viendrait réellement apporter un plus au marché de la téléphonie mobile en Côte d’Ivoire. Car en réalité, aujourd’hui, il n'y a que les trois opérateurs que j’ai cités précédemment qui essayent de développer de produits sur le marché l’Internet mobile. Il n'y a que ces trois qui sont donc vraiment dans l’innovation. Un opérateur comme Maroc Telecom, avec son expérience, pourra ainsi venir lui aussi apporter un plus au développement du marché en ligne.

C’est pour cette raison que le président du groupe Maroc Telecom a récemment rencontré le Président de la République qui lui a donné des instructions pour commencer à rentrer sur le marché ivoirien. Car s’il est vrai que les opérateurs que j’ai cités sont déjà présents dans certaines parties du pays, la présence d’un opérateur de cette envergure serait nécessairement bénéfique pour aider les autres opérateurs à se développer eux-aussi sur l’ensemble du pays.

On constate une réélle volonté de la part du gouvernement ivoirien d’être plus technologique. Que pensez-vous du kit de télécommunication locale lancé pour ses administrations ?

L’idée du gouvernement aujourd’hui est de vulgariser l’usage des TIC sur toute la Côte d'Ivoire. Et il est vrai que pour cette raison il met à disposition des connexions Internet à ses administrations. Toutefois, cela est fait par le biais du CDMA qui, pour mo,i est une technologie un peu dépassée par rapport aux réalités.

Mais grâce à ce système-là, quelqu’un à des milliers de kilomètres d’Abidjan a désormais la possibilité d’envoyer un mail aussi rapidement qu’on ne le faisait auparavant. C'est donc déjà un premier pas ! Surtout quand on pense qu’il s’agit d’équiper les administrations que ce soit au niveau de la poste, au niveau des préfectures, des sous-préfectures. Cela fait partie des gros projets du gouvernement pour lesquels les quotas sont pris avec des pays comme l’Inde. D’ailleurs, l’un de ses objectifs pourrait éventuellement être l’obtention d’ordinateurs à bas coût, au service de la population.

Des ordinateurs ou même des tablettes ? Mais pensez que cela viendra du gouvernement ou plutôt de petites entités comme les startups ? Qelasy vient en effet de sortir une tablette à très bas coût en Côte d’Ivoire en se concentrant sur l’éducation pour le moment.

En réalité, c'est une idée du gouvernement, mais les entreprises ont clairement leur rôle à jouer. Ce qu’il faut savoir c'est que les grosses entreprises comme Moov, comme Orange, comme MTN ont signé déjà des contrats avec certains distributeurs pour proposer à la clientèle des tablettes à bas coût.

Qelasy est au départ une initiative personnelle d’un jeune Ivoirien qui a travaillé longtemps dans plusieurs sociétés de télécom et qui a décidé de lancer sa tablette. Mais sa tablette, qui n’est pas fabriquée en Côte d'Ivoire, a toutefois été pensée en Côte d'Ivoire et est distribuée aujourd'hui par Orange qui la propose à tous ses abonnés et à tous ses clients.

Donc il est vrai que le gouvernement émet ses idées, mais ce sont véritablement les opérateurs qui après se les approprient.

On a vu que le TEDx a organisé un évènement en juillet dernier à Abidjan. Est-ce que vous constatez qu’il y a un véritable engouement des jeunes entrepreneurs pour se lancer en ce moment ?

Je le pense sincèrement. En plus du TEDx, il y a également des actions menées par Orange et par MTN qui organisent des journées dédiées au développement d’applications. De nombreux jeunes y participent, viennent y développer leurs projets, voire même des startups. Et les meilleurs sont récupérés par la suite par ces opérateurs qui essaient de les peaufiner. D’ailleurs si vous allez sur Android, vous constaterez qu’il y a un certain nombre d’applications qui ont été créées par de jeunes Ivoiriens. Généralement, pour faciliter la vie quotidienne de la population.

Maintenant, ces start-ups ne sont évidemment pas comparables à celles que l’on peut trouver en France, par exemple. Elles n’ont pas forcément tous les moyens qu’il faut pour le moment. Parfois, des idées sont lancées et lorsque ces entreprises-là ont besoin d’un soutien, celui-ci vient des opérateurs qui essaient de pousser à la création. Mais je ne dirais pas encore que l’on est face à de l’entrepreneuriat parce que, pour le moment, ce sont des idées lancées parfois, au départ, comme un simple jeu.

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale