Le Japon affiche le plus grand nombre de brevets déposés au monde. Et les grands groupes dont sont issus ces brevets commencent à se tourner vers les startups pour trouver l’innovation. De leur côté, les jeunes diplômés commencent à dépasser l’aversion culturelle face au risque pour monter leur propre projet.

[WORLD TOUR] Japon : "Les murs tombent entre les startups et les grosses sociétés."

Entretien dans le cadre de l’émission L'Atelier numérique sur BFM Business avec Nicolas Loeillot. Et en plus de sa société dédiée aux innovations LM3LABS, il est à l’origine d’un incubateur à destination des start-ups françaises qui veulent s’installer au Japon.

L’Atelier: Vous êtes un entrepreneur français installé au Japon depuis 11 ans. Pourquoi avoir choisi le Japon  et voulu nourrir l’écosystème des startups au Japon avec cet incubateur?

Nicolas LOEILLOT : Au tout début, j’étais là-bas pour vendre des brevets avec d’autres collaborateurs. IL s’agissait de brevets  autour de la vision par ordinateur qui permet de traquer les doigts dans l’espace 3D et d’interagir ensuite avec des écrans distants sans avoir à toucher quoi que ce soit, pas de souris ni autre terminal.  On a sonné aux portes des industriels japonais. À l'époque le marché n’était pas tout à fait mûr pour notre technologie. On a persévéré. On a eu la chance de rencontrer des gens qui étaient influents auprès d’un grand opérateur télécom NTT Docomo [numéro un au Japon, NDR] Ce dernier a été notre premier client et cela nous a permis de grandir.

Quelques années plus tard, on a voulu aider un peu les jeunes sociétés qui veulent s’implanter au Japon en les introduisant auprès des bonnes personnes dans l’écosystème japonais qui est très compliqué.

Le Japon est-il un vivier de startups?

Une énorme bulle est en train de se former autour des start-ups. Presque toutes les grandes sociétés établies ; que ce soit SoftBank, Docomo ou Itochu investissent massivement dans les startups. Les murs tombent entre les startups et les grosses sociétés. La culture de startups est donc naissante. Ce phénomène social es assez important au Japon mais relativement nouveau et n’existait pas quand on est arrivé. Mais il reste encore quelques écueils culturels par rapport au Japon et la culture de la startup. Beaucoup de choses restent à changer, à commencer par l’aversion du risque par exemple.

Voulez-vous dire que les Japonais ont peur du risque?

Oui. En réalité, il y a suffisamment de risques dans l’environnement japonais, entre les tremblements de terre et autres typhons. Ils essaient du coup d’éviter de prendre des risques au niveau du business. Cela explique aussi que l’économie japonaise est l’une des plus pérennes depuis longtemps.

Or, quand on lance sa startup, il faut savoir prendre des risques ; ce qui n’est culturel chez les Japonais. Mais les mentalités sont en train de changer. La nouvelle génération n’a pas forcément envie de suivre la voie de papa  et d’être en costume noir et blanc. Cette génération veut plutôt tenter sa chance et essayer d’innover et ce malgré les réticences. Mais aujourd’hui encore, la pression familiale pousse les jeunes diplômés à intégrer les grands groupes traditionnels comme Panasonic ou Sony. Si bien que les jeunes diplômés qui sortent des meilleures écoles, des meilleures universités japonaises comme Tokyo University hésitent beaucoup à créer leur startup.

N’est-ce pas étonnant quand on sait que l’innovation au Japon est quand même assez fertile. Cela signifie-t-il que ces innovations naissent uniquement et toujours dans les pôles de R&D des grands groupes dans les universités ? Les startups vont peut-être parvenir désormais à faire naître et porter elles aussi  des innovations?

Le Japon est le premier dépositaire de brevets dans le monde. Ces brevets sont avant tout déposés par les grands groupes. Mais leurs imposantes structures empêchent souvent de trouver de nouvelles idées et de l’élan. Les brevets ne sont pas forcément bien exploités si bien que les grands groupes admettent que d’autres entités ou d’autres personnes peuvent avoir un regard différent sur l’innovation et sur la technologie. Ces grands groupes essaient ainsi d’aller piocher des idées plus que des technologies ou des brevets dans des startups.

 

 
Rédigé par Virginie de Kerautem
Journaliste